Le château des Carpathes

par

Un goût pour la science manifeste

Grand adepte des romans dans lesquels sont présents une bonne dose de science et d’invention, Jules Verne montre dans Le Château des Carpathes une fois de plus sa connaissance en la matière et sa faculté à la restituer dans un contexte fantastique. En 1892, date de la parution du roman, l’Occident connaît justement une forte croissance dans le domaine scientifique qui s’accorde à merveille avec les inventions mentionnées par l’auteur dans ses romans. Le lecteur trouve ainsi dans la littérature un écho aux progrès dont son propre monde est témoin et acteur, ce qui ancre le récit dans un cadre spatio-temporel connu.

Ainsi, tout le nœud de l’intrigue est basé sur un « simple artifice d’optique »créé par Orfanik, l’inventeur fou engagé par Rodolphe de Gortz dans le but de simuler l’existence de la Stilla, cantatrice réputée que Gortz vénérait. Verne utilise ici la science comme un artifice, un ersatz servant à tromper les esprits les plus ignorants et à leur faire croire à une réalité fantastique. En effet, le jeune comte de Télek n’est que très peu instruit, il est décrit en ces termes : « Il n’eut pour instituteur qu’un vieux prêtre italien, qui ne put rien lui apprendre que ce qu’il savait, et il ne savait pas grand-chose. Aussi l’enfant, devenu jeune homme, n’avait-il acquis que de très insuffisantes connaissances dans les sciences, les arts et la littérature contemporaine. »Dans de telles conditions, il devient aisé pour l’auteur de dissimuler sous des apparences fantastiques une machination purement mécanique, quand le héros lui-même se trouve dans l’absence la plus totale de doutes concernant la mise en œuvre d’une force surnaturelle.

De cette manière, en ne dévoilant qu’à la toute fin de l’histoire le procédé scientifique qui a constitué le nœud de l’intrigue tout au long de l’œuvre, Jules Verne maintient le suspense jusqu’au bout et donne à la science la capacité de faire échec au surnaturel, au fantastique, et à toutes les théories basées sur une croyance. Par l’explication toute simple et rationnelle de la machination par effet d’optique, il démonte toute l’élaboration mentale suscitée chez les protagonistes et le lecteur. Il montre ainsi que bien souvent, des mécanismes explicables scientifiquement sont la simple explication à tous les phénomènes que l’on attribue à des forces fantastiques, appuyant par là le potentiel rationnel, déductif de l’esprit humain.

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