Le Roman inachevé

par

Les paradoxes de la poésie d'Aragon

L'attention à l'histoire étonne dans un recueil de poésie : celle-ci est traditionnellement lyrique, centrée sur la singularité du poète et ses mouvements d'âme. Pourtant, Aragon utilise ici le vers pour dire l'histoire d'un peuple, et retourne à la tradition de la poésie épique qui exaltait les valeurs, les faits et les gestes d'un peuple. Ainsi, les guerres et les événements politiques apparaissent comme des composantes de la réalité dans lesquelles peut se loger la poésie, qui réside dans une vision particulière de l'instant, dans une cristallisation d'éléments qui transforme la vision du sujet.

Nathalie Piegay-Gros, qui a écrit sur l'esthétique d'Aragon, souligne en effet que ce dernier choisit la poésie comme le lieu d'écriture de l'Histoire. Le roman est trop connu pour porter les critiques de la guerre et de la société, c'est pourquoi Aragon s'est tourné, sous le régime de Vichy, vers la poésie, pour lui faire porter cette critique que la censure combattait dans les romans.

L'Histoire, pour Aragon, peut à la fois être portée par le roman et par les poèmes, comme en témoigne son œuvre qui mêle production romanesque et poétique. L'histoire et la poésie lyrique ne sont pas antinomiques : Aragon a une certaine conception du lyrisme qui n'en fait pas la seule expression de l'intériorité d'un sujet. La poésie s'enracine alors dans la circonstance, lui laisse une place centrale, et elle est une puissance qui permet de dire l'Histoire : « On comprend que le pouvoir de la rime et du rythme puisse être requis pour dire l'Histoire : plus fort que le concept, ils figurent la réalité sans la représenter, l'objectivent sans la limiter ; la poésie est le lieu d'une véritable rencontre des subjectivités, par-delà l'argumentation et l'idéologie. »

Les outils poétiques apparaissent à même de représenter la complexité de l'Histoire, qui est faite tout d'abord par les hommes, par des subjectivités. Le poète se fait ainsi pure mémoire, à la fois personnelle et collective. En effet, l'expérience individuelle exprimée par le poème inscrit l'individu lyrique dans une communauté qui partage la mémoire des évènements historiques, ce qui permet au sujet lyrique de faire de sa propre voix celle d'un peuple et d'une mémoire collective.

 

 

         Aragon propose donc ici une autobiographie poétique où il mêle considérations historiques, rêveries nostalgiques et expériences littéraires : Le Roman inachevé devient alors une œuvre composite et énergique, qui emprunte à toutes les tonalités – plus particulièrement lyrique et épique – et à toutes les formes pour construire une image juste de la vie de son auteur.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Les paradoxes de la poésie d'Aragon >