Le Journal d’un monstre

par

La monstruosité sous ses formes diverses

Cette courte nouvelle laisse apparaître deux visions du monstre qui s'opposent. En mettant en scène les parents et le petit garçon, l'auteur propose de confronter deux façons de voir les choses et de les comparer. En effet, lors de sa lecture, le premier réflexe du lecteur est ici de considérer que l'enfant est le monstre : il ne ressemble à aucun être humain, il fait peur et il est difforme : il remplit donc les caractéristiques requises face à la description traditionnelle du monstre. Dans la conception traditionnelle, ce dernier est toujours laid, très éloigné de notre apparence physique et veut du mal aux autres. Or ici, le petit garçon ne remplit que les caractéristiques physiques du monstre : hormis cela, il est gentil, curieux, un peu désobéissant, il se questionne sur ses conditions de vie mais aime toujours son « papa » et sa « maman ». Même physiquement monstrueux, il agit comme n'importe quel petit garçon de huit ans qui pense que ses parents savent tout et ne veulent que son bien. Il veut jouer avec les autres enfants, rire, finalement, il n’y a rien d'étrange. Ce n'est qu'à force d'être maltraité qu'il finit par accumuler en lui une immense colère, une colère si grande qu'il finit par se promettre de ne plus se laisser faire par ses parents et de leur faire du mal, tellement qu'il pourrait les tuer, s'ils recommencent à l'embêter. Un monstre, il n'en était finalement pas un, ce sont ses parents qui vont le pousser à l'être.

Les véritables monstres ici sont les parents. « Aujourd’hui maman m’a appelé monstre. Tu es un monstre, elle a dit. J’ai vu la colère dans ses yeux. Je me demande qu’est-ce que c’est qu’un monstre ? » Derrière leur apparence de gens respectables, honnêtes, bien comme il faut (ils vont même à l'église), se cachent de véritables tortionnaires. Sous prétexte que leur enfant ne leur ressemble pas, ils pensent donc qu'il n'existe aucune part d'être humain en lui : s'il n'a pas le physique de l'humain, alors il ne peut l'être. Ils ont alors tous les droits sur lui : ils peuvent le battre jusqu'à lui faire mal, le faire saigner, ils peuvent l'enfermer loin de tous dans une cave froide, avec très peu de lumière. Parce que c'est un monstre, il n'y a pas besoin de l'éduquer, de lui apprendre les choses du monde, les éléments qui l'entourent. Finalement, on peut se rendre compte du caractère monstreux des parents vis-à-vis de leur fils. « J’ai entendu maman venir. Elle a dit tu as été à la fenêtre. J’ai entendu la colère. C’est défendu d’aller à la fenêtre, elle a dit. Tu as encore fait partir ta chaîne. Elle a pris la canne et elle m’a battu. Je n’ai pas pleuré. Je ne sais pas le faire. ». En l’éloignant du monde et en l’enfermant loin des autres, lui faisant subir la maltraitance comme une vengeance suite à sa venue au monde, les parents ont transformé un petit garçon avec des différences physiques en petit monstre.

Dans cette nouvelle, l'auteur a donc mis en parallèle deux types de monstres : le monstre dont l’apparence physique dérange, qui fait peur parce qu’il est différent de la norme ; et le monstre moral, sadique, plus dangereux puisqu'il se cache derrière une apparence de normalité mais n'hésite pas à faire du mal à qui est différent et qui est plus faible que lui. Le lecteur peut donc constater qu'il faut parfois aller aux delà des apparences, savoir se détacher des préjugés pour finalement être capable de discerner le vrai mal du mal apparent.

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