La Mort de Napoléon

par

Napoléon

Napoléon est un homme confronté à sa proprehistoire : il rejoint la France sous le nom d’Eugène Lenormand.

Napoléon a gardé tout le génie qu’on lui connaît, commele montre son stratagème : il fait en sorte que quelqu’un joue son rôle àSainte-Hélène tandis que lui regagne l’Europe. Très ambitieux, il a pour projetde reconquérir la France, reprendre le pouvoir en élaborant un plan alors quetout le monde le croit encore sur une île au loin. Mais son plan tombe à l’eau,ce sosie ayant eu « la négligence dese laisser mourir à un moment où l’on avait encore besoin de lui ».

Mais le personnage principal du roman reste fidèle aupersonnage historique et à l’empereur qu’il fut : vif, intelligent etdébrouillard, sans parler de son ambition.

Sous la houlette de Mme Truchaut, il devient un honorablenégociant et homme d’affaires et permet à l’activité de la vieille bourgeoisede prendre son envol ; il développe donc une entreprise avec toute laconviction et le talent qui firent ses victoires militaires. En effet, il présenteà ses subordonnés maraîchers son plan d’attaque comme s’il était à la guerre.

Mais tout au long du roman, Napoléon est confronté à sonpropre mythe, alors qu’il est censé être mort. Il n’est personne d’autre qu’uninconnu désormais. Il y a donc le Napoléon du récit, et le Napoléon du passé etle souvenir que le peuple a conservé de l’empereur.

Napoléon évolue au fur et à mesure du roman. En effet, lefait de côtoyer la veuve Truchaut lui fait prendre conscience que durant toutesa vie il s’était évertué à lutter pour le pouvoir, gagner, conquérir,organiser, diriger des millions de citoyens, sans jamais s’être assumé telqu’il était par ailleurs. La compagnie de cette vieille femme lui montre que leprincipal n’est pas pour lui de reconquérir un trône d’empereur mais des’accepter et de s’assumer tel qu’il est, en tant qu’homme.

Napoléon doute, et se sent désemparé face à la viequotidienne d’un homme inconnu, si différente de ce qu’il a connu alors qu’ilétait l’homme le plus puissant du monde. Peu à peu Napoléon se perd entre saréalité et l’homme qu’il fut par le passé ; il devient presqueschizophrène. S’il semble prendre de la hauteur bien souvent, pour gérer lesaffaires de la vie quotidienne, il frôle l’internement lorsqu’il rencontre leshommes de l’asile de fous, déguisés en Napoléon. Sa crise est alors profonde,il ne peut révéler son identité, personne ne le croirait : il est mort rapportentles journaux. Il ne passerait que pour un énième aliéné qui a perdu son dieu autrefoisvivant sans parvenir à s’en remettre. Tout cela le fait glisser peu à peu versla folie, impuissant face au destin, mais également face à son absence, sapropre absence depuis qu’il est censé être mort. Sa personnalité s’éteint ;il a perdu la maîtrise de son destin.

Sa vie est finalement tragique. La mort finit par arriveret sa tentative de reconquête du pouvoir et de sa propre vie est un échec. Iln’a pas non plus vécu d’autre vie, il n’a pas vécu en tant qu’Eugène Lenormandcomme il l’aurait dû, il ne sait pas qui il est.

Ce trouble de la personnalité se poursuit jusqu’à sa mort,jusqu’à la fin du roman où « transide terreur » il ne sait plus le prénom de celle qui partage son lit.Il veut le lui demander mais se trompe et pose la question suivante : « Quel est mon nom ? »,ce à quoi sa compagne répond : « Eugène,tu t’appelles Eugène », avant de conclure : « tu es mon Napoléon », conclusion terrible pour un hommequi ne sait plus qui il est, qui il aime, et qui l’aime. 

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