Le Roman inachevé

par

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Louis Aragon

Louis Aragon est un romancier, poète, journaliste et
essayiste français, surtout connu pour ses poèmes. Fervent communiste, il a
beaucoup compté par ses prises de position et son soutien au Parti communiste.

Certains de ses poèmes ont été repris par de grands chanteurs
français, que ce soit Jean Ferrat, Georges Brassens ou Léo Ferré, ce qui
contribua à faire connaître son œuvre.

Il naît en 1897 à Neuilly-sur-Seine, fils illégitime – son père refuse de le reconnaître et sa mère pour
sauver les apparences crée une histoire abracadabrante. L’enfance de Louis est
marquée par des mensonges et des secrets relatifs à sa naissance, il n’apprend
la vérité à ce sujet qu’avant son départ pour le front.

Enfant surdoué, très tôt il compose de petits romans en prenant
son inspiration chez Zola. Il suit une brillante scolarité, pendant laquelle il
prend plaisir à dévorer tous les livres à sa disposition, particulièrement ceux
de Dickens, Tolstoï et Gorki.

Il est témoin direct des combats de la Première Guerre
mondiale même s’il réussit d’abord à échapper, jusqu’en 1916, à plusieurs
départs pour le front. Il entame alors des études de médecine en 1915 tout en
continuant à fréquenter régulièrement la librairie d’Adrienne Monnier, qui lui
fait découvrir de grands écrivains tels Lautréamont, Apollinaire, Mallarmé,
Rimbaud.

En 1917 Aragon part pour le front. Il rencontre alors André
Breton. Il arrive à survivre tant bien que mal à la guerre et se consacre alors
à l’écriture, que cela soit dans le genre du poème avec Feu de Joie en 1920 ou
dans celui du roman avec Anicet ou le Panorama en 1921.

Il participe également à l’animation d’un mouvement
artistique avant-gardiste, le
dadaïsme,
puis, dès 1924, à la création du mouvement surréaliste avec son
ami André Breton. Il théorise ce mouvement dans Une vague de rêve en
1924. Dès lors, sa renommée en tant qu’écrivain et poète ne cesse de grandir.

Le Paysan de Paris, en 1926, constitue l’un des sommets de la littérature
surréaliste. Il s’agit d’une méditation libre en prose dans la veine des Pas perdus de Breton, mêlant des
souvenirs avec des élans lyriques, des récits, des aphorismes. L’auteur emploie
la technique du collage ; sont ainsi insérés dans le texte des extraits de
journaux, des réclames, des annonces. Il s’agit pour Aragon d’exalter le
merveilleux du quotidien, plus perceptible par un « paysan »,
c’est-à-dire un homme qui envisage la ville d’un regard neuf. Les lieux habités
par la poésie tournent autour du Passage de l’Opéra, des cafés, des petits
théâtres, des bordels clandestins.

Aragon adhère au Parti communiste français en 1927, comme
beaucoup de ses confrères surréalistes.
En 1928,
il rencontre celle qui deviendra sa femme, l’écrivaine russe Elsa Triolet, dont
il devient inséparable. Il travaille comme journaliste à L’Humanité et amorce une nouvelle carrière
d’écrivain. Les Cloches de Bâle en 1934 racontent l’évolution de
plusieurs protagonistes vers le communisme. S’inspirant de Balzac et de Zola,
Aragon commence aussi un cycle romanesque, Le Monde réel : Les Beaux Quartiers en 1936, dont le
troisième volume est intitulé Les Voyageurs de l’Impériale. Celui-ci, publié en 1940, a pour
cadre la période 1889-1914 ; Aragon y dresse un parallèle entre les
passagers d’une impériale – sorte de terrasse à l’air libre d’un omnibus – et
la vie en général. L’auteur explicite clairement sa démarche quand il
écrit : « il y a deux sortes d’hommes dans le monde, ceux qui,
pareils aux gens de l’impériale, sont emportés sans rien savoir de la machine
qu’ils habitent, et les autres qui connaissent le mécanisme du monstre, qui
jouent à y tripoter… et jamais les premiers ne peuvent rien comprendre de ce
que sont les seconds, parce que de l’impériale on ne peut que regarder les
cafés, les réverbères et les étoiles ». Le style d’Aragon y est
particulièrement remarquable ; il s’y fait varié, capable de s’adapter à
chacun des personnages dont les enfances sont minutieusement retracées, à
chaque action. Aurélien, édité en
1944, constitue le quatrième roman du cycle, écrit alors que l’auteur vit dans
la clandestinité. Le cadre est cette fois principalement l’hiver parisien de
1921-1922. L’histoire est constituée de plusieurs intrigues révolutionnant
autour du couple que forment Bérénice Morel et Aurélien Leurtillois, couple
impossible du fait que, comme le révèle Aragon dans ses Entretiens avec Francis Crémieux (1964), Bérénice, provinciale
venue à la capitale pour quelques semaines, a pu conserver une certaine
continuité de pensée malgré la guerre, au contraire d’Aurélien, jeune homme
ancien combattant, devenu réactionnaire lorsqu’il rencontre à nouveau Bérénice
lors de la débâcle de 1940.

Jusqu’en
1939, la vie d’Aragon est occupée par des voyages en URSS ; il est alors militant,
défenseur du communisme. Cette année-là, il épouse Elsa, la femme de sa vie. Il
s’éloigne peu à peu du communisme et en septembre, il est de nouveau mobilisé
et assigné en tant que médecin. C’est durant cette période qu’il écrit Le Crève-cœur,
premier recueil non politique.

En 1940
il reçoit la Croix de guerre. Aragon est non seulement un écrivain mais aussi
un combattant, un guerrier au sens que donnent au mot les histoires du genre, c’est-à-dire
celui qui défend l’Élue de son cœur, en risquant sa vie si nécessaire.

En 1941,
Aragon et Elsa sont arrêtés par les Allemands et emprisonnés à la prison de
Tours. Une fois relâchés, ils s’installent à Nice. Pendant cette période, Aragon organise un réseau de résistance
aux nazis. Et c’est à cette même époque qu’il écrit Les Yeux d’Elsa et Brocéliande
réinvention des mythes bretons qui permet d’illustrer la permanence de la
Nation –
en 1942, La Rose et le Réséda
et Le Musée Grévin en 1943, et La Diane française
en 1945. Les Yeux d’Elsa, qui put
être diffusé dans la France de Pétain grâce à un censeur complaisant, comprend
non seulement des poèmes d’amour, mais constitue aussi un exemple de poésie de
résistance. Ces deux facettes sont d’ailleurs intriquées, dans le sens où
l’amour nourri par Elsa constitue une force pour lutter. « Plus belle que
les larmes » constitue un exemple de poème patriote. Dans la préface,
l’auteur propose sa poétique, dit sa volonté de réinventer un langage poétique
tout en s’opposant au retour au folklore prôné par le général Pétain.

Plusieurs
des poèmes de La Diane française avaient
été distribués avant sa publication en volume après la Libération. Le recueil
contient des poèmes très connus d’Aragon dont « La Légende de Gabriel
Péri » et « Il n’y a pas d’amour heureux », chanté par Brassens.
Aragon y emploie des vers réguliers dans certaines parties et le vers libre
dans d’autres.

Après la
Libération, Aragon est à l’apogée de sa renommée et entièrement engagé pour la
politique stalinienne. Mais après la mort de Staline en 1953 et les révélations par Khrouchtchev en 1956 des
atrocités commises par le Vojd, Aragon traverse une crise  existentielle qui le mène presque au suicide.
De cette crise naissent deux écrits : Le Roman inachevé en 1956, et La
Semaine Sainte
en 1958, énorme reconstitution entre histoire
et roman d’une des dernières aventures de Napoléon. Le Roman inachevé est pour sa part un long poème qui constitue une
nouvelle autobiographie, applaudie par les critiques, après Les Yeux et la Mémoire (1954). Le poète
s’y exprime à la première personne, et son expression a quelque chose d’un
torrent qui fait éclater les mètres ou les recrée. Ainsi, Aragon s’essaie à son
tour, après le XVIème siècle, au vers de seize syllabes. Puis, soudain, le
poète s’exprime en prose à des moments de paroxysme. Le poète trouve le moyen –
retraçant sa vie depuis son enfance, les guerres, ses voyages, réveillant les
femmes qui l’ont entouré, revivant ses souffrances –, de faire preuve à
l’occasion d’un humour inspiré des fatrasies du Moyen Âge. Le recueil, qui se
clôt sur une évocation d’Elsa, affirme finalement la possibilité du bonheur.

En 1970 survient
la mort de son épouse bien-aimée ; Aragon poursuit tant bien que mal son
activité politique et poétique. Il change ensuite radicalement de style de vie
en affichant son homosexualité avec Jean Ristat, écrivain et poète qui lui
fermera les yeux le 24 décembre 1982. Il est enterré  dans sa propriété de
Saint-Arnoult-en-Yvelines, aux côtés d’Elsa Triolet.

Jean
Cocteau parle d’Aragon comme d’« un grand poète, dont les poèmes
présentent presque toujours leur pouvoir dans un besoin d’exalter le règne du cœur ».

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