Le Roi des aulnes

par

L’hommage à Gœthe

Le titre de l’œuvre fait référence à un poème de l’Allemand Johann Wolfgang Gœthe, traduit par Tournier. Écrit en 1782, le poème original raconte le voyage d’un père et de son fils à cheval, tandis que le jeune garçon est agressé par d’effrayantes visions. Celui-ci est victime du Roi des Aulnes, créature mythique qui tente et séduit les petits garçons pour les tuer, mais le père ne prête pas attention aux plaintes de son fils qui meurt dans ses bras à la fin du voyage.

La créature que Goethe nomme Roi des Aulnes est en réalité un Elrkönig, une créature inhérente au folklore germanique. Le monstre présenté dans le poème rappelle en tout point le héros inventé par Tournier, adulant et causant du mal aux enfants dans le même temps.

Dans la traduction de Michel Tournier, le père de l’enfant agressé est décrit en ces termes : « Il serre le jeune garçon dans ses bras, / Il le tient au chaud, il le protège. » Cette image du père qui porte et protège rappelle celle de saint-Christophe, et la qualité de porte-enfant en laquelle se reconnaît Abel Tiffauges. Mais ce même père reste sourd aux menaces qui murmurent à l’oreille de son fils, insensible aux plaintes de son enfant. Là où lui voit péril et danger, le père ne voit que monde végétal. Ainsi, le père se comporte exactement comme Tiffauges qui, obsédé par son désir de porter les enfants et de sauver Ephraïm, ne se rend pas compte qu’il tue ce faisant.

De plus, le Roi des Aulnes fait preuve d’un désir charnel pour les enfants qu’il capture. « – Je t’aime, ton beau corps me tente, / Si tu n’es pas consentant, je te fais violence », dit le Roi des Aulnes à l’enfant. Cette dimension sexuelle et possessive rappelle sans nul doute ce penchant tactile, sensible qui pousse Tiffauges à posséder tout ce qu’il voit : enfants, pigeons, puis adolescents pour le compte de l’armée allemande. Ici, la récurrence du thème du voleur collectionneur est manifeste, et confirme l’analogie entre le poème et le roman.

Tournier a donc puisé dans le folklore germanique pour créer son antihéros Abel Tiffauges. Cependant, il est intéressant de constater qu’il utilise ici une création de l’imaginaire allemand afin de se dresser contre son propre peuple, accentuant d’autant plus la dualité que nous avons pu percevoir tout au long du roman.

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