Le père Goriot

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Résumé

L’histoire débute en novembre 1819 quand un jeune provincial, Eugène de Rastignac, vient à Paris faire ses études de droit. Sa famille, de nobles vignerons en difficulté, se sacrifie pour payer au fils prodigue des études à la capitale en comptant sur sa réussite future, et l’étudiant doit s’installer dans une médiocre pension bourgeoise, rue Neuve-Sainte-Geneviève : la Maison-Vauquer, du nom de sa patronne, une veuve d’une cinquantaine d’années qui la régente, et qui se distingue par sa cupidité et son absurde prétention.

Éduqué, sensible et vif d’esprit, Eugène va découvrir peu à peu les entrailles de la vie parisienne, multipliant les rencontres, à commencer par celle des six autres pensionnaires de la Maison-Vauquer. Il y a là Mme Couture et sa pupille, Mlle Victorine Taillefer, orpheline de mère et reniée par un père pourtant très riche, lequel prétend réserver l’exclusivité de son héritage à son fils. Il y a aussi Mlle Michonneau, une vieille fille anguleuse et aigrie, et M. Poiret, un ancien fonctionnaire insignifiant. Plus remarquable, Vautrin est un imposant gaillard d’une quarantaine d’années, à la fois jovial et mystérieux, qui semble dominer tout ce petit monde sans se prendre au sérieux. Enfin il y a M. Goriot, un ancien vermicellier installé depuis quatre ans en ces lieux. Reçu d’abord avec les honneurs dus à un homme riche, sa situation financière s’est peu à peu dégradée et, avec elle, le respect qu’il inspirait. Son manque de malice et son air toujours absent, associés à la rumeur selon laquelle il se ruine pour entretenir de belles et jeunes maîtresses, font de lui le souffre-douleur des autres pensionnaires, qui l’appellent tous « le Père Goriot ». Personne ne croit sérieusement que les jeunes femmes du beau monde qui passent parfois le voir puissent être ses filles comme il le prétend. À ces hôtes viennent s’ajouter pour les repas des demi-pensionnaires, parmi lesquels figure Bianchon, un étudiant en médecine ami d’Eugène.

Plein de nobles sentiments et de bonne volonté, Eugène n’en a pas moins – ses origines méridionales y seraient pour quelque chose –, un tempérament inquiet et sanguin. Perspicace, il découvre que Paris offre d’autres possibilités de réussite que le chemin des études pour les jeunes gens ambitieux, et il décide de tenter sa chance dans le grand monde. Recommandé par l’une de ses tantes de province, il s’introduit dans la société du faubourg Saint-Germain par le biais d’une lointaine cousine, la vicomtesse de Beauséant, qui l’invite à un premier bal. Ébloui par la belle comtesse Anastasie de Restaud, Eugène découvrira avec stupeur que c’est là l’une des femmes que le Père Goriot entretient en se saignant aux quatre veines, allant jusqu’à engager ses maigres biens au mont-de-piété. Alors que Vautrin et les autres incrédules lui décrivent à travers ce cas l’envers des mœurs du « grand monde », Eugène, sans trop de préjugés encore, plus observateur, comprend finalement qu’Anastasie est réellement la fille du Père Goriot, qui se sacrifie, d’un amour paternel voué à devenir proverbial, pour qu’elle puisse maintenir le rang de comtesse auquel son mariage l’a fait accéder.

Eugène, authentique et spontané, prononce un jour devant Anastasie le nom du Père Goriot. La comtesse s’en offense et lui refuse, dès lors, l’entrée de son salon. Dépité, Eugène se retourne vers sa cousine qui, amusée, l’initie aux intrigues communes de la haute société : pour reconquérir Anastasie elle lui conseille de courtiser sa sœur, Delphine de Nucingen. Mariée à un riche banquier mais sans noblesse, celle-ci serait en effet susceptible de succomber facilement à quiconque l’introduirait dans les salons du faubourg Saint-Germain. Eugène apprend du même coup par sa cousine comment les deux sœurs abusent régulièrement de la générosité de leur vieux père, dont elles renient les origines sociales et qu’elles ne voient qu’en cachette pour lui demander de l’argent. Ému par l’abnégation du Père Goriot, Eugène commence à s’en rapprocher et découvre un homme au grand cœur,  entièrement dévoué à ses filles, et refusant de voir en face la réalité de leur désaveu.

Au théâtre, Eugène est présenté à la deuxième fille du Père Goriot, Delphine de Nucingen, qui lui fait une meilleure impression que sa sœur en exprimant une certaine affection pour son vieux père, qu’il ne manque pas d’évoquer. Entre Eugène et le Père Goriot une grande amitié est en effet née, et le jeune ambitieux ne manque pas de rapporter à son voisin de pension des détails sur ses filles, les seules raisons de vivre de ce père. Eugène poursuit sa relation avec Delphine, mais côtoyer la haute société a un coût que ne peut bientôt plus assumer le modeste jeune homme qui, délaissant ses études, se voit contraint de réclamer une aide supplémentaire à sa famille, pourtant déjà en mauvaise posture.

Un des pensionnaires, qui semble lire comme dans un livre ouvert les tourments de son âme, tente de le corrompre : c’est Vautrin, qui a remarqué que l’étudiant n’était pas indifférent à Mlle Victorine Taillefer. L’homme fait part à son cadet du plan machiavélique qu’il a conçu pour s’enrichir : l’un de ses amis, habile bretteur, compte provoquer en duel et tuer le fils de Taillefer, obligeant ce dernier à reporter son riche héritage sur sa fille Victorine. La douce enfant étant particulièrement vertueuse et pieuse, son nouveau statut ne lui ferait pas renier celui auquel elle aurait voué son cœur. Pour devenir riche, Eugène n’a donc plus qu’à la séduire. Révolté mais à la fois hypnotisé par le discours sans ambages de Vautrin, déboussolé par sa vie pleine de contrastes, partagée entre les luxueux salons et la sordide pension, Eugène se débat entre sa vertu et les démons de son ambition. Bien qu’épris de Delphine, il commence à s’intéresser à Victorine. Un soir cependant, devant l’imminence du duel que Vautrin lui annonce pour le lendemain, submergé par les scrupules, il s’apprête à dénoncer l’infernale machination. Mais ce même soir, le Père Goriot, se méprenant sur l’objet de ses soucis, lui révèle un secret : obéissant à un désir de Delphine, il a retenu avec ses dernières économies une garçonnière de la rue d’Artois pour le jeune étudiant, rendant ainsi possible l’union avec Delphine qui comblerait ses vœux de père.

Grisé par cette nouvelle perspective, Eugène baisse la garde et Vautrin, qui a deviné ses remords, en profite pour lui faire boire du vin narcotisé : quand l’étudiant se réveille, tard le lendemain, un messager vient annoncer à Victorine que son frère est décédé en duel. Furieux de se sentir associé à un crime, Eugène s’échappe chez Delphine en jurant qu’il n’épousera jamais Victorine. Lorsqu’il revient le soir à la pension, un nouveau coup de théâtre survient : grâce à la collaboration de Mlle Michonneau, la police vient arrêter Vautrin, qui est en réalité Jacques Collin, alias Trompe-La-Mort, un dangereux forçat évadé. Digne dans son départ, le personnage ne perd pas son aura de sympathie, et c’est la vénale Mlle Michonneau qui se voit la cible de la vindicte populaire : elle abandonne donc la pension, suivie de son dévoué Poiret.

Madame Vauquer se lamente de voir partir ainsi, l’un après l’autre, tous ses pensionnaires. Au moment où le Père Goriot s’apprête à déménager à son tour, pour s’installer dans une dépendance de l’appartement d’Eugène, il reçoit la visite de ses filles qui lui apprennent, catastrophées, qu’elles ont été ruinées par leurs maris. Eugène assiste à une scène pleine de pleurs : les deux jeunes femmes nient leur responsabilité, et ne semblent pas se rendre compte du coup mortel qu’elles viennent de porter à leur pauvre père. Peu après, Bianchon diagnostique en effet au Père Goriot une apoplexie séreuse à l’issue fatale. Mais au lieu de veiller leur père, Anastasie et Delphine vont se préparer pour le bal qu’organise la vicomtesse de Beauséant. Malgré les efforts d’Eugène qui, avec l’aide de Bianchon, soigne le vieillard, celui-ci meurt après avoir enduré d’intenses douleurs, dont la plus atroce peut-être a été la révélation de l’indifférence de ses filles. Eugène forme le seul cortège qui accompagne ce père aveuglé par l’amour à son ultime demeure, et la larme qui tombe sur le cercueil entraîne avec elle les dernières réticences de l’étudiant provincial : Eugène de Rastignac accompagne Delphine au bal, et s’engage résolument dans la vie parisienne.

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