La mort n'oublie personne

par

Un roman historique

Même si les éléments constituantl’amorce du livre sont des éléments fictifs introduits dans le récit parl’auteur, les enregistrements des témoignages de Jean Ricouart sont inspirés defaits réels. Didier Daeninckx s’approprie donc l’histoire d’un résistantarrêté, torturé, déporté, et condamné pour meurtre après la guerre et sonretour en France. S’il maquille l’identité des personnes impliquées dans lesfaits historiques, il reporte leurs souffrances, leurs peines, leurs conflitset leurs caractères sur ses personnages. Mais surtout, Didier Daeninckxrestitue avec la plus grande précision le cadre dans lequel ces personnesévoluaient alors.

Lorsque Jean Ricouart entre dans laRésistance, c’est de manière anodine. Tout commence par de petites actionsqu’il accomplit depuis l’usine où il travaille. On voit comment l’idée desabotage du matériel livré aux Allemands n’est pas immédiatement associée àl’idée de participation à la Résistance, celle-ci étant perçue comme une causeplus vaste, aux actions plus théâtrales et aux répercussions plus imposantes.Finalement, Ricouart assume son rôle de résistant, participant à des opérationsplus risquées, dont une justement causera sa mise aux arrêts.

«Si quelqu’un m’avait dit ce jour-là : Tu viens d’entrer dans la Résistance, jecrois bien que je lui aurais éclaté de rire au nez […] La Résistance du potde graisse ! Au cours des deux semaines suivantes j’ai participé à une dizained’actions de ce genre. Il nous était difficile, pratiquement impossibled’intervenir sur notre propre travail. Trop risqué en raison de la surveillanceminutieuse qu’exerçaient les Allemands et du système de contrôle de qualité misau point, à leur demande, par un groupe d’ingénieurs français. Nous sabotionsle matériel en fin de chaîne, quand il était prêt à être livré, un jour lesroulements, l’autre les freins ou les systèmes d’attache. »

D’une part, Daeninckx parvient àrappeler la situation des résistants – des hommes et des femmes, d’origines etde religions diverses unis par un sentiment patriotique et la haine del’envahisseur. Il montre également les hommes qui pour diverses raisons ont étéforcés de collaborer ou ont choisi de collaborer avec les Allemands. D’autrepart, l’auteur rend avec réalisme le danger constant qui planait sur les viesde ces hommes. Le roman prend donc l’apparence d’un document historique auquelDaeninckx parvient à insuffler l’atmosphère de danger permanent de la vie desrésistants, les succès, les échecs et l’injustice de la vie sous l’Occupation.

C’est donc avec la plus grandefidélité que le lecteur découvre le récit de l’arrestation, la torture et ladéportation de Jean Ricouart. Ce n’est pas un récit historique, épuré de toutsentiment qui est proposé au lecteur, c’est le vécu d’un être bien réel, un témoignagede première main qui est livré – une impression habilement renforcé par lastructure donnée au roman. Les enregistrements deviennent des immersions dansles souvenirs de l’interviewé, et c’est quand le magnétophone s’arrête qu’onrevient un tant soit peu à la surface.

L’auteur parvient à un équilibreentre son compte-rendu des événements historiques et le côté partisan de sonrécit, en particulier dans le cas des souvenirs de la vie dans les camps deconcentration. Il décrit l’horreur, la souffrance, la peine, mais aussi lafraternité et l’espoir. On découvre la précarité de la vie, et la destructionpsychologique des hommes. Il relève la différence essentielle entre la vie enprison et la vie dans les camps qui tient à la durée de la peine : « En prison, on connaît son avenir, sontemps d’incarcération, on s’organise en humain retranché du monde ordinaire. ÀSchorfheide, à Reiterberg, le temps était aboli, la frontière entre le bien etle mal effacée… On ne connaissait plus que la souffrance du corps,l’avilissement. Là-bas, il n’y avait pas de miroirs. On ne se voyait jamais. Onen arrivait à fuir les mares d’eau pour éviter de rencontrer notre reflet. Sije m’étais vu une seule fois dans une glace, je ne serais sûrement pas ici àdiscuter de tout ça… ma vie tient peut-être à un reflet dans unevitre… »

 

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