La petite fille de Monsieur Linh

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Les racines et la mémoire : la symbolique de Sang diû

L’émigration est un déchirement, elle implique de s’arracher à ses racines, et cet arrachement est encore plus terrible lorsque celui qui part est un réfugié, quelqu’un qui n’a pas simplement choisi un beau jour d’habiter un autre pays mais qui fuit pour sauver sa vie. Pour ne pas se défaire de soi, de ce qu’on a été entièrement, pour se conserver un moi, une identité, il faut trouver des moyens de garder une connexion avec le vieux pays. L’histoire de M. Linh présente exactement ce à quoi les réfugiés se confrontent : arrivant dans le nouveau pays, ils ne sont plus eux-mêmes, ils perdent de leur statut d’hommes, ils ne sont plus que des réfugiés. Le pire pour M. Linh sera lorsqu’on l’emmènera à l’hospice, où personne ne parle sa langue ni ne connaît son nom ; il est en somme une non-personne, habillée des mêmes pyjamas et de la même robe de chambre que tous les autres résidents, propres à annihiler l’identité. C’est un immense contraste avec le village d’où il vient, où tout le monde se connaît. On le voit dans le rêve qu’il fait, lorsqu’il présente à M. Bark chaque maison du village. Il y a là pour lui une identité, alors que dans cette nouvelle ville, M. Linh ne connaît même pas le nom de son seul ami. Lorsque M. Linh erre dans les rues à la recherche du banc où il a rencontré M. Bark, on voit bien qu’il a perdu son seul point de repère, sa seule ancre dans cette nouvelle vie. Tout ce qui lui reste c’est l’ancre de son ancienne vie : Sang diû, sa petite-fille, ou plutôt la poupée de celle-ci.

La véritable Sang diû, on le comprend à la toute fin de roman, est morte avec ses parents. M. Linh les a retrouvés et a vu la poupée, immaculée, et s’en est...

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