Le Conte de deux cités

par

Une critique de la violence

Dansune analyse historique de la Révolution française, Dickens désapprouve lesexcès de violence. Bien que fermement acquis à la cause paysanne et opposé auxabus de la noblesse, l’auteur dénonce la violence dont font usage à leur tourles révolutionnaires. Pour lui, combattre la violence par la violence, ce n’estpas permettre l’avènement d’une société nouvelle, mais perpétuer un système enredistribuant les rôles. Cette évocation de la lutte des classes et de laviolence est inévitable dans un roman qui traite de la Révolution française.

Lapremière forme de violence dont il est question ici est celle exercée par lesmembres de la bourgeoisie envers les paysans, présentée comme un comportementinhumain et exécrable. Il y a là une violence physique et psychologique detoute une classe sociale, une oppression qui prend par son caractère généraldes aspects de norme. Mais la violence se retourne contre eux et elle estencore plus féroce dans sa manifestation que celle des bourgeois.

« La rage des bourreaux étaitdevenue si violente, leur folie si mauvaise, que dans ce mois de décembre, oùnotre histoire est arrivée, plus d’une rivière s’encombrait de cadavres par lesnoyades en masse, et qu’en maint endroit les prisonniers, rangés en lignes, ouformés en carrés, tombaient sous les coups de la fusillade. »

Bien quel’auteur condamne la violence incontrôlée de la foule, il semble tenter de lajustifier. Les détails de la maltraitance des classes défavorisées par lesaristocrates donnent une certaine légitimité au comportement de la foule. Maisla vengeance populaire décrite par Dickens prend une intensité telle qu’elleest assimilée à une force de la nature, dévastatrice, implacable, surhumaine etabsolument corruptrice :

« Nul combat n’aurait offert unspectacle aussi poignant que ce plaisir déchu, tombé de l’innocence à l’ivresseinfernale […] La grâce, qui s’y trouvait encore, le rendait plus hideux, enmontrant à quel point les meilleures choses avaient pu descendre et sepervertir. Cette poitrine virginale, d’où la pudeur était bannie, cette jolie têtepresque enfantine, convulsée par une joie haineuse, ce pied délicat, dansantd’un pas léger au milieu de cette boue sanglante, représentaient la folie decette époque de décomposition. »

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