L’Ingénu

par

La métamorphose du héros

L’embastillement de l’Ingénu joue un rôle crucial dans l’histoire, car c’est en prison qu’il expérimente la maturation intellectuelle qui lui permettra de passer de l’état de « sauvage » à l’état d’homme civilisé. Ici, c’est sa rencontre avec Gordon qui est mise en évidence. Le vieux janséniste, qui y avait déjà séjourné pour deux années entières, est présenté comme un homme de bien, qui croit fermement en Dieu (à Qui il se réfère comme à la « Providence ») et qui a un « grand fonds d’esprit ». Gordon console le Huron par des paroles de sagesse, sagesse attribuable à son vieil âge, son expérience de la vie et son amour pour la lecture. Il introduit également le Huron à la lecture que celui-ci accueillit joyeusement, puisque son esprit est toujours disposé à apprendre : il a faim de connaissances. Petit à petit, le Huron découvre des vérités qui lui étaient jadis étrangères, et plus il « dévore » ces multiples livres de géométrie, de philosophie ou la « Physique de Rohault », plus il se sent personnellement édifié : « Cette nouvelle lumière l’éclaira. » Le Huron découvre qu’en effet, la lecture ouvre l’esprit et agrandit l’homme, et ceci parvient à lui façonner un caractère nouveau.

Le Huron est donc lui-même changé par cette expérience. L’homme qui était jadis « tenté de tirer sur lui-même » ou « d'aller brûler le couvent » par contrariété, reconnaît désormais que pour survivre, il faut raisonner. Il continue donc à pratiquer sa recherche de la vérité, à étendre son potentiel intellectuel et à faire usage de la raison. Il prend alors conscience du fait que pour changer la société, il faut non pas la fuir, mais plutôt se changer soi-même.

Ainsi, par son comportement, l’Ingénu rappelle la véritable mission de tout philosophe et artiste : celle de civiliser et d’éduquer la société par l’adoucissement des esprits, en facilitant ainsi une certaine prise de conscience. 

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