Le grand troupeau

par

La morale et l'espoir

Ce roman, au-delà d'un roman sur et contre la guerre, présente au lecteur une réflexion sur la place des femmes dans la société, et leur rôle au cours de la première guerre mondiale. Il faut rappeler que ce n'est qu'au sortir de la seconde guerre mondiale, en 1945 qu'elles obtiendront en France le droit de vote, en partie en symbole de la gratitude de leur rôle joué dans les usines d'armement. Le roman montre la complémentarité des deux sexes, allant plus loin que l'esprit et les sentiments, comme une complémentarité naturelle, pour la vie humaine. C'est également une réflexion sur les valeurs du bien, du mal, sur les raisons du combats ou sur celles qui font que tel peuple est l'ennemi d'un autre ('' Ah Dieu, comment se défendront ils ? Et qu'est-ce qu'on veut dominer ? Et de quoi on peut être maître?'').

Dans ce roman, Jean Giono en dépeignant les horreurs de la guerre rédige un réquisitoire contre la guerre même : en effet, Giono fut profondément humaniste, un engagement qu'il gardera jusqu'à sa mort, et cela se retrouve à travers son œuvre, notamment dans Colline paru en 1929, Le chant du monde paru en 1934, ou encore dans Les Âmes fortes paru en 1949.

Giono, qui fut mobilisé à 19 ans à 1914, '''le bel âge '', encore innocent, âge qui est d’ailleurs plus ou moins celui des deux personnages envoyés au front s'inspira donc de son vécu, de son expérience de la bataille de Verdun et le Chemin des Dames, il vit lui aussi tomber de nombreux amis, proches, famille à la guerre. Son roman est donc un réquisitoire contre la guerre, une volonté de voir l'espoir et la paix. Pour lui, rien ne peut justifier la guerre, et il gardera ces positions toute sa vie durant.

Par ailleurs il montre sa foi dans le genre humain malgré tout car les femmes au village connurent des moments de joie, des bonnes nouvelles, et une résistance à la souffrance : cette espérance leur a permis de passer à travers les difficultés et l'adversité, et le travail les a occupées, leur a permis d’avoir un but. La vie a donc suivi son cours malgré tout, et cela, même la guerre ne peut l'anéantir.

Cependant, cette réflexion est doublée d'une mise en garde, car l'auteur craignait que ce genre d’évènements puisse se reproduire alors que les politiques avaient juré que ce serait la dernière guerre (la France et l'Allemagne ayant déjà fait la guerre en 1870). En effet, il ne faut pas perdre de vue la période de parution du roman, 1931, donc le début des années 1930, période de montée des fascismes en Europe, en par des mouvements nationalistes en Allemagne et en Italie, en Espagne. Jean Giono avait peur que cela recommence et il n'avait malheureusement pas tort.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur La morale et l'espoir >