Le grand Meaulnes

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Alain Fournier

Alain-Fournier
– pseudonyme d’Henri-Alban Fournier – est un écrivain français né en 1886 à La
Chapelle-d’Angillon (Cher) et mort jeune, en 1914, à Saint-Remy-la-Calonne
(Meuse), près de Verdun. Il appartient à une jeune génération encore toute
empreinte de symbolisme, et il est principalement l’auteur d’un roman poétique,
qui pour exprimer l’appel de l’idéal et le besoin de spirituel marie
adroitement réalisme et féerie.

Il naît
d’une famille de paysans et d’instituteurs – ses deux parents enseignent ;
il sera d’ailleurs sept années durant l’élève de son père. Il connaît une
enfance paisible mais quelque peu triste dans la campagne berrichonne. À douze
ans, il est l’élève le plus brillant du lycée Voltaire à Paris ; à quinze,
rêvant de voyages, il tente le concours d’entrée à l’École navale mais devant
la difficulté finit par abandonner. En 1903 au lycée Lakanal il rencontre
Jacques Rivière ; les deux amis, pourtant assez différents, s’échangeront
près de quatre cents lettres les dix prochaines années. Jacques a davantage le
goût des idées, de la critique, l’amour des livres qu’Henri-Alban, qui
deviendra Alain-Fournier après la khâgne. Celui-ci ne montre pas de goût pour
l’analyse, qui vient butter contre les accents intérieurs originaux et
naissants auxquels il se veut attentif. L’engouement des deux amis pour le
symbolisme naît de la lecture par leur professeur d’une page de poésie d’Henri
de Régnier.

Dès l’été
1904, sa vocation d’écrivain s’affirme ; il commence à composer des poèmes
en vers libres à dix-sept ans. Avec des nouvelles, certains connaîtront même
une publication dans plusieurs revues. L’année suivante survient un événement
d’apparence anodine qui inscrit son empreinte en Alain-Fournier pour les huit
ans à venir. Il rencontre brièvement, à la sortie d’une exposition au Grand
Palais, Yvonne de Quiévrecourt, qui restera un amour impossible qu’il transmutera
dans son œuvre à venir. En 1906 Alain-Fournier découvre l’œuvre de Paul Claudel
qui lui donne l’exemple d’un art total, mêlant parole et pensée, monde intime
et monde extérieur. L’influence de ce maître est cependant combattue par celle
d’André Gide.

Gallimard
publiera en 1924 Miracles, où certains des textes de cette période sont
rassemblés par celui qui était devenu dans l’intervalle son beau-frère, son ami
Jacques Rivière. Dans la longue introduction, celui-ci énonce les influences
qui étaient alors celles d’Alain-Fournier : Rimbaud, Gide et Claudel ;
Jammes, Maeterlinck et Jules Laforgue surtout, qui infusent ici sa poésie, par
conséquent assez peu originale ; plus tard Charles Péguy, son aîné de
treize ans. L’originalité du jeune homme, dont il eut mieux conscience que
jamais pendant ses classes préparatoires, s’y affirme par un affranchissement
voulu de la littérature, des références ; sa sensibilité pour la nature
apparaît dans les récits et les contes, aux notes pures et agrestes. Le rêve
intérieur prime sur le réalisme du monde, et le sentiment se doit de parer
toute idée. Dans les poèmes et contes, s’affirme surtout l’influence du
symbolisme, et apparaissent déjà les thèmes du Grand Meaulnes. « Le corps de la femme » constitue une
méditation poétique en prose, qui montre la tendance de Fournier à transposer
en lui l’être aimé, déconnecté de la souillure du monde réel, de la même façon
qu’Yvonne de Quiévrecourt aura très peu revêtu de réalité pour lui mais aura
longtemps peuplé son imaginaire, et sera devenue réelle en lui. Charles Péguy avait particulièrement aimé le conte « Le
Miracle de la fermière » ; Alain-Fournier se liera d’ailleurs
d’amitié avec lui, mais encore avec l’écrivaine Marguerite Audoux. Ayant échoué
à l’oral de Normale en 1907, devenu chroniqueur littérature – et très apprécié
– à Paris-Journal trois ans plus
tard, et collaborant à d’autres revues, il fréquentera les artistes du temps,
dont Paul Claudel, André Gide et André Suarès.

Après son
service militaire, il devient en 1912 par l’intermédiaire de Charles Péguy le
secrétaire de Claude Casimir-Perier, fils de l’ancien président, et met au
point auprès de lui Brest, port
transatlantique
, gros ouvrage publié en 1914. Mais c’est surtout la
proximité de la femme de Casimir-Perier qui intéresse le jeune homme, la
comédienne Madame Simone, de neuf ans son aînée, avec qui il entretiendra une
liaison orageuse.

Alain-Fournier
a commencé à penser au Grand Meaulnes
et à l’ébaucher dès 1905 ; l’idée apparaît dans une lettre à Jacques lors
de son séjour à Londres, où le jeune homme se rêve en Charles Dickens. Après
huit ans de tâtonnements, la forme définitive du roman paraît dans La Nouvelle Revue française de juillet à
novembre 1913. Le style de l’ouvrage et sa composition signalent déjà le talent
d’un auteur mature. Le héros, Augustin Meaulnes, vient instiller le merveilleux
dans le quotidien du narrateur en le rejoignant dans un petit village et à son
école, et en l’introduisant au monde féerique du Pays perdu et de son château
peuplé d’enfants, de comédiens, de forains et de paysannes joyeuses. Souvenir
d’une femme qui hante Alain-Fournier depuis autant de temps que son livre,
Yvonne de Galais figure la femme aimée et recherchée par Meaulnes, qui l’a
seulement entraperçue. L’intrigue, plutôt compliquée, importe peu en réalité,
puisque l’auteur cherche surtout à transmettre à son lecteur un certain état
d’âme, la féerie d’une atmosphère à travers un texte qui s’apparente peut-être
moins à un roman qu’à un long poème. Meaulnes, dont le désir a été entièrement
capté par une image, ne peut plus trouver de bonheur dans le quotidien et se
trouve séparé du monde réel, incapable de le griser. C’est donc l’histoire
d’une jeunesse inquiète, percluse dans son désir que raconte Alain-Fournier. Le
roman, s’il manque de peu de remporter le prix Goncourt, rencontre une critique
quasi unanimement élogieuse.

Peu avant
de mourir dans les premiers combats de la Première Guerre mondiale,
Alain-Fournier avait rédigé les sept chapitres de son prochain roman, qui
devait s’appeler Colombe Blanchet, et
qui aurait baigné dans l’atmosphère des compagnonnages et de la vie de garnison
qu’il avait connue à Mirande. Il avait aussi rédigé, en une nuit, à la demande
de Simone, une pièce de théâtre en janvier 1914, La Maison dans la forêt, inspirée de Boucle d’or et les Trois Ours, une autre histoire centrée sur la
survenue d’un élément étranger dans une vie faite d’habitudes.

En 1926
paraît sa Correspondance avec Jacques
Rivière
, en 1973 celle avec Charles Péguy, sous-titrée Paysages d’une amitié ; puis en 1990 paraissent à la fois les
esquisses de son second roman inédit et les articles les plus notables qu’il
avait fait paraître dans des revues, sous le titre de Chroniques et critiques. Deux ans plus tard c’est sa correspondance
avec Madame Simone, de 1912 à 1914, qui est publiée. Cette correspondance riche
donne un large aperçu de la vie littéraire de la Belle Époque ; celle avec
Jacques Rivière surtout a été apprécié par ses pairs, notamment Guy Debord et
Simone de Beauvoir. La première lettre, écrite par Rivière, date de janvier
1905, la dernière de juillet 1914, deux mois avant la mort d’Alain-Fournier,
qui survient alors que son ami est prisonnier en Allemagne. La correspondance
fonctionne comme un commentaire du Grand
Meaulnes
, car on y observe l’évolution spirituelle et artistique de son
auteur. La littérature, leurs auteurs fétiches y prennent une grande place,
mais peu à peu, alors qu’on voit Rivière s’intéresser à la musique et à la
peinture, Alain-Fournier semble trouver une évasion suffisante en lui-même,
dans ses souvenirs d’un amour sans lendemain et de ses paysages d’enfance.

Jacques
Rivière parle de son ami en ces termes : « Il serait vain de vouloir
distinguer le merveilleux spontané, dans son histoire, et celui qu’il y ajouta
lui-même par la simple tournure de son imagination. Elle reste, en tout cas, “à
peine réelle”, tissée des aventures les moins analysables […] Il faut savoir
aussi combien il était sobre ; matériellement d’abord (jamais il ne sembla
prendre à la nourriture le moindre plaisir, il ne lui demandait que de
l’entretenir en vie) ; mais surtout au spirituel ; j’ai souvent
admiré combien légèrement il goûtait à la réalité et c’était une surprise pour
moi, à chaque fois, de voir de quelle impondérable mousse s’emplissait
seulement la coupe qu’il y plongeait. »

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