La petite fille de Monsieur Linh

par

Le regard sur l’autre, l’acceptation

M. Bark ne tient aucunement compte du fait que Sang diû soit une poupée ; il est bien le seul, et c’est d’ailleurs une des stratégies clés de Claudel pour nous cacher ce fait. M. Bark est le seul qui, sans comprendre un mot de ce que dit M. Linh, comprend l’importance que revêt cette poupée pour lui. Alors que les autres n’y voient que le fétiche d’un vieillard débile, M. Bark sait instinctivement – peut-être son veuvage l’y aide-t-il – tout ce que vaut Sang diû, et l’accepte. La force de leur amitié et la confiance qui s’est instaurée entre les deux hommes se manifestent à leur acmé quand M. Linh permet à M. Bark de porter Sang diû de temps à autre.

Pour comprendre à quel point cette acceptation est unique, il faut se figurer ce que présente M. Linh à ceux qui ne font que l’entrevoir : c’est un vieil Asiatique dans une ville occidentale, qui porte « une chemise, trois pulls, un manteau de laine un peu trop grand, un imperméable, ainsi qu’un bonnet à rabats. Il ressemble ainsi à une sorte de gros épouvantail boursouflé ». Il ne parle pas un mot qu’on puisse comprendre et n’a pas la moindre idée de ce qu’on lui dit. Lorsqu’il marche, il ne regarde pas où il va, et bute quelques fois contre les autres. De plus, il porte en tout temps une poupée qu’il serre contre lui, protège de toutes ses forces, et qui est aussi emmitouflée que lui. De toute évidence, il n’a plus toute sa tête. Que M. Bark non seulement s’approche de lui, mais lui parle, est un acte moins que commun. Que de là il devienne son ami et son protecteur l’est encore moins.

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