La honte

par

Un style "froid"

Ernaux, a pour but de produire une écriture neutre, simple et objective. Elle est en constante recherche de la sobriété, n’essayant pas de se perdre dans des images ou des métaphores pour romancer sa vie. En effet, elle parle d’une manière d’écrire « sans jugement, sans métaphore, sans comparaison romanesque ». Cela renforce le côté neutre, le fait de ne pas vouloir juger mais simplement relater des faits qui se sont produits, les relations entre les personnages, sans vouloir en dire plus ou enjoliver les choses. Elle revendique donc ‘’ un style objectif, qui ne valorise ni ne dévalorise les faits racontés ‘’, elle veut rester au plus près de la vérité historique ; et donc ne veut émettre elle même aucun jugement de valeur. Elle ne prétend donc pas décider ce qui est bon ou mal, si ces personnages sont bons ou mauvais. Elle ne veut faire preuve d’aucune complaisance à l’égard de ses parents notamment, elle les dépeint simplement, de la façon la plus objective possible. Cela peut apparaître froid venant de leur propre fille.

On ressent ainsi ce besoin d’écrire sur ce qui fut, mais sans chercher à susciter chez le lecteur de la compassion ou des sentiments envers les personnages par de la sophistication inutile, ou des images poétiques. Elle veut autant écrire sur ce qui peut paraître beau, élevé et spirituel, que les éléments du quotidien. A ce propos, elle évoque une écriture pour assouvir ce : ‘’ désir de bouleverser les hiérarchies littéraires et sociales en écrivant de manière identique sur des objets considérés comme indignes de la littérature, par exemple les supermarchés, le RER, et sur d'autres, plus nobles, comme les mécanismes de la mémoire, la sensation du temps, etc., en les associant ‘’. C’est ainsi la volonté d’écrire sur la vie de tous les jours, de façon sobre et juste.

Ce style froid est sans doute le plus frappant dans la citation suivante, dans laquelle elle énumère les étapes de la vie des paysans qu’elle côtoie. Sans originalité, utilisant des verbes à l’infinitif pour décrire un fait, une habitude, et quelque chose d’immuable, un enchainement de la vie à la mort, le passage par tous les âges, sans être heureux, puisque leurs droits sont restreints : ‘’ L'âge de boire du vin aux repas de famille, d'avoir droit à une cigarette, de rester quand se racontent des histoires lestes
De travailler et d'aller au bal , de " fréquenter"
De faire son régiment
De voir des films légers
L'âge de se marier et d'avoir des enfants
De s'habiller avec du noir
De ne plus travailler
De mourir.

Ici rien ne se pense, tout s'accomplit.

L’auteur n’a donc aucune visée didactique, elle ne cherche pas à critiquer ou à valoriser quoi que ce soit, elle décrit simplement, et c’est au lecteur de se faire sa propre idée. Elle se refuse à tout jugement, elle écrit sans colère, sans sentiment.

Cette froideur, cette simplicité semblent faire écho à ce qu’elle retranscrit dans les faits et donc un écho à la vie sans saveur, froide et rigoureuse de son enfance.

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