Le grand troupeau

par

La guerre au front

L'auteur utilise ici la narration instantanée, en deux endroits différents, afin de faire de nombreux allers retours entre le front et l'arrière, entre le nord de la France où il y a la guerre, et la Provence, notamment la ville de Manosque. Cette narration instantanée permet de réaliser un parallèle entre les deux situations, avec l'illusion du '' temps réel '', deux endroits différents évoqués exactement au même moment.

Jean Giono a donc raconté la guerre comme il l'a vécue étant jeune, période de sa vie qui l'a profondément traumatisé, et dont les écrits pacifistes dans les années 1930 (il milita toute sa vie contre la guerre) lui valurent d'être emprisonné dès 1939 par la France. Cette guerre est ainsi narrée en double, et l'œuvre est ainsi une fiction bien qu'elle fût largement inspirée de l'expérience de l'auteur de cette époque qu'il a vécue au front ( il fut mobilisé en 1914 à l'âge de 19 ans ). Il a ainsi pu constater les dégâts provoqués par la guerre sur les populations de tout le pays. Au front, l'auteur choisit deux jeunes hommes qui seront les deux personnages principaux envoyés à la guerre, Olivier et Joseph, deux amis qui viennent du sud, plus précisément de Manosque. Comme la plupart des hommes du village et des villages alentours, de la région, ils furent contraints d'aller à la guerre, réquisitionnés comme des animaux, par une lourde nuit d'été : '' La nuit d'avant, on avait vu le grand départ de tous les hommes. C'était une épaisse nuit d'août qui sentait le blé et la sueur de cheval. Les attelages étaient là dans la cour de la gare. Les gros traîneurs de charrues on les avait attachés dans le brancards des charrettes et ils retenaient à plein reins des chargements de femmes et d'enfants. Le train doucement s'en alla dans la nuit : il cracha de la braise dans les saules, il prit sa vitesse. Alors les chevaux se mirent à gémir tous ensemble.'' En effet, durant la guerre, les troupeaux furent aussi réquisitionnés, quittant leurs prairies pour de longs voyages, parfois trop longs, au cours desquels une partie mourrait avant d'arriver à destination. Ils partaient en direction des abattoirs pour nourrir les soldats au front (''Quarante heure, a dit le berger, quarante heures d'un seul tenant, comme un fil de sabre. – Et ça fait trop, a dit le papé. – Il n'y a faut de personne, a dit le berger, c'est la faute au sort. – Faute ou pas faute, a dit le papé, c'est quand même trop de souffrances pour les bêtes. '') . Le parallèle est frappant, dans les deux cas de longs voyages, dans les deux cas certains meurent en route, et dans les deux cas la destination sera souvent la cause de la mort de nombre d'entre eux. '' Comme si la montagne voulait s'assécher de bêtes vivantes. ''

Joseph et Olivier, comme deux témoins de la guerre vont donc connaître les trajets, parqués dans des wagons à bestiaux, la faim, la fatigue, les efforts continus, la chaleur, le froid, le fait de voir des amis mourir autour d'eux. Ces jeunes hommes, ayant pourtant la vie devant eux, de l'énergie et une certaine innocence font face à l'horreur de la guerre et aux atrocités les plus dures. Au début de l'intrigue, qui se déroule en Provence, Joseph et Olivier, sont déjà partis depuis quelques jours. Joseph est le mari de Julia, une jolie jeune femme, qui l'attendra quoiqu'il arrive, tandis qu’Olivier est fiancé à Madeleine, la sœur de Joseph. Il y a donc des liens forts entre ces personnages, entre la famille et l'amour, les deux hommes sont prêts à s'entraider au front, et à l'arrière les deux jeunes femmes en feront de même.

Au front, Joseph et Olivier découvriront la réalité de la guerre que les médias, surtout la presse de l'époque, tentait de cacher aux familles et aux jeunes gens afin de mobiliser les troupes à aller au combat. Mais celle-ci sera terrible, et les atrocités qu'ils verront les feront écrire de nombreux courriers en direction de leurs terres natales. La censure interceptera la plupart des lettres, surtout celles qui décrivent la guerre et qui racontent la vérité. Cependant, si la censure empêchera un temps de découvrir la réalité de la guerre, rien ne put empêcher la démobilisation des troupes, les désertions, les mutineries, voire les mutilations pour être déclarés inaptes. Pire encore, le suicide sera la solution pour certains qui refusaient que cela ne durât plus longtemps pour eux. Le front est donc décrit de façon si terrible et réaliste par Jean Giono, que certains soldats préféraient se donner la mort plutôt que de continuer à subir ces horreurs : la peur permanente de la mort, le désespoir et l'avenir semblant bien sombre, voire impossible.

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