Le Jour du chien

par

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Caroline Lamarche

Caroline
Lamarche est une écrivaine belge née en 1955 à Liège. Elle publie en français
surtout des romans, mais aussi de la poésie, des nouvelles, et elle a mêlé dans
plusieurs œuvres littérature et arts graphiques via des collaborations avec
d’autres artistes.

Après une
enfance passée en Espagne, elle vit jusqu’à sa majorité en région parisienne,
puis obtient une licence en philologie romane à l’université de Liège, sans
grand enthousiasme.

Elle suit
plus tard son mari au Niger où elle enseigne le français et l’anglais dans des
écoles, avant de devenir secrétaire bilingue à son retour en Belgique. Son entrée
dans la création littéraire se fait à l’occasion de la rédaction d’un carnet où
elle note ses rêves.

Caroline Lamarche
est révélée comme écrivaine à l’occasion de la parution de son roman Le Jour du chien en 1996. L’œuvre est
tissée autour d’un chien, courant sur l’autoroute, sur lequel six regards se
posent au fil de six chapitres : il y a d’abord un camionneur d’une grande
sensibilité, solitaire ; un prêtre dans l’esprit duquel affleure à nouveau
le souvenir de Sophie, une rencontre du passé ; une femme voulant
abandonner son amant mais que la vision du chien aide à métamorphoser ; un
jeune homme homosexuel ayant rompu avec ses amis ; une veuve et sa fille
boulimique en manque d’amour. Dès cette œuvre chorale, le lecteur se trouve confronté
à la propension de Caroline Lamarche à faire alterner les voix, les points de
vue, pour rendre compte de la profondeur du monde, de la multiplicité des
interprétations possibles, mais aussi des changements qui peuvent affecter les
personnages.

Dans La Nuit l’après-midi, œuvre publiée aux
Éditions de Minuit, comme la précédente, deux ans plus tard, une femme à
l’enfance obscure tente de renouer avec son passé en répondant à une petite
annonce. Le lecteur se trouve face à une héroïne ambiguë, paradoxale, qui bien
qu’en apparence comblée dans son couple veut s’épanouir sexuellement à
l’occasion d’une aventure extraconjugale. Le récit sait conserver le ton de
l’érotisme sans tomber dans la pornographie. Dans un style simple, l’auteure
retrace le parcours d’une femme qui cherche à recouvrer un sentiment de
présence au monde.

En 1999, J’ai cent ans regroupe des nouvelles
oscillant entre le réalisme et la fantaisie, réunies par la voix d’un automate
centenaire. À nouveau, Caroline Lamarche multiplie les points de vue, propres à
faire voir un quotidien transfiguré par la subjectivité de chacun, autour du
thème du sentiment amoureux cette fois. Le style de l’écriture, toujours simple
– la plupart des phrases sont très courtes –, vise surtout à imprimer le mot
juste, même si le ton est parfois à l’ironie, flirte avec l’innocence pour
mieux contraster avec des images à l’occasion insoutenables.

Dans L’Ours, œuvre publiée en 2000 chez
Gallimard, la figure du prêtre, comme dans Le
Jour du chien
, surgit. Ici, la femme qu’il rencontre a pour souhait de
devenir chaste puis d’écrire. Le lien avec l’ours du titre se fait autour de
Blas, guide de montagne, amour d’enfance dont le souvenir – parmi d’autres
rêves qui hantent l’héroïne, et qui font apparaître la réalité fade, ce qui
peut passer pour un trait autobiographique – est réveillé par la fréquentation
du prêtre. Le récit est imprégné d’érotisme – d’un érotisme parfois noir –,
oscille entre pur et impur, aborde les thèmes du désir, de la mort, de la
transgression, de la mémoire et de la création, qui sont mis en miroir. En
dépit de sujets profonds et graves, la langue, dépouillée, peut même se faire
enfantine ; une certaine innocence affleure toujours, et le jugement moral
reste en suspens.

Œuvre
originale, Twee vrouwen paraît en
2003 ; il s’agit d’un double recueil en édition bilingue où Caroline
Lamarche propose sa poésie en regard de celle de Hilde Keteleer, celle-ci
traduisant la poésie de celle-là. Dans « Miroirs » par exemple, à
nouveau, à l’occasion de la description de ce qui semble être de petites scènes
au sein d’une famille, le ton oscille entre l’innocence et une certaine cruauté
qui affleure.

Les Lettres du Pays froid en 2003 mettent en
scène un jeune homme homosexuel, Alexis, qui ne vit que pour attenter à nouveau
à sa vie, après un premier essai de suicide raté. Il entraîne dans sa chute une
femme peu en prise avec la réalité. On y perçoit l’influence que l’autre peut
avoir sur sa propre vie, l’imprévisibilité des destins. La description légère
d’un quotidien est toujours prétexte à des réflexions plus profondes chez
Lamarche.

L’auteure
rejoint une veine clairement érotique à travers les Carnets d’une soumise de province, œuvre parue en 2004 qui tourne
autour de la passion et des rituels extrêmes qu’entretient un couple. Le ton à
la fois cru, ironique, permet d’éclairer le goût pour la souffrance,
l’humiliation, et fournit une approche démystifiante des pratiques
sadomasochistes. Le récit alterne entre plongée dans l’âme humaine et des
saynètes propres à faire sourire.

En 2005, Voies libres est l’occasion pour
Caroline Lamarche d’une collaboration artistique avec Christian Carez,
photographe avec qui elle parcourt les berges de la Meuse, de l’Escaut et de la
Sambre, qui fournissent la matière à des textes entre réalisme et fiction.

La
cruauté, l’horreur sont en pleine lumière dans La Barbière, sorte de conte pour adultes dérangeant, transgressif,
surréaliste, publié en 2007. Le personnage éponyme tient un salon dans un pays
en guerre ; assistée de Mira, non seulement elle rase, mais elle énuclée
les hommes qui lui confient leurs joues. C’est le Grand Ob, à la tête de la
ville, qui reçoit ces offrandes étranges. Finalement, pour le satisfaire, Mira
devra accomplir la gageure de faire couler pour la première fois des larmes sur
les joues de la Barbière. Le texte trouve des échos harmonieux dans les dessins
de Charlotte Mollet qui parsèment l’œuvre.

Caroline
Lamarche collabore cette fois avec la dessinatrice Goele Dewanckel pour Le Phoque, œuvre à deux mains publiée en
2008 aux éditions du Rouergue. Le récit d’un jeune phoque décidé à quitter sa
mère et la mer pour rejoindre le sommet d’une colline est l’occasion d’illustrer
les bienfaits de la persévérance, car le phoque obstiné se verra récompensé
pour avoir conservé sa confiance intacte. Les illustrations tout en rondeur de
Goele Dewanckel permettent d’accentuer le caractère méditatif de l’œuvre à
travers les associations symboliques qu’elles permettent.

C’est la
Wallonie, et plus particulièrement la ville de Mons qui est au centre de la
nouvelle collaboration de Caroline Lamarche avec un artiste photographe, Marie-Françoise
Plissart cette fois, en 2009. L’ouvrage sobrement
intitulé Mons offre un regard neuf
sur la ville, devenue une véritable capitale culturelle, qui fait l’objet d’une
sorte de documentaire, dont l’esthétique rejoint le folklore local à travers
l’attention qui est portée aux mineurs, aux dentelles gothiques, aux peupleraies
ou au combat traditionnel de la Ducasse, chaque dimanche de la Trinité.

Outre ces
œuvres publiées sur papier, Caroline Lamarche a également beaucoup écrit de
fictions radio, comme L’Autre Langue qui
met en scène une femme désireuse d’apprendre le néerlandais pour lire dans le
texte Leonard Nolens, diffusée en 2003 sur France Culture, ou L’Enfant que le soleil n’aimait pas qui,
sur la même station de radio, un an plus tard, tourne autour du jeune Martin,
très sensible au soleil, en quête d’un moyen de jouer avec cet astre qui le
blesse pour sortir de son isolement.

Caroline Lamarche
a également participé à de très nombreux ouvrages collectifs à travers des
articles, nouvelles, poèmes ou textes divers. Artiste de l’association et de la
pluralité, Caroline Lamarche pratique également l’art du collage.

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