Le Livre de ma mère

par

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Albert Cohen

Albert
Cohen est un écrivain suisse d’expression française né en 1895 sur l’île
grecque de Corfou, et mort en 1981 à Genève. Son œuvre, qui oscille entre
humour et désespoir, à travers le parcours d’une famille juive de Céphalonie,
offre un reflet à l’errance du peuple juif mais aussi à celle du monde
occidental. Son regard est le même que porte Solal sur ses cousins
Valeureux : un amour infini malgré la lucidité et la honte.

Les
parents d’Albert Cohen arrivent à Marseille alors qu’il a cinq ans, fuyant un
pogrom ; ils y établissent un commerce d’œufs et d’huile d’olive. Son père
est d’origine juive romaniote (un groupe ethnique de culture grecque), et sa
mère est juive italienne. Le jeune Albert fait ses études au lycée Thiers où à
partir de 1909 il noue une amitié avec son camarade de classe Marcel Pagnol. Une
insulte antisémite, proférée dans la rue à son encontre alors qu’il a dix ans,
le marque profondément. Il connaît globalement une enfance solitaire, et
entretient des relations privilégiées avec les livres et sa mère. Il fréquente
assidûment les poètes latins et admire les écrivains français.

Albert
Cohen poursuit ses études en 1914 à la faculté de droit de Genève où il obtient
une licence trois ans plus tard ; il étudie ensuite les lettres deux ans.
Il acquiert alors la nationalité suisse. En 1921, il publie Paroles juives, un recueil de poèmes. Il
est repéré par Jacques Rivière venu à Genève – qui, missionné par Gaston
Gallimard, lui propose un contrat pour des romans alors qu’il ne s’est jamais
frotté au genre – et il publie dans La
Nouvelle Revue française et dans la Revue juive ses nouvelles, Mort de Charlot, Projections ou après-minuit à Genève et Cher Orient. L’auteur, dans ces récits plus poétiques que
romanesques, se distingue déjà par son style et son humour ; les thèmes
qui constitueront son œuvre à venir sont déjà là. Max Jacob et André Spire font
partie de ses admirateurs.

Parallèlement,
il s’engage en faveur du sionisme. À trente ans, il devient directeur de la Revue juive à laquelle collaborent
Einstein et Freud. En 1926, il commence sa carrière diplomatique en tant qu’attaché
à la Division diplomatique du BIT (Bureau international du travail) à Genève,
poste qu’il quitte au bout de cinq ans.

Dans
l’intervalle, il a publié Solal, en
1930, qui lui assure, à travers le relais d’une critique exceptionnelle, un
succès mondial. Dans les journaux allemands de 1933, il est comparé à
Shakespeare. Aux États-Unis, c’est avec Rabelais, Caldwell, Joyce qu’on trace
des parallèles. À partir de cette publication, Gallimard verse une rente à
l’auteur. Le récit suit l’ascension du personnage éponyme de Céphalonie à
Marseille puis à Paris, où il devra son succès et son poste de ministre du
Travail à son mariage avec la fille de son prédécesseur ; puis sa chute
jusqu’à son suicide. De nombreux parallèles peuvent dès lors être tracés avec
la vie d’Albert Cohen.

En 1933,
sa pièce Ézéchiel, qui est montée à la Comédie-Française, fait
parler d’elle mais a sombré aujourd’hui dans l’oubli. Le deuxième roman
d’Albert Cohen, Mangeclous, paraît en
1938 ; grand roman comique au burlesque flamboyant, rabelaisien, il fait
suite au récit de Solal dont il
accentue la dérision. L’auteur, qui traverse pourtant une période de mélancolie
dans sa vie personnelle, met en scène cinq cousins juifs, les Valeureux, parmi
lesquels l’oncle de Solal, qui coulent des jours paisibles sur l’île de Céphalonie,
jusqu’à ce qu’on leur fasse miroiter un trésor qui les attendrait à Genève,
quête qui devient le prétexte à des péripéties et des rencontres pleines de
drôlerie.

La
Seconde Guerre mondiale et le génocide du peuple juif marquent une cassure dans
sa vie ; il évoquera à peine ces événements dans son œuvre, incapable de
se confronter à l’écriture d’une telle tragédie, s’étant arrêté au rôle de
prophète, d’annonciateur de la faillite de l’Occident. Il a cependant un rôle
important pendant le conflit et rencontrera notamment Charles de Gaulle, qui
deviendra un de ses admirateurs, comme nombre d’hommes politiques de premier
plan, dont François Mitterrand.

En 1944,
il est conseiller juridique au Comité intergouvernemental pour les réfugiés ;
il doit élaborer l’accord international de 1946 concernant le statut et la
protection des réfugiés, à ranger selon lui aux côtés de ses autres grandes
œuvres. En 1947, il devient directeur d’une des institutions spécialisées des
Nations-Unies.

Pendant
la guerre, en 1943, il a aussi rencontré en Angleterre celle qui deviendra sa
troisième épouse, Bella Berkowich, qui va déclencher chez lui une nouvelle
envie d’écrire. Par exemple, c’est pour lui faire connaître sa mère, morte
pendant la guerre, qu’il écrit le récit autobiographique Le Livre de ma mère où, sans fard, il exprime ses regrets de fils
relativement à celle qui lui a tout donné, et qu’il a parfois délaissée, alors
qu’il était à Genève et pris dans des affaires de cœur. Il déplore aussi de n’avoir
pas été là au moment de sa mort.

Albert
Cohen, trente ans après le second tome, reprend la saga des Valeureux avec Belle du Seigneur, à nouveau centrée sur
le neveu Solal et la passion morbide qu’il vit auprès d’Ariane, jeune femme qui
connaît des accès de bovarysme tandis que lui a des accents vronskien propres à
perdre une deuxième Anna Karénine. L’analyse de la psychologie amoureuse
poursuit les projets de Stendhal, Balzac et Proust. Au-delà d’une mise à nue de
la passion, Albert Cohen se livre à une critique des mœurs de la Société des
Nations, de la bien-pensance bourgeoise, dans un monde qui acquiert par là
quelque chose de proustien. Le style de l’ouvrage est notable de par le recours
au monologue intérieur, une ponctuation évanescente. La critique de Cohen n’est
cependant pas acerbe au point d’empêcher la sympathie pour les personnages, qui
ne sont pas seulement ridicules. Ce roman est considéré par beaucoup comme l’un
des plus importants de la littérature française du XXe siècle. Le
dernier tome de la tétralogie des Valeureux paraît l’année suivante ; Les Valeureux met en scène une nouvelle
aventure des cinq joyeux cousins de Céphalonie.

C’est en
1972, plus de soixante ans après les faits, qu’Albert Cohen revient, dans Ô vous, frères humains, sur cet épisode
de son enfance où il fut traité dans la rue de « youpin ». Le vieil
auteur, qui sent la mort approcher, se montre sans haine : « Si ce
livre pouvait changer un seul haïsseur, mon frère en la mort, je n’aurais pas
écrit en vain ».

Un accès
à la conscience de l’auteur est permis à la lecture de ses Carnets, écrits au jour le jour sous la forme d’une confession et
parus en 1979. Durant les dernières années de sa vie, Albert Cohen se consacre en
outre à faire ce que son ami Marcel Pagnol a fait sa vie entière : la
promotion de son œuvre. Il accorde notamment un mémorable entretien à Bernard
Pivot pour son émission Apostrophes, lequel
se déplace jusqu’à son appartement genevois deux ans avant sa mort. Le
présentateur parle d’Albert Cohen comme l’un des plus grands écrivains de notre
temps et relance l’intérêt du public pour une œuvre riche et unique.

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