L’Ingénu

par

Inconsistances du pouvoir religieux

Voltaire donne à son œuvre une touche religieuse car la société française du XVIIe siècle était en quelque sorte gouvernée par l’Église. Ainsi fait-il référence à plusieurs figures religieuses (le prieur pour signifier prêtre, évêque, etc.), monuments (église Notre-Dame de la Montagne) et coutumes (« rendre grâce à Dieu », chanter le « Te Deum ») de la religion catholique. Mais si Voltaire insère ces références religieuses dans son œuvre, c’est pour appuyer la satire qu’il fait du régime religieux en France au XVIIe siècle. D’ailleurs, il se sert de deux des sacrements les plus importants de la religion catholique : le baptême et le mariage, pour démontrer ses arguments.

Premièrement, Voltaire conduit le lecteur à réaliser que la plupart des chrétiens (ou ceux qui se disent chrétiens) respectent les lois et pratiques de l’Église catholique sans toutefois les comprendre. On le remarque d’ailleurs par la conduite de Mlle de Kerkabon, qui souhaitait « absolument » être la marraine de l’Ingénu, bien qu’elle ne sache pas ce qu’une telle responsabilité représentait sur le plan spirituel : « Elle ne savait pas à quoi ce grand titre l'asservissait ; elle accepta cet honneur sans en connaître les fatales conséquences. » Pire encore, le texte nous révèle que ce désir ardent s’enracine dans sa recherche des éloges humains, car être un « parrain » était plus un honneur qu’une responsabilité sacrée. Mlle de Kerkabon le déclare d’ailleurs : « nous le baptiserons […] vous en aurez l'honneur, mon cher frère […] ce sera une cérémonie bien brillante ; il en sera parlé dans toute la Basse−Bretagne, et cela nous fera un honneur infini. » Ainsi, comme on peut le remarquer, elle est évidemment plus concernée par la glorification humaine que par le salut de l’âme du Huron.

À côté de cela, Voltaire accuse également l’ignorance du bas clergé, qui ne sait répondre aux questions religieuses du Huron, est très souvent contraint d’appeler un jésuite à la rescousse. Ceci souligne donc le fait que même les membres du clergé ne comprennent pas les profondeurs de la religion catholique, bien qu’ils l’imposent à toute la contrée.

Dans un second temps, Voltaire nous démontre que les religieux ne pratiquaient pas ce qu’ils prêchaient. On le remarque à la suite de l’expérience de confession du Huron. L’Ingénu, qui lui s’est toujours contenté de suivre les instructions à la lettre, se rend à l’église pour se faire confesser par un récollet. Mais après s’être confessé, il s’attend à ce que le récollet fasse la même chose et se confesse à lui, d’après la recommandation biblique : « Confessez-vous les uns aux autres. » Et comme si leur non-respect des lois bibliques ne suffisait pas, ces chrétiens de Basse-Bretagne se permettent d’adapter et de modifier ces lois à leur convenance. L’Ingénu ne peut se faire circoncire car « la circoncision n'était plus de mode », mais aussi parce que « le baptême était beaucoup plus doux et plus salutaire ». De plus, il ne peut se faire baptiser par immersion (comme il l’espérait, étant donné que c’est la méthode utilisée dans la Bible) car « les usages avaient changé ». Une fois de plus, il est déçu de remarquer que cette société ne respecte pas ses propres lois, ce qui le pousse à exprimer son mécontentement : « Je m'aperçois tous les jours qu'on fait ici une infinité de choses qui ne sont point dans votre livre, et qu'on n'y fait rien de tout ce qu'il dit ». Ainsi donc, Voltaire nous pousse à nous demander : à quoi bon instituer des lois religieuses si l’on n’a point l’intention de les observer ? C’est donc l’une des raisons pour lesquelles Voltaire, au travers de cette œuvre, invite les hommes à la recherche de l’esprit philosophique, au rejet des dogmes et des idées reçues, et à la pratique de la raison. 

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