La petite fille de Monsieur Linh

par

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Philippe Claudel

Philippe Claudel est un
écrivain et cinéaste français né en 1962 à Dombasle-sur-Meurthe – où il
reviendra résider à l’âge adulte –, une modeste commune industrielle de
Lorraine, d’un père gardien de la paix, ancien résistant, et d’une mère
ouvrière en confection.
Après son baccalauréat
scientifique obtenu au lycée Bichat de Lunéville, il multiplie les petits
boulots, de cobaye pour l’industrie pharmaceutique à manœuvre sur des chantiers,
en même temps qu’il multiplie les activités d’ordre artistique – création de
radios libres, travail sur des courts-métrages, création de poésie, dessin, en
parallèle de ses lectures abondantes –, mais il finit par connaître des moments
difficiles noyés dans l’alcool.

La rencontre en 1983 de sa future épouse donne
un nouveau sens à sa vie. Il s’inscrit à l’université de Nancy et se met à étudier
la littérature, l’histoire de l’art et le cinéma, et passe avec succès l’agrégation
de lettres modernes. La thèse de doctorat en littérature qui suivra portera sur
les géographies dans les œuvres de l’écrivain français André Hardellet
(1911-1974). Il enseigne ensuite en collège et en lycée, puis en hôpital à des
enfants malades, pendant douze ans à des prisonniers de la maison d’arrêt de
Nancy et quatre années en établissement spécialisé pour enfants handicapés. Si
ses expériences professionnelles nourrissent sa vision du monde, il n’en oublie
pas l’art, et continue d’écrire, de peindre, de lire, de s’adonner à la
photographie en parallèle.

C’est en 1999 qu’il publie son premier roman, Meuse
l’oubli
, qui met en scène un homme tentant de surmonter le deuil de sa
compagne, Paule, morte à la suite d’une maladie, en s’installant à Feil, un
village belge sur la Meuse. Sa découverte et son apprivoisement des lieux vont
agir comme la thérapie qu’il espérait et c’est serein qu’il quittera finalement
Feil. À partir de là, l’œuvre de Philippe Claudel s’enrichira de romans, de nouvelles,
de pièces de théâtre, de récits et de poésie, jusqu’à compter une trentaine
d’ouvrages en 2014.

Le Café de l’Excelsior paru
la même année est un court récit qui repose sur le regard candide d’un
garçonnet qui a perdu ses parents à huit ans, et qui passe les trois années
suivantes avec son grand-père, lequel tient le café éponyme de l’œuvre dans une
petite commune de l’Est de la France, avant d’être placé dans une famille
d’accueil catholique où il s’ennuiera, parce que l’administration l’a décidé
pour lui. Avant cela, le garçon aura pu connaître une vie simple auprès de son
grand-père, s’imprégner de la gouaille des clients, vie décrite avec sincérité
et justesse, dans une atmosphère de douce mélancolie.

Quelques-uns de cents regrets est un autre récit paru en 1999, autre retour à l’enfance et nouveau
deuil, à travers le regard d’un fils venu enterrer sa mère dans un village du
Nord. Il l’avait abandonnée, jeune adulte, à cause d’un secret de famille
relatif à l’identité de son père, qu’il avait toujours connu sous les traits
d’un héros, un aviateur mort pendant la guerre. Revenant sur les lieux de son
enfance, il doit se confronter aux souffrances qu’il a causées à celle qui l’a
mis au monde, et qui s’était sacrifiée pour lui.

En 2001 Philippe Claudel devient maître de conférences en littérature et anthropologie culturelle à
l’université de Nancy II, devenue université de Lorraine. Il y enseigne encore,
dans les années 2010, notamment l’écriture
scénaristique
, au sein de l’IECA (Institut européen de cinéma et d’audiovisuel).

En 2002, son premier essai dans le genre de la nouvelle, à travers le recueil Les
petites mécaniques
, lui vaut le prix Goncourt de la nouvelle. Les
treize textes qui le composent tournent autour des thèmes de la solitude, de la
tristesse et de la mort, et mettent en scène des personnages confrontées à des
situations étranges ou au croisement des chemins, comme le marchand Colin le
Bihot, malhonnête, dont la vie change après avoir rencontré la Mort adossée à
un tronc d’arbre, Eugène Frolon qui décide de tout quitter et d’aller marcher
en Afrique dans les pas de Rimbaud, ou Georges Piroux qui vit doublement sa
mort, à la fois en rêve et dans la réalité.

Un de ses romans les plus connus, Les
Âmes grises
, paru en 2003, est formé par le récit d’un policier qui a
mené l’enquête, dix ans plus tôt, à l’hiver 1917, sur le meurtre d’une fillette
de dix ans bien connue des habitants, et dont le corps a été retrouvé dans le
cours d’eau d’une petite ville de province. Les âmes grises sont celles des
notables, parmi lesquels l’harmonie et le train-train ont désormais été brisés
sous les coups du soupçon. L’œuvre, savamment construite, dans un style soigné,
concis, qui se développe dans un climat glacial, lui vaut le prix Renaudot.

Autre œuvre très populaire de Philippe Claudel, La
Petite Fille de monsieur Linh
paraît en 2005. Ce roman assez court, sur
l’exil, la solitude et le déracinement, mais aussi l’amitié, raconte l’arrivée
en France de M. Linh, venu d’un pays d’Asie indéterminé mais qu’on suppose être
le Vietnam, avec une petite fille dans les bras, dont il ne se sépare jamais.
Le livre, qui retrace la solitude de M. Linh, mais aussi le développement de
son amitié avec un autre homme dans le deuil, repose sur un retournement final
qui mène à reconsidérer entièrement le récit.

Le Rapport de Brodeck, paru
en 2007, a été récompensé par le prix
Goncourt des lycéens
. Le personnage éponyme est chargé par les habitants
d’un village de rendre un rapport sur le meurtre collectif de l’Anderer, un
étranger qui dérangeait, meurtre présenté comme inévitable. On ne sait où l’on se
trouve dans ces paysages enneigés, ni quand, mais la barbarie de la grande
histoire vient se confronter à celle d’un petit village à travers Brodeck, survivant
d’un camp de concentration où il a subi un processus de déshumanisation.

Parfums, paru en 2012,
fonctionne comme une autobiographie olfactive. L’auteur raconte en effet les
odeurs de son enfance en Lorraine, à travers soixante-trois courts chapitres,
autour des senteurs du charbon, de la lotion solaire, des églises, des
Gauloises, d’un enfant endormi, de la cannelle, de l’habit d’un parent, parmi
bien d’autres souvenirs. Cette même année, consécration non négligeable dans le
monde des lettres, il est intégré à l’Académie
Goncourt
au couvert de Jorge Semprún, mort l’année précédente.

 

Philippe Claudel, admirateur de Georges Simenon
et du Giono d’après-guerre, incarne une littérature française contemporaine
exigeante ; il confectionne soigneusement, tel un orfèvre, des récits
d’apparence assez simple mais qui révèlent de profondes tragédies, tout cela,
souvent, à travers une littérature du souvenir,
du deuil, du retour en arrière
nécessaire sur des événements fondateurs
ou traumatiques
. La précision de l’écriture n’oublie pas l’émotion ; l’écrivain sait dessiner
des personnages auxquels le lecteur est susceptible de s’attacher.

 

À côté de sa carrière en littérature, Philippe
Claudel a un parcours au cinéma. Il
scénariste d’abord Sur le bout des doigts,
à la demande de son réalisateur Yves Angelo, en 2002, et devient lui-même réalisateur en 2008 avec son
premier long-métrage, Il y a longtemps que je t’aime, où
il met déjà en scène des têtes d’affiche comme Elsa Zylberstein et Kristin
Scott Thomas. Le film, qui parle des retrouvailles de deux sœurs après
l’incarcération de l’une d’elles pendant quinze ans, connaîtra un beau succès
ainsi qu’une carrière internationale. Philippe Claudel poursuit depuis
conjointement ses carrières littéraire et cinématographique, ayant réalisé
trois films entre 2008 et 2013.

 

« Pour essayer de
comprendre les hommes, il faut creuser jusqu’aux racines. Et il ne suffit pas
de pousser le temps d’un coup d’épaule pour lui donner des airs avantageux :
il faut le creuser dans ses fissures et lui faire rendre le pus. »

 

Philippe Claudel, Les Âmes grises, 2003

 

« Ce peut-être aussi
cela l’existence ! Des miracles parfois, de l’or et des rires et de
nouveau l’espoir quand on croit que tout autour de soi n’est que saccage et
silence ! »

 

Philippe Claudel, La Petite Fille de monsieur
Linh
, 2005

 

« Je ne sais pas si l’on
peut guérir de certaines choses. Au fond, raconter n’est peut-être pas un
remède si sûr que cela. Peut-être qu’au contraire raconter ne sert qu’à entretenir
les plaies, comme on entretient les braises d’un feu afin qu’à notre guise,
quand nous le souhaiterons, il puisse repartir de plus belle. »

 

Philippe Claudel, Le Rapport de Brodeck, 2007

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