La Seconde Surprise de l’amour

par

L’inhérence des obstacles à l’amour

Dans cette pièce de Marivaux, lethème de l’amour est le thème principal. Mais la particularité de la pièce netient pas uniquement au caractère comique ou à la finesse d’esprit dont il faitpreuve dans le langage de ses personnages, elle vient du fait que l’amour, danscette pièce, ne souffre pas d’obstacles autres que ceux qui le portent en eux.En effet, il n’y a dans l’environnement des personnages aucun élément réel quis’opposerait à leur union. Les personnages sont absolument libres de toutengagement, mais préfèrent se barricader derrière leur souffrance ; ilsn’ont pas de charges autres qu’eux-mêmes, mais préfèrent s’isoler de toutesaventures amoureuses ; ils sont du même rang social, s’apprécientmutuellement et vivent à proximité l’un de l’autre, et pourtant, sansl’influence des personnages qui les entourent, ils s’ignoreraient complètement.

Ainsi, Marivaux cherche à montrerpar ses pièces que l’amour n’est jamais autant entravé que lorsqu’il estétouffé par ceux qui sont censés le laisser grandir. C’est le cas de laMarquise que le veuvage plonge dans la dépression. Elle est inconsolable et neveut pas être consolée. C’est encore le cas du Chevalier :

« LECHEVALIER. − Je devrais retenir ma douleur, Madame, vous n’êtes que tropaffligée vous-même.

LAMARQUISE. − Non, Chevalier, ne vous gênez point ; votre douleur fait votreéloge, je la regarde comme une vertu ; j’aime à voir un cœur estimable car celaest si rare, hélas ! Il n’y a plus de mœurs, plus de sentiment dans le monde ;moi qui vous parle, on trouve étonnant que je pleure depuis six mois ; vouspasserez aussi pour un homme extraordinaire, il n’y aura que moi qui vousplaindrai véritablement, et vous êtes le seul qui rendra justice à mes pleurs ;vous me ressemblez, vous êtes né sensible, je le vois bien. »

Pourtant, Marivaux fait de l’amourune force inexorable qui, même lorsqu’elle est entravée par le chagrin, fait delui son outil. Dans le cas de la Marquise et du Chevalier, c’est leur peinecommune qui les rapproche, qui leur fait voir en l’autre une âme semblable à laleur. Étant donné que les obstacles à l’amour sont de nature intrinsèque, ilest opportun que les solutions qui permettent à l’amour de faire surfaceviennent de l’intérieur. Si l’affliction qu’ils ressentent tous deux et qui lestient loin de l’amour les rapproche d’abord, c’est l’orgueil qui sert le plusl’amour dans cette pièce. L’orgueil qui les empêche d’avouer leurs sentimentsles conduit encore plus à s’engager dans une liaison amoureuse. En effet,lorsqu’elle apprend que le Chevalier refuse de l’épouser, l’amour propre de laMarquise est piqué et elle se promet de conquérir le Chevalier.

« LAMARQUISE. − Ce n’est pas assez qu’il le croie, ce n’est pas assez, il faut quecela soit ; il n’y a que cela qui puisse me venger de l’affront presque publicque m’a fait sa réponse ; il n’y a que cela ; j’ai besoin, pourréparations, que son discours n’ait été qu’un dépit amoureux ; dépendred’un dépit amoureux ! »

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