L'insurgé

par

Les personnages historiques

Dans L’Insurgé, Vallèsabandonne la méthode choisie dans LeBachelier qui l’avait amené à transformer les noms de personnages réels ennoms fictifs, transformant Charles-Louis Chassaint en Matoussaint et ArthurArnould en Renoul. Cette fois, les personnages sont bien réels, y compris leursnoms, ce qui ajoute au réalisme du récit. Le point de vue narratif adopté étantcelui de Jacques Vingtras exclusivement, Vallès ne s’attarde guère à décrire unpersonnage en profondeur, il n’en livre que des instantanés, comme des croquispris sur le vif, au cœur de l’action. On peut cependant diviser les personnagesqui apparaissent en deux groupes : les républicains modérés et lescommunards.

 

A. Les républicainsmodérés

Ils sont les futurs artisans de la Troisième Républiqueet leurs noms, célébrés par l’Histoire officielle, sont parvenus jusqu’à nous.Vallès les croque sans complaisance, comme Jules Ferry, « bourgeois […]en petit veston » à l’œil « morne, vraiment morne. » Jules Simonest « patouillard, félin, avec des gestes de prêtre, les roulements d’yeuxd’une sainte Thérèse hystérique, de l’huile sur la langue et sur la peau, labouche en croupion d’oie de Noël. » Camille Pelletan a « une têted’apôtre », de « missionnaire barbu de la Foi Républicaine. » Quantà Gambetta, Vallès-Vingtras ne le croise pas, car il se rend invisible ens’inventant des maladies, mais Jacques Vingtras n’est pas dupe : «Laficelle ne me va pas, je devine le pantin au bout. » Reste Thiers, dont laterrible présence parcourt le roman, et que Jacques – et donc le lecteur – nevoit jamais. L’ennemi le plus implacable de la Commune n’a donc pas l’honneurd’une description physique.

 

B. Les communards

Quand paraît L’Insurgé,les communards ont auprès du public une image détestable, ce sont des « partageux »,des incendiaires, des fusilleurs d’otages, des exilés, des fauteurs de trouble,des criminels. Le roman est la première occasion de croiser des personnagesvaincus de l’Histoire décrits par un écrivain qui fut à leurs côtés. On retrouvedonc Arthur Arnould (le Renoul du Bachelier)et l’on croise rapidement – ce sont des hommes d’action toujours en mouvement –Delescluze, Oudet, Mallet, Flourens, grands acteurs injustement oubliés à quiVallès rend une stature humaine débarrassée de la légende noire écrite par lesvainqueurs versaillais. Mais il en est un sur lequel la plume de Jules Vallèss’attarde, car déjà en son temps c’est un personnage mythique et plein demystère, qui a payé son engagement politique en passant la moitié de sa viederrière les murs de prisons : « Tête mobile, masque gris ;grand nez en bec, cassé bêtement au milieu ; bouche démeublée où trottine,entre les gencives, un bout de langue rose et frétillante comme celle d’un enfant.Teint de vitelotte. Mais au-dessus de tout cela un grand front et des prunellesqui luisent comme des éclats de houille. C’est Auguste Blanqui. »

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