Le paysan parvenu

par

Résumé

L’homme qui écritces Mémoires est un homme né paysan,en France, dans la première moitié du XVIIIe siècle. Il a gravi les échelonsde l’échelle sociale et n’entend pas cacher d’où il vient. Il le clame :une obscure naissance ne fait pas de l’individu un être moindre que celui nédans une plus haute sphère sociale. Jacob, tel est son nom, entame donc sonrécit.

 

Première partie

 

Il a dix-neuf ansquand son père, fermier d’un seigneur champenois fort riche mais de récentenoblesse, l’envoie à Paris chez leur maître porter du vin produit sur lesterres dudit seigneur. Bien vite, le jeune paysan, qui pourtant quitte sonvillage pour la première fois, trouve le bon ton pour s’adresser à sesmaîtres : de l’esprit mais aussi du respect, et quelques compliments bientournés – voilà qui séduit l’épouse du seigneur, femme charmante et légère.Ajoutons à cela une accorte servante brune, Geneviève, qui ne demanderait pasmieux que d’être courtisée de près par le jeune provincial, et voilà leplaisant tableau des débuts de Jacob à Paris. Le jeune homme est attaché à lapersonne du jeune neveu de la maîtresse de maison, et il apprend à écrire ainsique l’arithmétique. Le maître, pour sa part, poursuit Geneviève de sesassiduités et la couvre de cadeaux. Il fait un jour venir Jacob et lui tient celangage : le jeune valet épousera Geneviève. Lui la dotera et le couplevivra heureux. Jacob refuse : dans son village, on n’épouse une jeunefemme seulement quand elle a su rester fille. Geneviève pleure à chaudes larmesquand une nouvelle terrible ébranle la maisonnée : le maître vient demourir ! Aussitôt, ses créanciers se jettent sur ses avoirs, lesdomestiques volent les quelques biens qui demeurent, et la belle épouse s’en vase flétrir dans un couvent.

Jacob estdésemparé : il ne connaît personne à Paris. Traversant le pont Neuf, ilprête assistance à Mme Habert, une dame d’âge mûr – la cinquantaine – qui setrouve mal. Celle-ci vit avec sa sœur aînée et les deux dévotes, charmées parla bonne mine de Jacob, décident d’en faire leur domestique. Les deux femmesmènent une vie vernie de religion chrétienne et ont, à table, un formidableappétit. La maison est austère, mais la chère est bonne.

 

Deuxième partie

 

Les sœurs Habert,charmées par le sourire et les bonnes manières de Jacob, sont prêtes à en faireleur domestique quand survient un ecclésiastique austère, directeur deconscience des deux femmes. Il leur fait observer qu’engager un valet sur saseule bonne mine est chose imprudente et conseille aux sœurs de congédierJacob. La cadette ne l’entend pas de cette oreille et décide de quitter sa sœuret leur logis. Dès le lendemain, Jacob et elle se mettent en quête d’un appartement,et le jeune homme déploie tous ses charmes pour garder les faveurs de saprotectrice. Celle-ci, totalement séduite, envisage sans mal de nouer desrelations plus intimes avec ce jeune homme qui pourrait être son fils. Jacob,pour sa part, ne rechigne pas à l’idée d’épouser la bonne et riche bourgeoise,et d’accéder ainsi, en dépit de leur différence d’âge, à un statut social plusélevé.

Le couple trouvelogis chez Mme d’Alain, une veuve qui vit avec sa fille Agathe, jeune personnede dix-sept ans qui trouve Jacob fort à son goût et lui envoie maintes œilladesgourmandes. Le couple se présente comme deux parents, Mademoiselle Habert etson cousin Jacob de la Vallée. Cependant, à peine installés, les projets demariage prennent corps et la logeuse est mise dans la confidence : elleaidera à arranger un mariage légal mais discret. Elle contacte un prêtre de saconnaissance qui célébrera l’union. Or, quelle n’est pas la surprise généralequand le prêtre se révèle être M. Doucin, le sévère directeur de conscience dessœurs Habert. Il refuse de célébrer l’union. En outre, Mme d’Alain, par sesbavardages, révèle aux témoins la condition sociale de Jacob. C’est lescandale : une bourgeoise, épouser un valet ! Cela ne se peut, et nese fera pas.

 

Troisième partie

 

Au matin, Jacob setrouve mandé officiellement par un président de tribunal. Autour du magistrat,il trouve assemblés Mme la présidente son épouse, un prêtre, Mlle Habert aînéeet une dame quinquagénaire, évidemment dévote mais qui pose sur le jeune hommeun regard non dénué de bienveillance. Un interrogatoire rapide permet auprésident de constater que Jacob est un bon garçon, au grand courroux del’aînée des sœurs Habert. Les autres dames présentes ont pris le parti deJacob, notamment cette dévote, nommée Mme de Ferval, qui attire le jeune hommeà part dans un cabinet, l’assure qu’elle entend le protéger, tout en taillantdiverses plumes à écrire et en les essayant. Le jeune homme quitte la maison duprésident satisfait en tous points, mais a le malheur de se mêlerinvolontairement à une sanglante bataille entre amants : le voici jeté aucachot, et il s’en faut de peu qu’il ne soit poursuivi pour assassinat. Libérégrâce aux bons soins des dames qui le tiennent en estime, Jacob peut convolerle soir même en justes noces avec Mlle Habert cadette, qui offre à son jeuneépoux toute la tendresse qu’une dévote qui n’a connu qu’abstinence peut offrirà un mari.

Il est temps devêtir Jacob dignement : le voilà paré d’un habit rouge et d’un chapeau àgalon d’argent propres à mettre en valeur la beauté du jeune homme qui portemaintenant une épée au côté.

 

Quatrième partie

 

Sa première visiteest pour Mme de Ferval qu’il souhaite remercier. Elle le reçoit dans sachambre, dans une tenue juste assez révélatrice pour allumer les rêves du jeunehomme. Ce dernier ne tarde pas à avouer une flamme toute neuve à son hôtesse.Tous deux conviennent d’un lieu de rendez-vous discret, chez une certaine MmeRémy. Survient alors la rondelette Mme de Fécour, à peine plus jeune que Mme deFerval, et cette joyeuse dame pose un regard de connaisseuse sur Jacob :après les compliments d’usage au jeune homme pour son mariage si bienvenu, ellel’invite à la suivre chez elle où elle rédigera un mot à M. de Fécour son mariafin qu’il recommande Jacob à la Cour et qu’on lui trouve une place. Comme ons’en doute, Jacob remercie vivement Mme de Fécour et celle-ci, qui tutoie déjàle jeune homme, l’invite à la venir voir souvent. Notre héros est doncl’heureux mari d’une femme aimante et l’amant comblé de deux femmes de qualité.De retour au logis, après un bon repas, la nouvelle Mme de la Vallée luiprodigue force marques de son amour ardent.

Le lendemain, ilfaut se rendre à Versailles. Après un voyage en voiture, Jacob se présente à M.de Fécour, homme hautain qui l’accueille froidement mais lui accorde cependantune place. Survient alors une femme accompagnée de sa fille de vingt ans ;ces deux personnes affligées d’un réel chagrin viennent solliciter la bonté deM. de Fécour : leur mari et père a perdu sa place, et c’est précisémentcelle que M. de Fécour vient de donner à Jacob. Ce dernier supplie alors sonbienfaiteur de laisser la place au mari de cette femme en détresse, ce à quoiM. de Fécour consent. Un homme a assisté à la scène : il est court, rond,maladroit, il se nomme M. Bono. Touché par les larmes de ces dames et par lagénérosité de Jacob, il les invite à le rejoindre chez lui. Il écoute le récitdes malheurs des deux femmes et promet qu’il les aidera, ainsi que le généreuxjeune homme.

 

Cinquième partie

 

À peine de retour deVersailles, Jacob court chez la Rémy : il a rendez-vous avec Mme deFerval. Une fois seuls, les deux amants font commerce de mignardises, quand unbrouhaha les interrompt : c’est un homme qui entend forcer la porte :Jacob saisit son épée, mais c’est inutile : quand l’homme voit Mme deFerval, il se confond en excuses ; il croyait trouver là une autre dame.Il observe Jacob et s’exclame soudain : il le connaît ! Il l’a vuautrefois dans son village, du temps où le jeune homme n’était qu’un paysan. Lejeune homme est embarrassé et trouve un prétexte pour prendre congé. Il secache dans une pièce voisine et tend l’oreille. L’homme a vu Mme de Ferval parle passé et, lui dit-il, son cœur s’est enflammé pour elle. La dame écoute cediscours d’une oreille complaisante et arrive un moment où tous deux vontsuccomber à la tendresse qui s’est installée. C’est là qu’un bruit fait parJacob interrompt leur doux babil ; qu’importe : ils poursuivrontcette conversation ailleurs.

Dépité devant le peude fidélité de sa maîtresse, Jacob se rend chez Mme de Fécour, qu’il trouvealitée et, dit-elle, sur le point de succomber. La sœur de celle-ci l’accueillefort mal, et M. de la Vallée, ayant perdu deux maîtresses aussi vite qu’il lesavait gagnées, s’en retourne auprès de son épouse. Cette dernière est la plusheureuse des femmes : qu’il est bon de pouvoir témoigner de son amour à unhomme sans être pour autant une pécheresse !

Le lendemain, M. dela Vallée se rend chez Mme d’Orville, la dame rencontrée la veille à Versailles.Jacob s’apprête à entrer chez elle quand il voit un homme assailli par troisautres dans la rue : c’est un combat à l’épée et l’homme seul et blessé vapérir. N’écoutant que son courage, Jacob se lance dans la bataille et retournela situation. Il fait entrer l’homme blessé chez les d’Orville où on le panse,tandis que Jacob reçoit les remerciements de M. d’Orville pour son geste noblede la veille. Le blessé a noble allure. Une fois soigné, il emmène Jacob aveclui et lui dévoile la cause de la querelle : une femme, bien sûr. Il a étéattaqué par le protecteur de la belle et sans l’intervention de Jacob, unegrande famille de France aurait été endeuillée, car – Jacob le comprend bientôt– le comte d’Orsan, puisque tel est son nom, est le neveu du Premier Ministre.Quand le comte lui demande son identité, Jacob ne cache rien : il se nommela Vallée, il vient de la campagne et, à défaut d’être noble, il est d’une honnêtefamille. Le comte lui tend la main et lui offre son amitié et sa protection.Les deux hommes vont alors se distraire à la Comédie où le comte présente sonnouvel ami à ses proches en vantant son courage. Jacob de la Vallée, paysan ily a quelque mois encore, assiste à une représentation de Mithridate encompagnie d’un grand de France. Il se sent cependant peu à sa place et faitmême l’objet de quelques moqueries des jeunes hommes qui l’entourent, plusnaturellement instruits que lui des manières du grand monde.

Le mémorialiste,pour finir, promet d’expliquer, dans une sixième partie restée inédite, cequ’était le théâtre du temps de sa jeunesse.

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