Le Jour du chien

par

Résumé

Le Jour du Chien est un roman de l’écrivaine belge Caroline Lamarche publié en 1996 et lauréat la même année du prix Rossel.

 

Un jour, sur une autoroute, six personnes aperçoivent un chien, pauvre animal perdu, courir le long du terre-plein central. Pourquoi la pauvre bête est-elle là ? Vers quoi court-elle ? A-t-elle quelque espoir d’échapper aux centaines de véhicules qui circulent à pleine vitesse sur les voies de circulation ? Sa présence incongrue ne va-t-elle pas provoquer un terrible accident ? Six témoins se trouvent réunis, qui tous observent l’animal. Chacun des six témoins, au cours des six chapitres de l’ouvrage, donne son point de vue, raconte sa vision, son ressenti, livre le fond de ses plus intimes pensées à l’occasion d’un monologue intérieur.

 

Le premier à parler est un camionneur. Il a arrêté son lourd véhicule le long de l’autoroute. C’est un homme de petite taille, fluet – loin de l’image traditionnelle du conducteur de poids lourd –, qui possède un don d’observation très aigu, et ce don lui a permis de rapidement apercevoir le chien. Il voyage presque toujours entre Bruxelles et Paris, se rend parfois en Hollande. Il aime à décrire sa famille, femme et enfants, qui en fait n’existent que dans son imagination, et passe le plus clair de ses loisirs à écrire à des magazines féminins ou pour adolescents, afin de donner le point de vue d’un homme, camionneur de surcroît. Il imagine un reportage qui serait écrit sur lui, son expérience, il décrit même l’interview qu’il a accordée – ou l’a-t-il rêvée – à une jeune journaliste. Il lui a dépeint l’intérieur de son foyer imaginaire, est allé jusqu’à lui montrer les piqûres de puce qui blessent ses chevilles, parce que chez lui, dit-il, on aime les animaux. En réalité, ces piqûres sont celles laissées par les puces qui infestaient le pelage de Fripon, l’affreux roquet de Germaine. Germaine, c’est sa compagne, qui l’a quitté. Sa vie est solitaire, elle l’a toujours été, lui qui a été abandonné par ses parents. Il a beau s’inventer une vie rêvée où il conduirait une calèche en Autriche avec son père, il est toujours seul, irrémédiablement, lâché dans la vie comme le chien sur le terre-plein central.

 

Le deuxième personnage à s’exprimer est un prêtre. Il est âgé d’une soixantaine d’années. Il a vu son ministère changer, la foi de ses paroissiens tiédir, sa charge de travail augmenter. Il a une obsession : le combat de Jacob et de l’Ange, dont l’issue glorieuse occupe son esprit : « On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as lutté contre Dieu et contre les hommes, et tu as été le plus fort. »

En voyant la course effrénée du chien, un souvenir remonte à sa mémoire, celui d’une jeune femme qui, autrefois, fréquentait la bibliothèque de l’église paroissiale. Il la voyait chaque semaine, ils se parlaient, échangeaient, et leur relation, purement littéraire, était belle et profonde. Cette femme, Sophie, n’allait pas à la messe, mais qu’importe, elle était devenue le véhicule de sa prière, il aimait son visage comme un psaume. Elle était différente des autres femmes comme le chien de l’autoroute est différent des autres chiens, de la même façon que le psaume 22, les dernières paroles du Christ en croix, sont uniques. Il lui avait raconté l’histoire de saint Roch, qui fut sauvé de la mort par son chien alors qu’il était abandonné des hommes. Le chien a sauvé l’homme, mais pour le chien, il n’est d’autre secours que ces quelques humains qui commentent sa course, impuissants, au bord de l’autoroute.

 

Le troisième personnage est une femme qui, quand sa route croise celle du chien, roule vers un rendez-vous avec son amant, au cours duquel elle a l’intention de rompre avec lui. Son trajet est interrompu par la vision du chien, et en définitive, elle ne rompra pas ce jour-là. Elle imagine son amant comme ce chien, abandonné, éperdu, galopant sans but droit devant lui. Le temps va passer, et la rupture s’accomplir. Les deux amants vont remplacer l’amour par l’amitié, et la femme réaliser que le chien éperdu qui court sans but, ce n’est pas son amant, c’est elle-même, abandonnée qui abandonne tout le monde.

 

Le quatrième narrateur roule à bicyclette le long de l’autoroute. Il s’agit d’un jeune homme. Quand le lecteur le découvre, il commence par évoquer son genou blessé et douloureux. Cette blessure, il l’a subie il y a quelque temps, à la suite d’une chute à vélo. Il longeait l’autoroute, en quête de sensations, quand il a vu le chien courir. C’est alors qu’il est tombé et s’est blessé.

Comme le chien, il n’a plus personne sur qui compter. D’abord, il a été jeté dehors par son père, à cause de ses préférences sexuelles. Il a caché cette rupture à ses amis, qui ne devinent rien de sa solitude. Ils ne le voient que comme un homme gai et drôle. C’est un artiste qui excelle dans la composition personnalisée de corbeilles de fruits dont il fait des chefs-d’œuvre. Malheureusement, sa patronne ne manque jamais de se moquer de lui, de le tourner en dérision, jusqu’à ce qu’il trouve le courage de lui clouer le bec et de quitter son travail. Quand il fait le récit de cette scène à ses amis, il abandonne le mode badin qui est d’habitude le sien et jette le masque : il montre ses blessures et sa solitude. Ses amis sont désarçonnés par cette volte-face, et le jeune homme connaît alors un vide encore plus grand, qu’il essaie de combler par la recherche de sensations fortes. C’est pourquoi il a choisi de pédaler le long de l’autoroute, au mépris des règles et du danger, « comme on boit, comme on se drogue ».

Alors que sa blessure commence à cicatriser, il s’identifie au chien, courant sans but, pas même poursuivi par quelqu’un, et que personne ne vient secourir. Pourtant, sa narration s’achève sur une note d’espoir : la veille, son amie Laura est venue le voir, et l’a imploré de revenir dans son cercle d’amis.

 

Les deux dernières narratrices sont une mère et sa fille. Elles aussi se sont senties abandonnées quand le père de la famille est mort d’un cancer. La mère, veuve d’environ quarante ans, occupe son temps en animant une association dont le but est de venir en aide à d’autres veuves. Elle a une devise dans la vie : « Il n’y a rien à faire. » C’est ce qu’elle crie quand elle voit le chien. Elle regarde, impuissante, l’animal courir, comme elle regarde sa fille Anne, vingt ans, qu’elle n’arrive pas à aimer. Celle-ci est devenue boulimique, et à force de manger de façon compulsive, elle est devenue « gonflée comme un chérubin ».

C’est Anne qui est au volant quand le chien apparaît, et c’est elle qui décide de s’arrêter. Elle, qui essaie en vain de combler son manque d’amour en dévorant, se rêve courant après l’animal, courant comme l’animal, avec des jambes fines et sans effort douloureux, pour mourir enfin, bête et femme se confondant dans l’agonie.

 

C’est ainsi la vision fugace d’un animal perdu qui agit comme un révélateur pour ces six personnages.

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