Le château des Carpathes

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Résumé

Vers le milieu du XIXe siècle, ledernier représentant de l’ancienne lignée des Gortz était le baron Rodolphe. Àvingt-deux ans, seul au monde, il décida de quitter le château de ses ancêtres,vieux burg bâti sur le plateau d’Orgall, dans les Carpathes, au cœur de laRoumanie, et disparut sans laisser de traces. Le burg, abandonné, demeura vide,berceau de légendes et de superstitions ancestrales.

Quelle n’est donc pas la surprise du bergerFrick quand il voit s’élever, un soir, une fumée qui semble sortir des ruinesdu château des Gortz. Superstitieux comme tous les habitants de la contrée,Frick y voit là quelque manifestation diabolique. Il court de ce pas avertir leprincipal magistrat du village, maître Koltz. Le village de Werst est unebourgade calme, mais la peur s’y installe quand la nouvelle se répand : dela fumée s’échappe du vieux burg ! entend-on partout. Esprits malfaisants,disent les uns ; brigands qui se cachent, affirment d’autres. Dans tousles cas, il y a danger, et les notables du village se réunissent en ce 29 mai àl’auberge du Roi Mathias. Outre maître Koltz, il y a là le médecin Patak, lemagister Hermod, le forestier Nic Deck et sa fiancée, Miriota, la fille de Koltz.La discussion va bon train, et le médecin Patak, qui se pique d’être un espritfort, a l’impudence de proposer de monter sur le plateau d’Orgall afin d’allervoir ce qui se passe au burg. Nic Deck le prend au mot et l’expédition estdécidée pour le lendemain. C’est alors que résonne dans la grande salle del’auberge une voix, venue d’on ne sait où, qui menace nommément Nic Deck, luipromettant malheur s’il monte au burg. Mais il en faut davantage pourdécourager le brave forestier, et lui et Patak se mettent en route dès lelendemain matin.

La route est longue, la forêt épaisse, lesrochers abrupts. Malgré les protestations de ce poltron de Patak, les deuxhommes finissent par atteindre le plateau d’Orgall, jusque devant la poterne duchâteau. Le soir tombe, et ils décident de passer la nuit sur place, remettantl’exploration du burg au lendemain. Mais durant la nuit, alors que Nic dortpaisiblement et que Patak tremble de peur, la cloche de la chapelle du burg semet en branle et sonne le tocsin. Nic se réveille, et un incroyable spectacles’offre à lui : un étrange phénomène lumineux apparaît, une clarté intensejaillit du donjon central, et après avoir illuminé les pierres durant unepleine minute, disparaît brusquement. Nic décide de s’introduire dans lechâteau. Ignorant les appels à la prudence de Patak, le forestier traverse lefossé et grimpe le long des chaînes du pont-levis jusqu’à la hauteur de lapoterne. Il pose la main sur l’une des ferrures, et pousse un brusque cri dedouleur comme s’il était frappé par la foudre. Il glisse au fond du fossé,inanimé. Pendant ce temps, Patak est cloué au sol comme si ses chaussuresétaient enfoncées dans la terre. Il ne peut faire le moindre mouvement pourporter secours à son compagnon.

Au matin, l’inquiétude au village est à soncomble Après une journée d’attente, les trois plus braves du villages décidentde monter au burg : Koltz, Frick et Jonas, patron de l’auberge du RoiMathias. En début d’après-midi, tous reviennent, bien vivants. Seul Nic estétendu sur une civière de branchages portée par Jonas et Frick. Le forestierest sans connaissance, et quand il revient à lui, il semble frappéd’hémiplégie. Patak fait aux villageois le récit de leurs aventures, et laterreur se répand dans les villages de la vallée. Tous craignent les diables etautres démons, aussi, plus personne n’ose quitter son logis.

C’est alors que, le 9 juin, deux voyageurs seprésentent à l’auberge du Roi Mathias. Il s’agit du comte Franz de Télek, issude la vieille noblesse du pays, et de son compagnon Rotzko, un soldat. Ils fontconnaissance de maître Koltz et des autres notables. Avant peu de temps, ilsapprennent tout de l’affaire du burg. Mais Franz ne s’en laisse pasconter : pour lui, il y a forcément une explication rationnelle auxphénomènes qui se sont déroulés, le reste n’est que superstition. Pourtant, ilpâlit quand il apprend que le dernier occupant du burg était Rodolphe de Gortz.En effet, les deux hommes se sont croisés : ils ont aimé la même femme, laStilla, une cantatrice italienne au talent exceptionnel. Gortz ne manquait pasune représentation de la prima donna, parcourant l’Italie avec son compagnonOrfanik, un savant excentrique et génial. Quant à Télek, il s’est épris de laStilla, l’a demandée en mariage et sa demande a été acceptée. Mais au soir del’ultime représentation donnée par la cantatrice, elle est morte sur scène,plongeant les deux hommes dans le désespoir. Gortz a disparu, non sans avoir aupréalable menacé Télek, qu’il tient pour responsable de la mort de l’artiste.

Cinq ans ont passé, et Télek croise donc ànouveau la route de Gortz. Malgré l’opposition de son compagnon Rotzko, lesdeux hommes se rendent au burg. Là, Franz ordonne à son serviteur de courir àla ville la plus proche pour y quérir des secours qui aideront à percer lemystère du burg. Quant à lui, il décide de pénétrer à l’intérieur. Après biendes efforts, il y parvient et parcourt d’obscurs couloirs, qui le mènentjusqu’à une crypte, éclairée par une lumière artificielle. Il y a là pain,viande et eau. Télek se restaure puis sombre dans un profond sommeil. Quand ilse réveille, il comprend qu’il a été drogué ; il est maintenant enfermé.Quelle n’est pas sa stupeur quand il reconnaît la voix de la Stilla qui arrivejusqu’à lui ! Elle est donc vivante, prisonnière des murs du burg depuiscinq ans ! C’est en démontant la serrure d’une porte qu’il parvient àsortir. Ses pas le mènent alors à la chapelle du château où, caché, il assisteà ceci : il reconnaît le savant Orfanik, qui branche d’étranges fils lesuns aux autres, bientôt rejoint par Rodolphe de Gortz. Les propos des deuxhommes apprennent à Franz que le château est miné et sera détruit le lendemain.Quand les deux hommes se séparent, Franz cherche à rejoindre Gortz, pour luifaire avouer où est enfermée la Stilla. Quand il parvient à lui, le baron estassis dans une pièce du donjon, et écoute, fasciné, la voix de la cantatrice.Et elle est là, devant les deux hommes, elle chante ! Télek s’apprête àfrapper Gortz mais le chant arrête son geste. Le baron s’empare du couteau que brandissaitle comte, et en frappe le cœur de la Stilla, dont l’image s’effondre en millemorceaux dans un vacarme de verre brisé. Ce n’était qu’une illusion ! Lebaron est près de s’enfuir, une boîte serrée contre son cœur, quand un coup defeu retentit : c’est Rotzko qui est revenu avec des secours. D’un tir bienajusté, il fait voler la boîte en éclats. Gortz pousse un cri de rage et dedésespoir, juste avant qu’une épouvantable explosion ne retentisse. Un instantaprès, le burg n’est plus que ruines.

Dans les décombres, on retrouve Franz deTélek, devenu fou. Bientôt arrêté, Orfanik révèle qu’il a mis au point unprocédé pour enregistrer la voix humaine, grâce auquel le baron avaitenregistré la voix de la Stilla. Et il révèle que la balle de Rotzko a détruitces irremplaçables enregistrements. La voix dans l’auberge ? Rien de plussimple : un fil de cuivre était tendu, comme un câble de téléphone, entrele burg et l’auberge. Ainsi, Gortz pouvait entendre ce qui se disait dans lagrande salle et y faire entendre sa voix. Quant à l’image de la Stilla, c’étaitle produit d’un jeu de miroirs. Enfin, les abords du burg étaient truffés depièges électriques qui frappaient les impudents qui tentaient d’y pénétrer.Télek avait raison, le diable n’était pour rien dans tout cela. Mais latragédie demeure, et les superstitions pèsent toujours sur les ruines duchâteau des Carpathes.

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