Le Livre de ma mère

par

Le remords

Au-delà du deuil et de ladépression, le narrateur est affligé par des remords nombreux. Il regrette dene pas avoir été assez digne de l’amour que sa mère lui portait. Il regrette dene pas avoir assez aimé la seule femme qui l’aimait inconditionnellement, de nepas avoir montré à sa mère, de son vivant, tout l’amour qu’il lui portait – regretsdont il ne peut se défaire et qu’il couche sur son récit.

« Unautre remords, c’est que je considérais tout naturel d’avoir une mère vivante.Je ne savais pas assez combien ses allées et venues dans mon appartementétaient précieuses, éphémères. Je ne savais pas assez qu’elle était en vie. Jen’ai pas assez désiré ses venues à Genève […]. Je n’avais qu’à écrire dix motset elle était là, magiquement. J’étais le maître de cette magie et je l’ai sipeu utilisée, idiotement occupé que j’étais par des nymphes. Tu n’as pas vouluécrire dix mots, écris-en quarante mille maintenant. »

Tout au long du livre, AlbertCohen se faire des reproches. Il a fallu que sa mère meure pour qu’il découvrela valeur inestimable de l’amour qu’elle lui portait. Il regrette de ne pasavoir été plus tendre, d’avoir été impatient, de s’être fâché contre elle. Le Livre de ma mère est de ce point devue une exhortation à tous les autres fils dont les mères sont encorevivantes :

« Filsdes mères encore vivantes, n’oubliez plus que vos mères sont mortelles. Jen’aurai pas écrit en vain, si l’un de vous, après avoir lu mon chant de mort,est plus doux avec sa mère, un soir, à cause de moi et de ma mère. Soyez douxchaque jour avec votre mère. Aimez-la mieux que je n’ai su aimer ma mère.  Que chaque jour vous lui apportiez une joie,c’est ce que je vous dis du droit de mon regret, gravement du haut de mondeuil. Ces paroles que je vous adresse, fils des mères encore vivantes, sontles seules condoléances qu’à moi-même je puisse m’offrir. »

Incapable de louer sa mère autantqu’elle le mériterait, incapable de ressusciter autre chose que le souvenir desa mère à travers les pages du récit, Albert Cohen adresse une louange à toutesles autres mères du monde. Il fait de la mère un symbole universel d’amour etde tendresse. Il en fait la preuve vivante de l’amour divin.

« Louangeà vous, mères de tous les pays, louange à vous en votre sœur ma mère, en lamajesté de ma mère morte. Mères de toute la terre, Nos Dames les mères, je voussalue, […] mères qui ne vous lassez jamais de nous servir et de nous couvrir etde nous border au lit même si nous avons quarante ans, qui ne nous aimez pas moinssi nous sommes laids, ratés, avilis, faibles ou lâches, mères qui parfois mefaites croire en Dieu. »

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