La Mort de Napoléon

par

Un retour difficile projeté, mais aussi tragiquement comique

Lors de son retour, Napoléon est totalement incognito et le vit mal. Cette nouvelle vie le pousse à surmonter de nombreuses épreuves imprévues. Il mène une vie banale, et se retrouve pris dans des situations comiques.

Arrivé à Waterloo, où le temps se montre radieux, contrairement à ce qu’il y vécut autrefois, il est entraîné par un groupe de touristes britanniques avec lesquels il fait la visite de la ville, ce qui est comique quand on sait la défaite qu’il connut à cet endroit, face aux Anglais, Allemands et Néerlandais coalisés, le plus comique étant la scène où un vieil homme lui certifie qu’il a vécu cette bataille et la lui raconte, à lui, Napoléon.

En arrivant à Paris, son parcours est semé d’embûches. Il lui est impossible de reconquérir le pouvoir, alors il travaille dur pour le compte de Mme Truchaut. Son travail lui permet de s’installer confortablement, en tant qu’homme d’affaires, négociant dans les melons, et de vivre comme un bourgeois de la capitale. Ce retour sans gloire indique bien son impuissance à sortir de l’anonymat et à mener des combats. C’est parce qu’il ne peut plus rien gagner au niveau politique qu’il met toute sa vigueur dans cette entreprise et ce travail, qu’il mène avec envie, mais sans réelle passion.

La scène la plus cocasse, mais également celle qui entraînera Napoléon vers sa crise d’identité, dont il ne se relèvera pas, se produit la nuit. Le héros passe devant un asile de fous où il croise de nombreux hommes qui se font passer pour lui, qui croient être Napoléon. Tous ces hommes s’apparentent à des sosies, et jouent son rôle. Si cela semble grotesque, ils lui ressemblent étrangement : « leurs visages à tous reflétaient une sorte de mélancolie solennelle, de gravité méditative, qui forçaient étrangement le respect ». Les sosies de Napoléon forcent donc le respect de celui qu’ils imitent. Cela prouve l’importance que Napoléon eut pour eux, le traumatisme des Français lors de la chute de l’empire et le besoin de s’identifier à un grand homme, une idole, pour trouver un sens à sa vie. Cette scène est également un miroir : ces sosies forment un écho de celui qui joua son rôle pour que le héros puisse quitter l’île sans être découvert. Le « prophète » de ces aliénés est mort, Napoléon n’est plus, alors ils tentent de pallier cet état de fait comme ils peuvent, en jouant son rôle, en se faisant passer pour lui. Ils s’oublient donc eux-mêmes pour prendre la place d’un autre, afin de faire leur deuil. Face à tous ses doubles, Napoléon comprend que son retour sera impossible, car il a lui-même perdu en un sens la maîtrise de son destin, il s’est oublié.

Évidemment, un vieil homme usé, qui revient en Europe après que la vie a repris son cours et que les régimes politiques se sont enchaînés et stabilisés, ne pourra pas changer la destinée ni d’un continent ni même d’un pays : il se retrouve aspiré, comme englouti par la réalité, sa réalité qu’il ne parvient pas à changer. Peut-il alors changer sa propre destinée et retrouver un peu de gloire, gagner à nouveau dans d’autres domaines ? Le lecteur se met à rêver avec lui, de nouvelles réussites en tout genre, bien que l’épilogue du roman qui révèle son impuissance, et finalement son échec, apparaît fatal. 

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