La petite fille de Monsieur Linh

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Résumé

Monsieur Linh, un vieillard fuyant un paysravagé par la guerre (probablement le Vietnam, bien que cela ne soit passpécifié), s’embarque avec sa petite fille de quelques mois, Sang diû. Lesparents de celle-ci sont morts au cours d’un bombardement, et Monsieur Linh adécidé de lui offrir une meilleure vie ailleurs. Il débarque dans une grandeville grise où il ne sent plus les odeurs de son pays. On l’amène dans undortoir pour réfugiés où il partage la chambre avec une autre famille de chezlui. Ceux-ci le traitent avec respect, comme il est dû à un vieillard, mais ilsn’apprécient guère sa présence. Les hommes de cette famille ne font que jouerau mah-jong ou aux cartes. Pendant une dizaine de jours Monsieur Linh ne sortpas du dortoir, mais finalement les femmes qui régissent les lieux leconvainquent d’aller faire une petite marche, malgré sa peur qu’on lui vole sapetite-fille.

Après une longue marche autour du pâté demaisons, il s’assoit sur un banc. Il y est rejoint par Monsieur Bark, un grosmonsieur dont la femme travaillait à un manège dans le parc d’en face, avant demourir il y a deux mois. M. Bark, qui fume incessamment, entreprend uneconversation avec M. Linh, qui n’en comprend pas un mot mais qui apprécie leson de la voix de cet homme. Quand Linh lui présente sa petite fille en lanommant « Sans dieu » (ainsi le comprend Bark), Bark croit que Linhlui dit « bonjour », et quand Linh lui dit « Bonjour » –« Tao-laï » –, il pense qu’il lui donne son nom. C’est ainsi que Barken vient à appeler Linh Monsieur Tao-laï, « Monsieur Bonjour ».

Le jour suivant, M. Linh sort à nouveau. Commeil regarde par terre en marchant, il rentre de plein fouet dans une femme etessaie de s’excuser. Il chante ensuite une berceuse à sa petite-fille, repenseà son village, à sa jeunesse lorsqu’il était fort et a dû aller rechercher unevieille tante qui s’était égarée, puis à sa femme morte d’une fièvre aprèsavoir donné naissance à leur fils. M. Bark revient, toujours fumant, et seremet à parler, cette fois des enfants, du plaisir que leur donne le manège oùtravaillait sa femme. Elle et lui dit-il n’ont jamais aimé la ville. Enpartant, Bark met la main sur l’épaule de M. Linh, qui souhaitait ce contacthumain. En rentrant au dortoir, Linh demande la permission de recevoir descigarettes, et on lui accorde un paquet par jour. On le prévient qu’il nepourra pas toujours rester au dortoir et qu’il lui faudra voir un médecin etd’autres gens qui discuteront de son sort.

Le jour suivant M. Linh sort encore, avec lescigarettes qu’il a reçues et qu’il a l’intention de donner à M. Bark. Mais ilne le retrouve pas. Il remarque qu’on le regarde de travers et pense qu’on faitattention à lui à cause de tous les vêtements qu’il porte pour le garder auchaud ; il se rappelle alors une légende de génies malfaisants de sonvillage.

Se réveillant le lendemain, il découvre que sapetite-fille n’est pas à ses côtés ; il est terrifié, mais ce n’est queles jeunes enfants de la famille du dortoir qui voulaient jouer avec elle.M. Linh la reprend, car elle est bien trop jeune pour cela ; il faitsavoir son mécontentement aux mères des enfants en question.

Il ressort, et cette fois-ci retrouve M. Bark,qui l’entraîne dans un café pour qu’ils y boivent quelque chose de chaud. M.Linh lui offre discrètement les deux paquets de cigarettes qu’il a reçus audortoir. M. Bark en est très touché. Il parle de sa femme, mais la pensée lerend morose ; sans savoir ce qui lui prend, M. Linh lui chante la petiteberceuse.

À partir de ce moment M. Linh réalise qu’ilest devenu ami avec M. Bark, bien qu’ils ne comprennent pas un traître mot dela langue que parle l’autre. Ils se rejoignent tous les jours, et M. Linh luifait même confiance au point de le laisser porter Sang Diû. M. Bark, lui, nefume plus que les cigarettes que lui apporte M. Linh. Il protège aussi M. Linhdes regards gênants, les envoyant promener d’un coup de sourcils. Puis un jour,M. Linh montre à M. Bark la seule photographie qu’il ait jamais eue, de safemme et lui. Comprenant de qui il s’agit, M. Bark montre à son ami une photode sa propre femme, et M. Linh comprend enfin que celle-ci est morte. Il penseque les deux femmes se sont peut-être rencontrées au pays des morts.

À leur prochaine rencontre, M. Bark emmène M.Linh au bord de la mer, où pour la première fois M. Linh peut sentir quelquechose dans ce pays inodore. Cela lui rappelle son pays, et il en prononce lenom. M. Bark le répète, et peut enfin parler de quelque chose qui letenaille : dans sa jeunesse, il a été soldat et a fait la guerre là-bas,dans le pays de M. Linh, et contre son peuple. Sans pouvoir s’arrêter de pleurer,il se rappelle tout ce qu’il y a fait, malgré la beauté du pays, et demande lepardon de M. Linh. Celui-ci, bien sûr, n’y comprend rien, et présume quel’homme pleure la mémoire de sa femme. Il tente de le consoler, et les deuxhommes s’embrassent.

Quelques jours plus tard, M. Bark amène M.Linh dans un grand restaurant de grande classe où les deux hommes dînent très bien,et M. Bark fait un cadeau à son ami : une robe magnifique pour Sang Diû.Le jour suivant, M. Linh est examiné par un médecin, avant qu’on ne puissestatuer sur son sort : le dortoir va bientôt fermer. M. Linh est terrifiéà l’idée qu’on le sépare de sa petite-fille, mais on lui promet que ce ne serapas le cas, et qu’il reverra aussi son ami M. Bark : on ne lui fera paschanger de ville.

Cette nuit-là, M. Linh se rappelle sa dernièrenuit dans son pays, son voyage vers la mer, la peur des réfugiés d’avoir ététrompés ou voués au massacre. Le lendemain on emmène M. Linh en voiturevers sa nouvelle demeure, un château à l’autre bout de la ville, une maison deretraite pour les gens très vieux. M. Linh s’habitue, mais il n’est pas heureux ;les autres pensionnaires sont tous déprimants, voire fous. Surtout, il regretteM. Bark, qu’il n’a pas revu et qui ne peut savoir où il se trouve. La jeuneinterprète du dortoir n’est pas revenue le voir comme elle l’avait promis, etil ne peut donc pas demander d’aide.

Un beau jour, il essaie de sortir pour allerretrouver M. Bark, mais on l’en empêche en le neutralisant d’une piqûre.Pendant son sommeil, drogué, il fait un rêve où il montre son village à M.Bark, maison par maison ; ils passent ensemble une journée merveilleuse,M. Linh raconte sans cesse des légendes à son ami, lui fait connaître lesmerveilles de son pays. Il lui montre une source à laquelle viennent boire ceuxqui savent qu’ils vont mourir : l’eau de la source leur font oubliertoutes les mauvaises choses, et ils meurent l’esprit heureux. À la fin du rêveles deux amis promettent de se retrouver bientôt.

Se réveillant, M. Linh fait bien attention àson comportement, jusqu’à ce que les infirmières cessent de faire attention àlui ; il ne perd rien de ses intentions de prendre la fuite. Enfin, unjour, il réussit à enjamber le mur qui le sépare du monde extérieur. En pyjama,robe de chambre et pantoufles, Sang diû dans les bras, il part à la recherchede M. Bark dans cette immense ville qu’il ne connaît pas. Le voyage estcauchemardesque, on le regarde de toutes parts comme un fou. Il se perd etdésespère, honteux de ce qu’il fait souffrir à sa petite-fille. Il vitparticulièrement mal qu’un homme lui fasse l’aumône, réalisant qu’il n’est plusqu’un mendiant. Il se remet à marcher. Enfin, il aperçoit M. Bark, de l’autrecôté de la rue, sur leur banc habituel.

M. Bark, de son côté, est déprimé. Il revienttoujours au banc, mais n’y retrouve jamais son ami Tao-laï. Il a essayé de leretrouver, mais le dortoir a fermé, et le bureau des réfugiés ne connaît aucunM. Tao-laï. Mais tout d’un coup il entend la voix de son ami lui criant bonjour.Il le voit de l’autre côté de la rue. M. Linh est si excité qu’il essaie detraverser la rue sans prendre garde à la circulation, et malgré tous lesefforts de M. Bark pour le faire rester sur le trottoir, M. Linh s’avance et sefait percuter par une voiture.

Horrifié, M. Bark ne peut qu’assister àl’accident. Il rejoint le corps de M. Linh autour duquel s’attroupe une foule.Aux pieds du vieux réfugié se trouve Sang diû, la poupée qui incarnait sapetite-fille. M. Bark la prend et la remet sur la poitrine de son ami. Mais M.Linh, bien qu’en mauvaise posture, n’est pas mort, et ouvre les yeux, toutheureux de retrouver son ami.

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