Le Livre de ma mère

par

Le deuil

Le récit d’Albert Cohen est lemoyen par lequel il compte faire le deuil de sa mère défunte, cette mère qui atoujours placé le bien-être de son fils avant le sien, celle qui a vendu sesbijoux de famille pour donner de l’argent à son fils, celle qui a toujours étéà son chevet lorsqu’il était convalescent et qui n’a cessé de l’accompagnertout au long de sa vie ; cette femme est morte.

Le deuil est partout présent dansle texte ; qu’il s’agisse de l’enfance, de l’adolescence ou de la vieadulte, tous les souvenirs du narrateur sont teintés de la profonde tristessequi se rattache à la perte de sa mère. À présent, et pour la toute première foisde son existence, il est seul au monde – et seul face au monde entier.

« Chaquehomme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte.Ce n’est pas une raison pour ne pas se consoler, ce soir, dans les bruitsfinissants de la rue, se consoler, ce soir, avec des mots. Oh, le pauvre perduqui, devant sa table, se console avec des mots, devant sa table et le téléphonedécroché, car il a peur du dehors, et le soir, si le téléphone est décroché, ilse sent tout roi et défendu contre les méchants du dehors, si vite méchants,méchants pour rien. »

À la lecture du roman, ondécouvre rapidement qu’il est question du deuil de la mère, mais également dudeuil du fils. Parce que si la mère est morte, le fils qui n’a plus de mèren’en est plus un. Le narrateur montre comment la perte de l’affectionmaternelle qui faisait de lui un fils aimé et chéri l’afflige. Toutes leschoses qu’il a perdues lui reviennent en mémoire. Toutes les attentions dont ilétait l’objet, il ne les aura plus. Toutes les lettres, toute la sagesse, ettout l’amour de sa mère lui sont désormais inaccessibles. Et il n’a d’autrerecours que de se consoler avec des mots, maintenant que sa consolatrice estpartie.

« Allons,allons, je ne suis qu’un vivant, moi aussi, pécheur comme tous les vivants. Mabien-aimée est dans de la terre, elle se décompose toute seule dans le silencedes morts, dans l’effrayante solitude des morts, et moi je suis dehors, et jecontinue à vivre, et ma  main bougeégoïstement en ce moment. Et si ma main dessine des mots qui disent ma douleur,c’est un mouvement de vie, c’est-à-dire de joie, en fin de compte, qui la fait bouger,cette main. Et ces feuilles, demain je les relirai, et j’ajouterai d’autresmots, et j’en aurai une sorte de plaisir. Péché de vie. Je corrigerai lesépreuves, et ce sera un autre péché de vie. »

La mort de la mère a pour effetde forcer l’auteur à remettre en question ses autres attachements. Il jauge etsoupèse les amours qui concurrençaient dans son esprit l’amour qu’il aurait dûporter à sa mère. Et il ne peut s’empêcher d’éprouver des remords, à l’idée dene pas avoir assez chéri sa mère de son vivant.

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