L'insurgé

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Résumé

Après ses années de misère noire à Paris, nousretrouvons Jacques Vingtras. Il est devenu pion dans un tranquille lycée d’unepaisible ville de province. Il mange à sa faim tous les jours, il surveille sonétude et son dortoir avec bienveillance, les élèves l’aiment bien. Il a trouvéla quiétude bourgeoise qui commence à engraisser son bedon, mais pas sonesprit. Ses supérieurs ne l’aiment guère, et il est renvoyé au bout de quelquesmois. Il revient donc à Paris reposé, l’esprit affuté et le corps en état decombattre pour la liberté.

Tout de suite, il se jette dans la batailledes idées et dans l’action. L’empire de Napoléon III est fragilisé, Jacques lesent. Il suffirait de quelques bons coups d’épaule pour le faire basculer. Cescoups d’épaule là, il est prêt à les donner, et tout de suite. C’est pour celaqu’il fait peur. Bien entendu, la police le suit partout et surveille ses faitset gestes, mais il effraie au sein même de l’opposition à l’Empire, tant sesappels à la révolte sont violents.

Dans les réunions et les salons, il croiseceux qui, dans quelques mois seront les pères fondateurs de la TroisièmeRépublique : Gambetta et son visage de borgne, Ferry et ses côtelettes –ses favoris – qui lui mangent le visage, Thiers, secret et inaccessible… Ilssont trop modérés pour Jacques, dont les sympathies vont au petit peuple et nonà la bourgeoisie. C’est la Sociale pour laquelle il faut se battre, et non uneRépublique embourgeoisée ! Il lit et relit Proudhon, fait la connaissancede Blanqui, se présente aux élections et perd, mais découvre à cette occasionson formidable talent d’orateur. Et il retrouve sa fidèle compagne la misèrecar il n’a pas trois sous. Il déjeune souvent d’un morceau de pain arrosé d’unverre d’eau, et ses habits sont élimés.

Il met un pied dans le journalisme et gagne lasympathie et l’estime de quelques patrons de presse. Ses articles, quiappellent presque à la révolte, font peur, et il est peu publié. Cependant, sonstyle clair et brillant l’impose comme un écrivain de toute première force. Ah,s’il voulait se consacrer aux lettres plutôt qu’au journalisme politique !Pour faire entendre sa voix et celle des blouses – les ouvriers –, ilfonde son propre journal, La Rue. Il est bien vite interdit, et lui-mêmese retrouve en prison. Là, il est enfermé avec la fine fleur de la Francerévolutionnaire et croise des grands anciens de 1848 et les plus jeunes de1870. Malheureusement, ces révolutionnaires sont divisés et perdent leur tempsen querelles stériles. Ah, si l’on voulait s’unir !

Jacques sort de prison et les évènements s’enchaînent.Le journaliste Victor Noir est tué d’un coup de pistolet par le princePierre-Napoléon Bonaparte, cousin de l’empereur. Pour Jacques, c’est unassassinat. Lui et quelques autres rouges – parmi eux Flourens, un des futurschefs de la Commune – mènent le cortège mortuaire et veulent marcher sur lesTuileries, avec le mort pour étendard. Peine perdue : les modérésl’emportent.

Arrive l’été. La guerre est déclarée avec la Prusse !Jacques est horrifié par l’enthousiasme guerrier qui envahit les rues. Il tentebien de faire entendre sa voix, et avec quelques camarades clame haut et fortson horreur de la guerre et son désir de paix universelle : pas questiond’envoyer les peuples se battre au nom des princes ! Alors il est insulté,battu, et manque même d’être lynché, avec l’aide discrète de la police. Mais ilsuffit de quelques semaines et de quelques désastres militaires pour quel’Empire s’effondre, et que la République soit proclamée le 4 septembre. Maisque tout cela est mou, aux yeux de Jacques ! Lui et ses idées fonttoujours aussi peur, mais le petit peuple, lui, le gobe, l’aime. Jacquesest sur le terrain, dans les rues, il bat le pavé, assiste aux réunions, voitse lever le mouvement qui, dans quelques semaines, va donner naissance à laCommune de Paris.

Les Prussiens assiègent la capitale, on nepeut entrer ni sortir. Le peuple meurt de faim, littéralement. Jacques et les rougesveulent marcher à l’ennemi et briser la ceinture de fer qui serre le ventre deParis. La République, quant à elle, est pour la négociation. Quand elle demandela paix à l’ennemi et que les soldats des régiments de ligne viennent enleverles canons que le petit peuple de Paris a placés sur la colline de Montmartre,c’est la révolte. La Commune est née. Les Français vont se déchirer entre eux,sous les yeux amusés des Prussiens.

Maintenant, c’est contre l’armée dugouvernement qu’on se bat. Celui-ci s’est installé à Versailles. À Paris, denouvelles élections ont lieu, un comité directeur est désigné, les premièresmesures sont prises : salaire minimum, école gratuite et obligatoire. Etil est interdit de toucher à l’or entassé dans les coffres de la Banque de France :c’est la propriété du peuple ! Comme toujours, Jacques est partout. Ilharangue les foules, il préside les assemblées : c’est un des chefsreconnus de la Commune. Il est rédacteur en chef du journal Le Cri du peuplequi lui sert de tribune.

L’aventure dure un peu moins de trois mois. Àla fin du mois de mai 1871, l’armée des Versaillais donne l’assaut sur lacapitale. Les communards ont érigé des barricades, les commerçants et lespropriétaires se cachent derrière leurs volets fermés. L’affrontement serad’une violence inouïe : c’est la Semaine sanglante. On se bat dans lesrues, dans les maisons, et la pitié n’est pas de rigueur. Les communardsbrûlent des bâtiments, menacent de faire sauter le Panthéon, incendient lesTuileries, fusillent des otages. Du côté versaillais, on tue tout ce qui portecasquette, tous ceux qui ont les mains noires, tous ceux qui ressemblent à desouvriers, sans distinction d’âge ni de sexe, puisqu’on tue même des femmes etdes enfants. C’est une horrible boucherie qui laissera sur le pavé parisien desmilliers de cadavres.

Tout est bientôt perdu, et Jacques Vingtrasest sur la liste des hommes les plus recherchés. S’il est pris, c’est lepeloton d’exécution qui l’attend. Il doit fuir : il se déguise enambulancier et parvient à gagner un refuge provisoire. Nous le laissons à sasolitude, qui songe devant un ciel bleu barré de rouge, comme une blouseensanglantée.

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