La princesse de Clèves

par

Marques de Préciosiété

La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette est un roman à multiples facettes. Du fait que l’intrigue soit centrée autour de la Cour sous le règne d’Henri II, Madame de La Fayette s’assure de faire ressortir dans son œuvre quelques repères historiques, ainsi que des indices marquant la vie royale et le courant littéraire de la préciosité.

Grâce à sa familiarité avec les salons littéraires (tels que l’Hôtel de Rambouillet ou celui de Mlle de Scudéry), Madame de La Fayette incorpore cette influence dans ce roman à portée historique. La préciosité était un courant littéraire du XVIIème siècle qui se distinguait par son élégance dans la tenue et le langage, sa pureté des mœurs et son idéalisation de l'amour.

Ainsi l’amour idéalisé qui est l’un des thèmes principaux de son œuvre est ennobli sous plusieurs aspects. Cet amour est personnifié par la Princesse de Clèves qui en est la source et la bénéficiaire. Il s’agit de l’amour que le Duc de Nemours manifeste aux femmes, et en particulier celui qu’il éprouve pour la Princesse de Clèves. C’est également l’amour que le Prince de Clèves a pour son épouse, mais aussi l’amour que cette princesse ressent pour le Duc de Nemours.

« Elle ne pouvait s'empêcher d'être troublée de sa vue, et d'avoir pourtant du plaisir à le voir ; mais quand elle ne le voyait plus, et qu'elle pensait que ce charme qu'elle trouvait dans sa vue était le commencement des passions, il s'en fallait peu qu'elle ne crût le haïr par la douleur que lui donnait cette pensée ».

Cette relation entre la Princesse de Clèves et le Duc de Nemours est intrigante, on est amené à se demander si cet amour aurait dû être révélé au Prince de Clèves comme ce fut le cas dans le roman, ou si une relation semblable aurait dû demeurer le secret d’une passion cachée jusqu’à la fin de leurs jours. Cette préciosité que Madame de Lafayette attribue à ses personnages se manifeste ailleurs que dans les sentiments nobles qu’ils éprouvent. Elle se manifeste aussi dans l’élégance dont ils font preuve à tout moment. Une élégance de leur apparence et une élégance du langage. Ainsi, le registre de langue est soutenu, et les expressions qu’utilisent les personnages sont éthérées.

Les personnages de l’œuvre incarnent donc la tenue exemplaire, la parfaite élégance que nécessite le courant de la préciosité. Ceci se remarque à travers le personnage du Duc de Nemours : un bel homme, élégant, gracieux et raffiné.

« … enfin, il était seul digne d'être comparé au duc de Nemours, si quelqu'un lui eût pu être comparable. Mais ce prince était un chef-d’œuvre de la nature ; ce qu'il avait de moins admirable était d'être l'homme du monde le mieux fait et le plus beau. Ce qui le mettait au−dessus des autres était une valeur incomparable, et un agrément dans son esprit, dans son visage et dans ses actions, que l'on n'a jamais vu qu'à lui seul ; il avait un enjouement qui plaisait également aux hommes et aux femmes, une adresse extraordinaire dans tous ses exercices, une manière de s'habiller qui était toujours suivie de tout le monde, sans pouvoir être imitée, et enfin, un air dans toute sa personne, qui faisait qu'on ne pouvait regarder que lui dans tous les lieux où il paraissait ».

En tant que roman littéraire du style précieux, La Princesse deClèves représente aussi un ouvrage qui reflète l’avènement d’un style d’écriture novateur. C’est le tout premier style de roman qui se permet de narrer en profondeur les émotions du personnage principal, d’analyser ses sentiments et de permettre ainsi au lecteur non pas d’imaginer, mais de ressentir ce que ressent l’héroïne.

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