Le grand Meaulnes

par

Le va-et-vient entre rêve et réalité

Dans son roman, l’auteur s’est amusé à laisser son lecteur dans le flou, l’amenant entre rêve et réalité. C’est une manière pour lui de faire naître le suspense et de rendre l’histoire encore plus intrigante.

Tout d’abord, son voyage dans le domaine des Sablonnières semble mystérieux et tellement étrange qu’on pourrait le croire surgi d’un rêve. Tout d’abord, il y est fait référence comme au « domaine mystérieux ». De plus, Alain-Fournier décrit le domaine comme « un vieux manoir abandonné » ; il semble ceint d’une atmosphère particulière puisque le héros se sent soudain envahi « d’une émotion inexplicable » ; une joie intense s’empare de lui sans qu’il ne sache pourquoi, car sa fatigue est toujours la même, et le froid qui règne également. Nous entrons donc dans un monde qui ne semble plus appartenir au monde réel. Puis ce monde prend vraiment des allures de rêve, lorsqu’il s’aperçoit qu’il n’y a que des enfants, et qu’ils semblent être les maîtres des lieux : ils organisent des fêtes, agissent comme bon leur semble et surtout, il n’y a aucun adulte présent. Même le héros doute de ce qu’il a vu : « Et Meaulnes, étendu, en venait à se demander si, malgré ces étranges rencontres, malgré la voix des enfants dans l’allée, malgré les voitures entassées, ce n’était pas là simplement, comme il l’avait pensé d’abord, une vieille bâtisse abandonnée dans la solitude de l’hiver. »

Enfin, pour achever de créer le doute chez son lecteur, l’auteur fait dormir Augustin, laissant définitivement le doute chez le lecteur quant à la suite de ses aventures. « Il est hors de doute que M. Maloyau et son compagnon m’attendaient… » : en lisant cette phrase, le lecteur se persuade que Meaulnes rêve. Comment pourrait-il être attendu puisqu’il est tombé dans cette demeure par hasard ? De plus, personne ne semble le considérer comme un étranger, comme si sa présence était naturelle. Il n’y a que dans les rêves que les choses se passent ainsi. Et pourtant, Augustin va rencontrer Yvonne à ce moment-là, et parviendra effectivement à la retrouver, ce qui annule toute possibilité de délire de la part du héros.

Cette rencontre avec Yvonne est d’ailleurs étrange : elle semble le connaître, en tout cas c’est l’impression qu’il en a et elle est « douloureusement belle ». Il dit d’ailleurs : « À terre, tout s’arrangea comme dans un rêve. » Le champs lexical du rêve est très souvent employé, ce qui permet de maintenir un climat toujours onirique : « rêve », « songer », « sommeil », etc.

L’auteur nous mène donc de réalité en rêve, sans dissociation claire, dans un perpétuel va-et-vient. Il exprime cette volonté dans une lettre adressée à son ami Jacques Rivière en 1906 : « Mon livre futur sera peut-être un perpétuel va-et-vient insensible du rêve à la réalité ». Ce qu’a vraiment voulu transmettre au lecteur Alain-Fournier, à travers son récit, au-delà d’événements cousus au fil d’une intrigue parfois tarabiscotée, c’est surtout un état d’esprit.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Le va-et-vient entre rêve et réalité >