L'insurgé

par

Jacques Vingtras

Après les années de misère du Bachelier, le lecteur retrouve Jacques Vingtras en province, menantune vie tranquille et reposante de pion, c’est-à-dire de surveillant et de maîtred’études, dans un collège. « Toujours est-il que je n’ai plus le teintverdâtre et l’œil creux ; il traîne souvent de l’œuf dans ma barbe. […]À présent je la lisse et l’égalise… j’en fait autant pour ma tignasse, etl’autre dimanche, devant le miroir, en laissant tomber mes derniers voiles, jeme suis surpris, avec une point d’orgueil, une pointe de bedon. » Ilsemble loin, le révolutionnaire famélique. Quoique…

Il est tout près, il sommeille. Un de ses maîtres dejeunesse lui pose une question : « Le proviseur vous gardera-t-il ?Vous avez l’air d’un homme, il lui faut des chiens couchants… ». Defait, Jacques est bientôt congédié et repart pour Paris, où après un brefpassage dans l’administration – dont il est exclu pour activisme politique – ilse lance dans le journalisme et l’action. Le journalisme… d’abord commerédacteur, et il a du talent. « Mais ça mord, votre copie, cher monsieur ! » ;« Votre article a du chien ! » lui dit-on. Dame, c’est sa viemisérable qu’il a décrite : « J’ai pris des morceaux de ma vie, et jeles ai cousus aux morceaux de la vie des autres, riant quand l’envie m’envenait, grinçant des dents quand des souvenirs d’humiliation me grattaient lachair sur les os – comme la viande sur un manche de côtelette, tandis que lesang pisse sous le couteau. » Il écrit un livre, dans lequel il livre lerécit de ses années d’apprentissage. Il fonde un journal, La Rue, qui fait de lui la cible de la censure, et ses activités dejournaliste finissent par l’envoyer en prison. Et puis il se présente à ladéputation, à gauche de la gauche, et redécouvre son extraordinaire talentd’orateur. Il devient un personnage incontournable de la scène politique,militant pour les ouvriers en blouse et les misérables sans feu.

C’est ainsi qu’il devient un des pères fondateurs de laCommune de Paris, au sein de laquelle il joue un rôle essentiel, qui l’amèneraà la fuite et à l’exil, et à la condamnation à mort. L’action ne lui fait paspeur, et il est de ceux qui tiennent la dernière barricade dans la capitale –mais ce n’est pas un sanguinaire, et il ne supporte ni n’approuve lesexécutions sommaires, la « tuerie en dehors de la bataille ». Il lesblâme à haute voix, quitte à risquer sa propre vie, et s’entend dire plus d’unefois par les fusilleurs de son propre camp : « Foutez-moi la paix ouje vous tire dessus ! ».

À la fin du roman, Jacques Vingtras doit fuir, caché dansune voiture d’ambulance. Il se terre chez un ami, se sait condamné à mort. Etde la fenêtre il « regarde le ciel, du côté où [il] sent Paris. Il estd’un bleu cru, avec des nuées rouges. On dirait une grande blouse inondée desang. » Tel est le point final de la Commune, de L’Insurgé, et de toute la trilogie Jacques Vingtras.

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