L’Ingénu

par

Le Huron

Il est le héros de la nouvelle, c’est un Amérindien d’Angleterre. Il se fait appeler « Ingénu » à cause de son apparente naïveté face aux réalités sociales, liée à sa vue différente sur la vie et à son éducation. Le Huron débarque en France à bord d’un paquebot, et dès son arrivée il est déjà un objet d’admiration : « Tout le monde le regardait avec admiration ; tout le monde lui parlait et l'interrogeait à la fois ». Le Huron se distingue de son nouvel entourage français par son intelligence, ses connaissances illimitées et sa culture fascinante. Il est l’objet de toutes les conversations, un sujet réel de fascination. C’est ainsi qu’il attire l’attention de tout le monde, y compris celle de Mlle de Saint-Yves (qui devient sa marraine) et de Mme de Kerkabon.

Tout le canton s’intéresse au Huron pour deux raisons principales : premièrement, malgré le fait qu’il est d’une culture considérée bien inférieure à la culture de Basse-Bretagne, il est un homme bien plus éduqué que la majorité des Bas-Bretons. En réponse à sa maîtrise de la langue française, le baillai s’exclame : « vous parlez mieux français qu'il n'appartient à un Huron ». Deuxièmement, la naïveté de l’Ingénu fait de lui un personnage de controverse. En effet, Voltaire décrit le Huron comme ayant une « naïveté ordinaire » : il pose librement des questions – logiques – auxquelles personne ne peut répondre, il suit les instructions qui lui sont données à la lettre (particulièrement les recommandations bibliques auxquelles personne en Basse-Bretagne ne semble se soumettre), et il s’attend à ce que tout le monde en Basse-Bretagne fasse pareil.

 

Ces attentes de l’Ingénu vis-à-vis de la société peuvent être justifiées par son éducation et son expérience en Angleterre. En effet, le texte nous apprend que le Huron vit selon la « loi naturelle », contrairement à la « loi positive » qui régit la vie des Français. D’après la loi naturelle, tout homme est supposé vivre selon ses penchants naturels, en suivant les lois de la nature, en demeurant fidèle à sa parole (ainsi qu’à soi-même) et en faisant usage de la raison. Mais pour la loi positive, il en est autrement : les hommes doivent respecter les règles établies par les institutions divine et humaine, qu’ils le veuillent ou non. L’ingénu s’oppose particulièrement à cette philosophie en prenant exemple sur le mariage, lorsqu’il souhaite épouser Mlle de Saint Yves et que celle-ci l’informe qu’il doit au préalable obtenir le consentement du prieur, qui est également son frère : « il lui paraissait extrêmement ridicule d'aller demander à d'autres ce qu'on devait faire […] quand deux parties sont d'accord, on n'a pas besoin d'un tiers pour les accommoder » À cela, l’Ingénu ajoute : « Je ne consulte personne, […]quand j'ai envie de déjeuner, ou de chasser, ou de dormir : je sais bien qu'en amour il n'est pas mal d'avoir le consentement de la personne à qui on en veut : mais, comme ce n'est ni de mon oncle ni de ma tante que je suis amoureux, ce n'est pas à eux que je dois m'adresser dans cette affaire ».

Ainsi, par sa naïveté et son raisonnement, il commence à contredire – innocemment – les mœurs. Son baptême lui donne « le diable au corps », non pas parce qu’il aurait réellement été possédé par un esprit mauvais – loin de là – mais plutôt parce que plus il est forcé à se conformer aux lois de l’institution catholique, moins il trouve de raisons valides de les suivre. 

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