Le diable au corps

par

Un roman autobiographique?

Beaucoup d'éléments du roman nous amène à nous questionner sur l'authenticité de son récit. Tout d'abord, Radiguet reprend beaucoup d'éléments personnels : le contexte de l'histoire, son âge, les villes qu'il refuse de citer, etc. Ces éléments troublants sont exacerbés par sa volonté de ne pas dévoiler le nom du héros qui nous narre l'histoire et par la présence permanente de la première personne du singulier (« Je vais encourir bien des reproches. Mais qu'y puis-je ? ») et du point de vue exclusivement interne, puisque nous connaissons les avis et les pensées du narrateur mais pas celles de son entourage.

Des faits qui ont réellement existé dans la vie de Raymond Radiguet sont présents : tout d'abord, l'histoire de la bonne sur le toit, et qui finit par s'écraser en contre-bas est réellement arrivée et a longtemps traumatisé l'auteur, puisqu'il en parlait avec ses amis du lycée. Pour ce qui est des études, il est possible que Radiguet et le héros de son roman ait suivit le même cursus, mais rien ne le confirme officiellement. Quant à la liaison qu'il entretient avec Marthe, elle est directement inspirée de son vécu personnel : Raymond Radiguet connaît à l'âge de quatorze ans une jeune femme, Alice, âgée alors de dix ans de plus que lui, qu'il rencontre à bord d'un train. Le charme opère entre les deux jeunes gens et bientôt, Alice lui ouvre sa porte et son lit. Mais Alice n'est pas libre, elle est mariée à Gaston, parti au front tout comme Jacques. Au bout de quatre ans de relation, Alice tombe enceinte, tout comme Marthe. Et tout comme elle, elle sera abandonné par le père biologique de l'enfant qui ne voyait en sa femmes qu'une passade, une histoire amusante car interdite, mais aucun des deux pères ne se voient capable d'assumer l'existence de cet enfant qui briderait leur liberté.

Cependant, nous ne sommes pas face à une vraie confession autobiographique : certains événements que nous narre l'auteur ne sont que pure fiction. Par exemple, Raymond Radiguet n'a pas perdu Alice après la naissance de son enfant comme il en fut le cas pour Marthe, puisqu'Alice mourra bien après lui, en 1952. Peut-être la mort de Marthe en couche figure-t-elle une métaphore de la mort de l'amour entre Raymond et Alice, avec l'arrivé de l'enfant. Tous les personnages, les rebondissements, ne sont pas véridique. La situation où tout le bas de la maison où ils logent est en attente afin de pouvoir entendre leurs ébats est très sûrement faussée, simplement ajoutée pour mettre une pointe d'humour dans ce roman dont on soupçonne déjà la fin, quelque peu tragique. Enfin, l'auteur confirme lui-même qu'il existe dans son livre une certaine supercherie, et qu'il est plus simple de rendre véridique un roman à la première personne en y faussant des éléments : « Ce petit roman d'amour n'est pas une confession, et surtout au moment où il semble davantage en être une. C'est un travers trop humain de ne croire qu'à la sincérité de celui qui s'accuse ; or, le roman exigeant un relief qui se trouve rarement dans la vie, il est naturel que ce soit justement une fausse autobiographie qui semble la plus vraie ».

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