L'insurgé

par

L'originalité du style

Très en avance sur son époque, le style de Vallès dans L'Insurgé est celui d'un témoin qui rapporte les événements auxquels il assiste jour pas jour, puis heure par heure. Ce parti pris littéraire qui annonce les grands correspondants de guerre à venir et d'autres romanciers comme Céline donne à la narration un style percutant, haletant. Le lecteur est plongé dans l'action dont il suit le rythme comme celui d'un thriller ou d'un page turner contemporain : bien que l'on connaisse l'issue tragique de l'aventure de la Commune de Paris, on ne peut s'empêcher de tourner les pages du roman avec l’avidité d'en connaître la suite.

Au début du roman, quand le lecteur retrouve Jacques Vingtras savourant la sérénité de sa nouvelle vie en province, embourgeoisé, la narration est plus calme, plus conventionnelle, paisible même : « je n'ai plus le teint verdâtre et l’œil creux ; il traîne souvent de l’œuf dans ma barbe. [...] l'autre dimanche, devant le miroir, en laissant tomber mes derniers voiles, je me suis surpris, avec une pointe d'orgueil, une pointe de bedon ». C'est au fil des pages, au fur et à mesure des événements, que l'écriture de Vallès se resserre, devient réellement révolutionnaire : paragraphes de plus en plus courts, phrases sans fioritures : « Tant pis. Si on doit me prendre, on me prendra. » Le point de vue exclusif est celui de l'auteur, sans autre maître que le rythme de l'action. Vallès se trouve ici héraut d'un style journalistique qu'il a contribué à développer dans son journal La Rue, ouvrant ainsi la voie à d'autres journalistes écrivains comme Cendrars, Londres ou Hemingway, mais il annonce...

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Dissertation à propos de L'insurgé