Le petit prince

par

Les liens entre les hommes, la responsabilité

Le Petit Prince traite avec philosophie de problèmes humains déjà saillants au tempsde l’auteur. Antoine de Saint-Exupéry fait le constat que l’homme est dansl’incapacité de tisser des liens avec autrui. Les activités se pratiquent deplus en plus seul, la connaissance, par exemple, ne s’acquiert plus qu’àtravers un apprentissage poussé mais théorique, issu des livres. Il en va demême pour les relations. L’auteur présente l’homme comme un être devenuincapable de se préoccuper des autres : l’évolution de la société l’a enquelque sorte conditionné. Parmi ses nombreux blâmes, le « culte »monétaire se distingue et fait l’objet d’une assez forte critique :« Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent deschoses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point demarchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. » Face à ce constat,l’auteur choisit de donner à son histoire une tournure philosophique, quipropose au lecteur attentif de distinguer les choses importantes des chosesmatérielles, superflues. L’auteur défend l’idée que l’« on ne voit bienqu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » La mort duPetit Prince sert alors de représentation finale de cette idée : Antoinede Saint-Exupéry manie avec adresse les mots et donne à ce moment uneatmosphère particulière. Il lui est nécessaire de toucher le lecteur pourtransmettre son message : « J’étais ému. Il me semblait porter untrésor fragile. Il me semblait même qu’il n’y eût rien de plus fragile sur laTerre. Je regardais, à la lumière de la lune, ce front pâle, ces yeux clos, cesmèches de cheveux qui tremblaient au vent, et je me disais : ce que jevois là n’est qu’une écorce. Le plus important est invisible… ». Àtravers ces propos, l’auteur montre de manière explicite que pour luil’important ne se situe pas en surface mais à l’intérieur de l’homme ; lesrelations se basent donc à ses yeux sur ce que l’homme peut offrir de sonindividualité.

La notion de responsabilité quepropose l’auteur n’est pas sans lien avec sa vision des relations, et notammentde l’amitié. De nombreux liens existent entre les divers personnages du roman,notamment entre le Petit Prince et sa rose, avec le renard, ou encore lenarrateur. Mais ce n’est qu’au cours du récit que le jeune héros prendconscience des sentiments qu’il éprouve pour ceux qui l’entourent et de ce quel’amitié signifie et implique. C’est au travers de la parabole del’apprivoisement du renard que l’auteur exprime le mieux sa vision de l’amitié,définie en ces termes : « Tu n’es encore pour moi qu’un petitgarçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin detoi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renardsemblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoinl’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique aumonde… ». Antoine de Saint-Exupéry lie donc la notion d’amitié àcelle de besoin réciproque. Pour lui, cette relation introduit le concept deresponsabilité : une amitié demande du temps, exige de l’attention. Lacompréhension de ce qu’est l’amitié par le jeune prince doit créer dans le mêmeinstant un déclic chez le lecteur : « Tu sais… ma fleur… j’ensuis responsable ! Et elle est tellement faible ! Et elle est tellement naïve.Elle a quatre épines de rien du tout pour la protéger contre le monde… ».L’auteur insiste donc sur l’idée que l’amitié, et les relations en général,entraînent de facto une responsabilité de la part de chacun des protagonistesdes liens tissés : « Tu deviens responsable pour toujours de ceque tu as apprivoisé. »

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