La princesse de Clèves

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Madame de La Fayette

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres

 

1634 : Marie-Madeleine Pioche de La Vergne – célèbre sous l’appellation
Madame de La Fayette – naît à Paris.
Son père est un gentilhomme de petite
noblesse
, simple écuyer, passionné de littérature. Elle a pour parrain et
marraine des personnages haut placés, un marquis et une future duchesse de
l’entourage de Richelieu, et sa mère fait ce qu’il faut pour la pousser dans le
monde. Mme de La Vergne épouse en secondes noces Renaud de Sévigné, l’oncle de
la marquise, de huit ans l’aînée de Marie-Madeleine, qui deviendra une amie
chère après leur rencontre en 1652. L’année précédente, à dix-sept ans, Marie-Madeleine devient demoiselle d’honneur de la reine Anne d’Autriche. À vingt-et-un ans, elle épouse Jean-François de La Fayette, son
aîné de vingt ans, qui lui apporte un nom, une petite fortune, et la laisse mener
une vie libre à Paris tandis qu’il se retire en Auvergne. Ils auront deux fils
dont la mère saura mener la carrière. Par le truchement de son amie Henriette d’Angleterre, qui épouse en 1661
le frère de Louis XIV, Mme de La Fayette est introduite à la Cour et au grand monde. Elle s’installe
définitivement à Paris cette année-là et devient une proche de gens de lettres,
de théoriciens de la langue et du texte, dont La Rochefoucauld qui devient un grand ami à partir de 1665, Ménage, qui fut son maître de latin et
s’éprit d’elle, Segrais, Huet, et Mlle de Scudéry. Elle se gagnera une réputation de femme romanesque, rêveuse, discrète – les
habitués de l’hôtel de Nevers la surnommaient « le brouillard ». Elle
se distingue également par son intelligence,
sa culture, son charme, sa solide raison et sa franchise.

1662 : Pour se distraire et plaire au beau monde qu’elle fréquente, Madame
de La Fayette entreprend un genre littéraire à la mode, la nouvelle, et écrit La Princesse de Montpensier avec
l’aide de Ménage. Celui-ci lui
conseille de situer son récit dans un cadre
historique
, appuyé sur une documentation qu’il s’attache à rassembler. Le
personnage éponyme, fictif, a cependant des ressemblances avec l’amie de
l’auteure, Henriette d’Angleterre. Dans l’œuvre, elle se nomme Mlle de Mézières. Promise au duc du
Maine, cadet du duc de Guise, elle s’éprend de ce dernier. Elle épouse
finalement le prince de Montpensier, union qui favorise les Bourbon, mais elle
parvient toutefois à vivre son véritable amour avec l’aide du comte de
Chabannes, lui aussi épris d’elle mais résigné à la servir. Elle perdra finalement
tout : l’estime de son mari, son amant qui, inconstant, s’éprend d’une
autre dame de la cour, et son ami Chabannes, massacré lors de la nuit de la
Saint-Barthélemy. L’auteure avait pour dessein d’écrire un récit édifiant invitant les jeunes femmes à la prudence et à la vertu,
devant les dangers de l’amour et les errements auxquels mène la passion,
dont traitent toutes ses œuvres de fiction. Ménage révisa le style du texte et
la nouvelle connut un beau succès.
Madame de La Fayette ne fit publier aucune
œuvre sous son nom 
; en effet, en tant qu’aristocrate, elle ne pouvait
« s’abaisser » à signer des œuvres de fiction moderne. Elles furent
d’abord attribuées à Jean de Segrais
(1624-1701) qui s’occupait de leur publication.

1670-71 : Zaïde, œuvre issue de la collaboration
de plusieurs beaux esprits, paraît en deux volumes. Avec Madame de La Fayette,
y ont probablement contribué Segrais et La Rochefoucauld. Il s’agit d’un roman
d’aventures héroïques et galantes dans
le goût du Grand Cyrus de Mlle de
Scudéry et des romans de La Calprenède, dont le décor est l’Espagne musulmane du IXe siècle, sous le règne
d’Alphonse III. Les multiples péripéties et les nombreux développements
tournent autour des amours de Consalve, fils du comte de Castille, et de Zaïde,
fille d’un prince musulman converti au catholicisme. Le thème de la jalousie y est prédominant. Le style de Madame de La Fayette se
reconnaît dans son classicisme, sa clarté, sa simplicité et sa sécheresse,
en lien avec son refus du trait
individuel
.

1678 : L’élaboration de La Princesse de Clèves, court roman figurant parmi les plus
grands classiques de la littérature française, mille fois commenté, avait
commencé en 1672. La Rochefoucauld y
collabora beaucoup. L’histoire bien connue conte l’amour d’abord impossible, à
la fin du règne d’Henri II, entre Mlle
de Chartres
, qui a fait un mariage de raison avec le prince de Clèves, homme qu’elle estime sans l’aimer, et le
séduisant M. de Nemours. Une
fois veuve, la princesse de Clèves pourrait vivre son amour, mais elle choisit
de rester fidèle à un homme qu’elle pense avoir tué, et renonce au monde. En
effet, une scène capitale du roman
est l’aveu que fait la princesse de
son amour pour Nemours à son mari, qui scandalisa beaucoup les contemporains,
et parut invraisemblable. On moqua beaucoup cette héroïne qui semblait manquer
d’esprit et même de bon sens, mais la fine
analyse des sentiments
– qui se fait investigation
psychologique
et mène l’intrigue au lieu de lui faire obstacle comme chez
les écrivains précieux – ainsi que le style remarquable valurent la gloire à
l’œuvre et à son auteure. Le roman se distingue également des fictions de Mlle
de Scudéry ou de Gomberville par le cadre et les personnages, tous typiquement
français. On en parle souvent comme du premier
roman moderne
. Alors que Madame de La Fayette avait déjà quitté la Cour en
1670 à la mort de son amie Henriette, la mort de La Rochefoucauld en 1680 la décide à se retirer largement du
monde
. La nature réelle de la relation intime entre les deux écrivains
reste un mystère.

1693 : Madame de La Fayette meurt
à cinquante-neuf ans à Paris. L’Histoire d’Henriette d’Angleterre ne
paraît que posthumément en 1720.
Madame de La Fayette s’était liée à la fille de Charles Ier, roi
d’Angleterre décapité, et d’Henriette de France, fille d’Henri IV, alors
qu’elle avait vingt ans et qu’Henriette n’était qu’une jeune fille exilée en
France. Comme son frère Charles II venait de monter sur le trône d’Angleterre,
Louis XIV avait voulu la marier à son frère Philippe d’Orléans. Madame de La
Fayette, à la demande de son amie, commence le récit des évènements au moment
du mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d’Autriche en 1659, et le termine en
1665. Dans l’intervalle son amie a connu des aventures galantes avec deux gentilhommes et travaillé à
l’amélioration des rapports entre France
et Angleterre
. Il est également question du règne de Louis XIV, de ses rapports avec Mazarin puis ses proches conseillers, et du gouvernement de l’État. Madame de La Fayette reprit la plume en 1670 pour décrire la longue agonie et la mort de son amie, qui inspira à Bossuet
sa plus célèbre oraison funèbre. La Comtesse de Tende, nouvelle
historique sur la dureté de l’amour, écrite en 1664, sera publiée en 1724
dans le Mercure galant ; et ses Mémoires
de la Cour de France
(pour les années 1688 et 1689) paraîtront en 1731.

 

 

« Elle ne pouvait s’empêcher d’être troublée de sa vue, et
d’avoir pourtant du plaisir à le voir ; mais, quand elle ne le voyait
plus, et qu’elle pensait que ce charme qu’elle trouvait dans sa vue était le
commencement des passions, il s’en fallait peu qu’elle ne crût le haïr, par la
douleur que lui donnait cette pensée. »

 

« Quoi ! Madame, une pensée vaine et sans fondement vous
empêchera de rendre heureux un homme que vous ne haïssez pas ? Quoi !
j’aurais pu concevoir l’espérance de passer ma vie avec vous ; ma destinée
m’aurait conduit à aimer la plus estimable personne du monde ; j’aurais vu
en elle tout ce qui peut faire une adorable maîtresse ; elle ne m’aurait
pas haï, et je n’aurais trouvé dans sa conduite que tout ce qui peut être à
désirer dans une femme ! Car enfin, madame, vous êtes peut-être la seule
personne en qui ces deux choses se soient jamais trouvées au degré qu’elles
sont en vous : tous ceux qui épousent des maîtresses dont ils sont aimés,
tremblent en les épousant, et regardent avec crainte, par rapport aux autres,
la conduite qu’elles ont eue avec eux ; mais en vous, madame, rien n’est à
craindre, et on ne trouve que des sujets d’admiration. N’aurais-je envisagé, dis-je,
une si grande félicité, que pour vous y voir apporter vous-même des
obstacles ? »

 

Madame de
La Fayette, La Princesse de Clèves,
1678

 

« Elles mourut en peu de jours, dans la fleur de l’âge, une
des plus belles princesses du monde et qui aurait été la plus heureuse si la
vertu et la prudence eussent conduit toutes ses actions. »

 

Madame de La Fayette, La Princesse de Montpensier, 1662

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