Le maître et Marguerite

par

Résumé

Le Maître et Marguerite est divisé en trois « actions » liées par un même personnage : Woland, incarnation de Satan.

 

Première partie

 

Dans le Moscou des années 1930, au soir d’une étouffante journée de printemps, deux citoyens discutent dans un parc. Le premier est Mikhaïl Alexandrovitch Berlioz, rédacteur en chef d’une revue littéraire et président du Massolit, association d’écrivains. L’autre est un jeune poète, Ivan Nikolaïevitch Ponyriev. L’objet de leur discussion est Jésus. Ils sont bien d’accord sur une chose : ce faux prophète n’a jamais existé, pas plus que le diable. C’est alors qu’un étranger intervient dans la conversation. Le quadragénaire richement vêtu parle russe très convenablement. Il affirme, en termes courtois mais d’un ton sans réplique, que Jésus a bel et bien existé. Il remonte alors d’environ deux mille ans dans le temps.

Il y a bien longtemps, à Jérusalem, le procurateur romain Ponce Pilate a dû condamner au pilori un homme d’environ vingt-sept ans, un jeune illuminé inoffensif nommé Yeshoua Ha Nozri qui avait, hélas, vaguement mis en doute l’excellence du gouvernement de l’empereur Tibère. Les membres du tribunal religieux juif l’avaient condamné à mort pour blasphème et avaient préféré voir libérer l’authentique brigand Bar-Rabbas lors de la grâce à l’occasion de la pâque juive. Pilate l’a laissé mourir, malgré la sympathie qu’il éprouvait pour ce farfelu inoffensif. Comment l’étranger sait-il tout cela ? Il y était !

De même, il a autrefois eu d’intéressantes conversations avec le philosophe Kant. Ce personnage inquiétant affirme à Berlioz qu’il mourra décapité par une femme membre des jeunesses communistes, tandis que Ivan Nikolaïevitch s’informera bientôt sur la schizophrénie auprès d’un savant professeur. Décidément, cet étranger est plus qu’inquiétant : n’est-il pas un espion ? Ivan Nikolaïevitch est d’avis de prévenir la milice, afin qu’on embarque ce personnage. Berlioz se dirige vers une cabine téléphonique afin d’avertir le bureau des étrangers – mais il glisse au sortir du parc, tombe sur les rails du tramway, et une rame, menée par une conductrice, roule sur le pauvre homme, le décapitant. Comment cet étranger a-t-il pu prévoir le drame ? La milice saura le faire parler, il faut l’arrêter. Avisant l’homme qui s’en va, flanqué d’un chat énorme et d’un homme roux vêtu d’un costume à carreaux, Ivan Nikolaïevitch se lance à leur poursuite, en vain : le temps et l’espace semblent déformés, le chat bondit dans le tramway et paie son ticket, et Ivan Nikolaïevitch de parcourir Moscou au gré d’une poursuite surréaliste. Il se baigne dans la Moscova pour se rafraîchir – et on lui vole ses vêtements : le voilà en caleçons ! Il décide de se rendre à Griboïedov, villa mise à la disposition du Massolit par le gouvernement, repaire des écrivains moscovites. Le soir est tombé quand il y parvient, et son arrivée fait sensation : sa tenue et son récit incohérent amènent ses confrères à contacter les autorités, qui internent le poète dans un asile psychiatrique. Là, un savant professeur nommé Stravinsky diagnostique qu’Ivan Nikolaïevitch est schizophrène.

Le lendemain matin, Stepan Likhodieïev, directeur de théâtre, se réveille. Il partage l’appartement communautaire 50, rue Sadovaïa, avec Berlioz. Quand il ouvre les yeux, quelle n’est pas sa stupeur en découvrant un inconnu assis à son chevet, accompagné d’un chat et d’un individu vêtu d’un costume à carreaux. Woland – l’inconnu s’est présenté – rappelle à l’homme tout étonné qu’il a été engagé par lui comme magicien, pour une forte somme, dans le théâtre que Likhodieïev dirige, ce dont celui-ci n’a aucun souvenir. Devant le contrat signé, le directeur se rend à l’évidence, mais il n’a pas le temps de réagir quand Woland l’informe qu’il doit quitter son appartement sur le champ, tandis que le chat savoure un verre de vodka… Et Likhodieïev se retrouve soudain au bord de la mer Noire, à Yalta. Pendant ce temps, le gérant de l’immeuble communautaire où logeait Berlioz, Nicanor Ivanovitch Bossoï, est assailli par la foule des solliciteurs qui souhaitent récupérer les deux pièces qu’habitait le défunt rédacteur. En vain, l’homme au costume à carreaux et le chat énorme sont déjà là. L’homme se présente : son nom est Koroviev, il parle au nom de Woland, qui souhaite loger dans l’appartement laissé vacant. Nicanor se laisse convaincre, moyennant une liasse de roubles qu’il s’empresse d’aller cacher dans sa salle de bain. Mal lui en prend : Koroviev téléphone à la milice, les roubles se transforment en dollars, et Nicanor, accusé de trafic de monnaies, est promptement emmené à l’hôpital psychiatrique du docteur Stravinsky. Quant à Likhodieïev, il envoie télégramme sur télégramme depuis Yalta à Rimski, directeur du théâtre des Variétés, pour l’informer de sa situation et le prévenir contre Woland : mais comment Rimski pourrait-il croire une histoire aussi invraisemblable ? Pourtant, quand le sombre Woland se présente sur la scène du théâtre des Variétés ce soir-là, le spectacle échappe totalement à tout contrôle humain. Assisté de Koroviev, qui ce soir se fait appeler Fagot, et de son chat Béhémoth, Woland fait pleuvoir des milliers de billets de banque sur le public, puis offre aux femmes de l’assistance robes de prix, bijoux coûteux et parfums de Paris. Le théâtre se transforme en un pandémonium où se déchaîne la nature avide de l’homme. Mais quand Woland décapite le maître de cérémonie, puis recolle la tête et révèle au public les secrets intimes des uns et des autres, c’est le Mal qui prend le dessus. Le maître de cérémonie est finalement emmené sur le champ chez le docteur Stravinsky.

La nuit est tombée sur la clinique. Ivan Nikolaïevitch savoure l’état de béatitude où le plongent les médicaments qui lui sont administrés, quand un nouveau personnage apparaît dans sa chambre. C’est un pensionnaire de la clinique qui se fait appeler le Maître. Il a écrit un roman sur la vie de Ponce Pilate dans lequel il a mis le meilleur de lui-même. Aussi n’a-t-il pas supporté de voir son manuscrit grossièrement rejeté par le monde de l’édition. De plus, tandis qu’il rédigeait son roman, il a vécu une magnifique histoire d’amour avec une belle et jeune femme mariée qu’il refuse de nommer. Elle a disparu alors qu’elle venait de lui jurer qu’elle quitterait son mari le lendemain et que tous deux partiraient au loin. Sentant sa raison vaciller, le Maître est venu de lui-même se placer dans les mains expertes du docteur Stravinsky. Ivan Nikolaïevitch presse le Maître de lui raconter la fin de l’histoire de Pilate et de Yeshoua, mais le nouvel ami du poète est formel : c’est l’inconnu du parc, Woland, qui la lui racontera le mieux.

Le chaos se répand dans Moscou : les billets de banque donnés par Woland se transforment en vulgaires bouts de papier, le personnel du théâtre est assailli par les infernales créatures au service de Woland, les vêtements qui paraient les spectatrices au sortir du théâtre disparaissent, laissant les malheureuses en sous-vêtements… Et les victimes de Woland, les unes après les autres, disparaissent – mais qui s’en étonne, en ces temps où la milice arrête quotidiennement des dizaines de suspects – et finissent entre les mains du psychiatre Stravinsky. Interné, Nicanor Ivanovitch s’endort et rêve à une nuit sur le mont Chauve, à Jérusalem…

…et il voit trois hommes cloués au pilori agoniser au soleil sous la garde des soldats romains. Un homme contemple ce lamentable spectacle : Mathieu Lévi, unique disciple de Yeshoua. Il se sent responsable de l’abominable souffrance qu’éprouve le condamné. Il a volé un couteau et veut abréger l’agonie de son maître mais la colline est bien gardée. Il implore Dieu de mettre fin au tourment de Yeshoua, en vain. Alors il maudit Dieu, et le nomme « dieu noir ». Les nuages obscurcissent le ciel de Jérusalem, l’orage va éclater. Les soldats romains achèvent les trois suppliciés après leur avoir donné à boire, tandis que le tonnerre gronde. Les nuages crèvent en une pluie torrentielle et les soldats abandonnent la place. Seul, Mathieu marche vers le pilori, libère le corps de Yeshoua et l’emporte.

À Moscou, la panique se joint au chaos. Le personnel du théâtre des Variétés est emporté en une infernale bacchanale ; le libre arbitre de chacun semble y être banni. Les événements étranges se succèdent : magie noire ou hypnose ? Et partout l’on croise Koroviev et Béhémoth, parfois accompagnés d’Azazello, sorte d’homme de main affreux, et de Hella, sensuelle sorcière rousse au charme vénéneux. La société moscovite à l’organisation impeccable vacille sous le souffle étrange de Woland.

 

Deuxième partie

 

Pendant que ces événements se déroulent, une femme est désespérée : elle a perdu l’homme qu’elle aime. C’est Marguerite, la bien-aimée du Maître, qui se morfond dans la solitude de sa demeure. Quand sa servante Natacha lui rapporte les incroyables incidents qui ébranlent Moscou depuis quelques heures, elle n’en croit rien. Une promenade apaisera peut-être le tourment de son esprit : elle quitte son logis, s’assoit sur un banc où la rejoint un étrange individu : c’est Azazello. Il a un message pour Marguerite : accepterait-elle de présider un bal, ce soir, à l’invitation de son maître ? Si elle accepte, qui sait si son Maître, à elle, ne lui sera pas rendu ? Il lui donne une boîte en or pleine d’un onguent : elle doit s’en oindre tout le corps ce soir à sept heures puis suivre son destin. Après bien des hésitations, Marguerite accepte. À l’heure dite, elle enduit son corps nu de la crème odorante. Instantanément, il redevient celui d’une jeune femme de vingt ans ; elle retrouve une peau de soie, des yeux de braise. Une folle exaltation l’envahit quand le téléphone sonne : Azazello lui ordonne de s’emparer d’un balai et de s’envoler par la fenêtre. Bientôt, la jeune femme fend les airs, invisible aux yeux des noctambules moscovites, en direction d’une forêt et d’un lac où, au milieu d’une foule hétéroclite, Marguerite libérée reçoit l’étrange baptême des sorcières. Ce n’est plus chevauchant un balai mais dans une étrange voiture volante pilotée par un oiseau, un freux, que Marguerite regagne Moscou. Amenée à l’appartement de la rue Sadovaïa, elle y rencontre Woland entouré de ses séides : il lui apprend qu’elle a été choisie comme reine du bal qu’il donne ce soir car elle est d’ascendance royale. Elle ne comprend pas grand-chose aux disputes entre Béhémoth, Azazello, Koroviev et Hella, auquel se joint le démon Abadonna, le destructeur. L’obscurité se fait, Béhémoth glapit : « Bal ! », et le petit appartement se métamorphose en une salle splendide.

Un orchestre dirigé par Johann Strauss joue une polonaise, tandis qu’à l’opposé un jazz-band se déchaîne. Un a un, des corps rongés par le temps sortent de la vaste cheminée et retrouvent chair et mouvement : Marguerite reconnaît les grands criminels, les esprits les plus bas, les meurtriers sans foi qui répondent à l’appel de Woland. Un après l’autre, ils présentent leurs hommages à la reine Marguerite. Des flots de musique déferlent, les flûtes de champagne dorent le bal de leur éclat. Quand Woland paraît, il porte à Marguerite la tête coupée de Berlioz, dont il transforme le crâne en coupe emplie de sang. Contrainte d’y tremper ses lèvres, Marguerite sent une onde de volupté la parcourir tandis que les danseurs tombent en poussière et qu’elle se retrouve dans le petit appartement de la rue Sadovaïa. Elle est exténuée, mais il est l’heure de sa récompense. Que réclame-t-elle, interroge Woland ? Le pardon pour une mère infanticide qui souffre les tourments de l’enfer et qui l’a émue quand elle l’a vue au bal, dit-elle. Devant cet oubli d’elle-même, Woland lui accorde la chose et l’autorise à retrouver le Maître, qu’il fait venir jusqu’à elle. Il apparaît, dépenaillé, incrédule : on l’a anéanti dans la maison de douleur du docteur Stravinsky. Il n’aspire qu’à retourner vivre dans l’obscurité de son sous-sol d’autrefois. Woland le lui accorde, et Marguerite ira avec lui. En outre, il rend à l’écrivain les exemplaires disparus du roman qu’il a détruit, le récit de la vie de Pilate. Woland est tout-puissant, pense Marguerite en feuilletant les pages du manuscrit, où elle lit qu’…

…à Jérusalem, au soir du supplice de Yeshoua et au cœur d’une nuit d’insomnie, Pilate reçoit le chef de sa garde secrète, Afranius, qui lui fait un rapport détaillé des événements de la journée. Le procurateur de Judée le charge d’une nouvelle mission : retrouver celui qui a livré Yeshoua aux Romains, un nommé Judas de Kerioth, et le protéger de ceux qui veulent sa mort. En fait, c’est tout le contraire qui se passe : Judas est attiré dans un guet-apens par Niza, la femme qu’il aime, et deux hommes de main le poignardent hors de Jérusalem, au Jardin des Oliviers. Afranius voit tout, et ne dit rien. Il rapporte la nouvelle à Pilate : qu’importe ! On fera courir le bruit que Judas a mis fin à ses jours. Et les corps crucifiés, où sont-ils ? Un détachement de soldats les a récupérés, répond Afranius, même celui de Yeshoua qu’un illuminé nommé Mathieu avait détaché. Ils ont été enterrés ensemble. Pilate fait amener Mathieu Lévi devant lui : c’est lui, Pilate, qui ordonné la mort de Yeshoua, mais c’est aussi lui, dit-il, qui a vengé sa mort en faisant assassiner Judas. Et Pilate le tourmenté, veillé par son chien fidèle, trouve enfin le sommeil et rêve qu’il marche le long d’un chemin de lune en compagnie de Yeshoua, et tous deux discutent sans fin, puisque, dans son rêve, l’affreux supplice n’a pas eu lieu.

Pour les autorités, les mystères qui fleurissent aux quatre coins de Moscou ne peuvent demeurer en l’état : les enquêteurs les plus zélés tentent de mettre de l’ordre dans ce galimatias d’événements insensés dont le cœur est l’appartement de la rue Sadovaïa. Quand la milice s’y rend, elle y trouve Koroviev et Béhémoth qui bouleversent encore l’ordre établi : des coups de feu claquent – Béhémoth se révèle invulnérable – et les comparses fuient, non sans avoir détruit par les flammes l’appartement et semé le chaos au fil de leur course : ils ravagent un magasin pour riches étrangers et provoquent l’incendie de la maison des écrivains Griboïedov. Ils rejoignent Woland et Azazello qui contemplent Moscou depuis une haute terrasse. Le pouvoir de Woland appelle Mathieu Lévi qui lui porte ce message : on ordonne à Woland de prendre le Maître avec lui, qui n’aura pas le droit d’entrer déjà dans la lumière : il n’a mérité que le repos ; Marguerite pourra demeurer avec lui. De lourds et sombres nuages s’amoncellent sur Moscou, la ville disparaît dans les ténèbres. Marguerite et le Maître sont tranquillement installés dans leur sous-sol quand Azazello leur apparaît : il leur offre un vin dont une première gorgée les empoisonne, puis une deuxième les ranime : leur mort est en fait un éveil. Le trio enfourche trois chevaux noirs qui s’envolent et galopent vers Woland. Et pendant que leurs esprits vivent cette mort et cette renaissance, puis visitent une dernière fois Ivan Nikolaïevitch dans la nuit de sa chambre de malade, Marguerite, calme bourgeoise moscovite, meurt d’une crise cardiaque dans son vaste appartement tandis que le maître, pensionnaire du docteur Stravinsky, décède à la clinique.

Woland, ses séides et les deux amants galopent dans le ciel obscur jusqu’à un haut plateau d’où ils contemplent un homme endormi, un chien à ses côtés : c’est Pilate, qui dort depuis deux mille ans, attendant la délivrance du pardon. À chaque pleine lune, l’insomnie le gagne et il gémit à la pensée de l’homme qu’il a fait crucifier. D’un cri, le Maître le délivre : « Tu es libre ! Libre ! Il t’attend ! ». Le chemin de lune s’ouvre alors, et Pilate avance vers la lumière. Puis Woland parle : c’est le repos qui attend le Maître et Marguerite, dans une chaumière romantique où il écrira et où elle l’aimera. Il est libre comme Pilate. Quant à Woland et ses compagnons, ils se précipitent dans l’abîme et disparaissent.

Enfin, Moscou a retrouvé son calme. Les autorités trouvent une explication rationnelle aux événements de ces cinq derniers jours : un puissant hypnotiseur a su berner toute la ville. La vie reprend son cours et seul Ivan Nikolaïevitch, libéré de la clinique, se souviendra, à chaque nuit de pleine lune, de Woland et de ses mystères, du cruel procurateur de Judée, et de l’immense amour du Maître pour Marguerite.

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