Le château des Carpathes

par

Un environnement propice à une atmosphère fantastique

Jules Verne prend soind’installer et de développer dans son roman un contexte qui appelle toutnaturellement le lecteur à se sentir immergé dans un univers fantastique.D’ores et déjà, l’on est habitué aux romans de Jules Verne mettant en scène desanimaux surnaturels, des situations catastrophiques où le fantastique trouvefacilement sa place, comme dans Vingt millelieues sous les mers ou encore Voyageau centre de la terre. Cependant, cette dimension fantastique trouvetoujours un appui sur un élément réel mais prenant des proportions tropimportantes ou improbables pour que celui-ci semble rationnel. Ainsi, dans Voyage au centre de la Terre parexemple, le lecteur découvrira, à partir d’un environnement géologiqueexistant, une mer souterraine et tous les animaux incroyables qui y vivent.

Le Château des Carpathes n’échappe pas à la règle. Jules Verne situel’action dans un lieu certes existant, mais en exacerbe les caractéristiquesnaturelles jusqu’à ce qu’elles revêtent une dimension fantastique dans l’espritdu lecteur. Il prend pour cadre spatio-temporel la région des Carpates, présuméelieu de prédilection des vampires. Pour couronner le tout, c’est dans unchâteau abandonné que naît l’intrigue, sur la base d’une ignorance et de l’interrogationpermanente des villageois concernant ce à quoi l’intérieur du château ressembledésormais : « Mais, comme on nel’en défiait pas, comme on se gardait même de l’en défier, le docteur Patak n’yétait point allé, et, la crédulité aidant, le château des Carpathes étaittoujours enveloppé d’un impénétrable mystère. »

 Jules Verne se fait un devoir de brouiller lespistes, en semant le doute quant à la localisation précise du village danslequel se trouve le château : « Levillage de Werst a si peu d’importance que la plupart des cartes n’en indiquentpoint la situation ». Le doute plane donc sur cet endroit ancré enplein milieu d’une région propice aux superstitions, et même le lecteur le plusrationnel sentira l’atmosphère fantastique et inquiétante qui en suinte.

De plus, Jules Verne insistesur le caractère enclavé, presque autarcique de ce village de Werst. Ainsi, sapopulation vit recluse ; relativement aisée, elle ne manifeste aucun désirde sortir hors de l’unique rue qui semble constituer le bourg. Ainsi, lapopulation reste refermée sur elle-même, et ce sont les mêmes instituteurs etles mêmes « hommes de science » (le médecin, par exemple) qui diffusentles mêmes ragots et laissent à la population le soin d’y croire et de s’enfaire une identité. Ainsi, peu instruits, nourris de superstitions, lesvillageois contribuent eux-mêmes à répandre un nuage de crainte sur le village,à l’ombre du château qui les domine.

Par un judicieux procédé,l’auteur met son lecteur dans une position critique. En effet, il répète que lapopulation de Wertz est crédule, ignorante, et demande de ne pas croire auxsuperstitions que l’on y répand : « Quele lecteur veuille bien se mettre dans une disposition d’esprit identique àcelle des gens de Werst, et il ne s’étonnera plus des faits qui vont êtreultérieurement relatés. Je ne lui demande pas de croire au surnaturel, mais dese rappeler que cette ignorante population y croyait sans réserve. » Ainsi,il semble mettre en garde le lecteur contre le climat fantastique qu’il met enœuvre lui-même, créant ainsi un effet d’inversion. Il évite de tomber dans uneutilisation abusive du fantastique, qui flirterait avec la dérision en étanttrop présente. Ainsi, il laisse le lecteur dans l’expectative, dans unesituation de doute, à mi-chemin entre suspicion et croyance au surnaturel.

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