Le Roman inachevé

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Résumé

Le Roman inachevé est une œuvre autobiographique poétique de LouisAragon. Elle a été publiée en 1956. Le poète y évoque ses amours, déceptions,drames personnels, avec une écriture forte, au moyen d’un lyrisme souvent âpreet douloureux, fracassant et intimiste. Bien qu’intitulé « roman »,ce n’est pas une œuvre romanesque mais bien de la poésie, le mot « roman »devant être considéré en son sens ancien de récit en vers français(en roman) et non en latin.

Le texte estdivisé en trois parties, elles-mêmes partagées en sections de poèmes ; lespoèmes n’ont pas de titre. Le recueil, composé de nombreux poèmes aux thèmestrès variés, représente l’autobiographie de l’auteur, mais aussi un moyen pourAragon de montrer la force des vers et toutes les possibilités que la poésieoffre en tant que langage.

Le recueils’ouvre sur la section « La Beauté du Diable », rassemblant deuxpoèmes sans titre, où le poète s’adresse à la jeunesse pour qui la vie ne faitque commencer. Il y compare le temps à un cheval fougueux, immaîtrisable, quifuit. Il fait part de son expérience, et prie la jeunesse de ne pas essayer demesurer le temps qui passe : « Celui qui croit pouvoir mesurer letemps avec les saisons / Est un vieillard déjà qui ne sait regarder qu’enarrière », car pour la jeunesse tout est encore possible.

Dans « Cequ’il m’aura fallu de temps pour tout comprendre », Aragon semble serévolter contre le système qui façonne l’homme et qui en fait unemarchandise : « Vous êtes de la chair à tout faire Une sorte / Dematériel courant de brique bon marché », l’homme qui perd toute soninnocence et les rêves qu’il avait étant enfant ; il ignore si c’est sonâge qui le rend si aigri dans son jugement.

Dans « Unerespiration profonde », Aragon mêle de nombreux souvenirs qui semblent luirevenir, de manière désordonnée.

Dans la section « LeTéméraire », Aragon évoque son enfance, sa mère et même ses tantes quisont les prénoms du titre « Marie, Madeleine et Marguerite, Il faut bienque les sœurs aillent par trois ». Il évoque également son amour pour ElsaTriolet, voit en elle sa renaissance et espère que leur histoire d’amour iraoutre les difficultés, liées entre autre à sa personnalité. Cette histoired’amour le fait se sentir éternellement jeune, il a l’impression d’être encoreun adolescent. Elle était sa muse, et son amour fait l’objet de plusieurs poèmes,dont le plus célèbre : « Que serais-je sans toi ? »

Par ce recueilautobiographique, le poète retrace son expérience, de son enfance brisée par laPremière Guerre mondiale (« Et lorsqu’on mourait à Vimy Moi j’apprenaisl’anatomie »), puis ses études de médecine (« Oh long carême desétudes »). Aragon évoque également le temps passé comme prisonnier deguerre (section « La guerre et ce qui s’en suivit »), puis sonengagement politique et ses souvenirs des tranchées, un jeune combattant qu’ila côtoyé et un vieux légionnaire qui se fera arracher le visage : « Tun’en reviendras pas vieux joueur de manille / Qu’un obus a coupé par le traversen deux / Pour une fois qu’il avait un jeu du tonnerre / Et toi le tatouél’ancien Légionnaire / Tu survivras longtemps sans visage sans yeux ».

Il évoqueégalement, en prose, dans « Ah le vers entre mes mains », sessentiments mêlés et embrouillés, où toutes ses pensées semblent serecroiser : « Et le pis est qu’à tous les pas je heurte contre ce quej’aime et le pis est que la déchirure passe par ce que j’aime et que c’est dansce que j’aime que je gémis dans ce que j’aime que je saigne et que c’est dans ceque j’aime qu’on me frappe ». On ressent la panique, la précipitation etl’incapacité à juguler tous ses sentiments en vers.

Aragonévoque également dans « Bierstube Magie allemande » les femmesallemandes qu’il rencontra durant la guerre : « Et mon ombre sedéshabille / Dans les bras semblables des filles / Où j’ai cru trouver unpays ».

Dans la deuxièmepartie, Aragon exprime dans « Comme il a vite entre les doigtspassé » le fait que sa jeunesse est passée trop vite, ainsi que son amourpour la poésie, pour les mots, et la force de cet art qui lui sert de langage,qu’il rend abordable, riche et varié tant par ses formes que par les thèmesqu’il y mentionne, que sont l’amour, la vie, le temps, la guerre,l’engagement…

Aragon dansce recueil admet aussi, à travers une certaine remise en cause, sa déception vis-à-visdu communisme, et sa désapprobation de la politique menée par Staline, puis sessuccesseurs, notamment suite à l’entrée des chars soviétiques à Budapest. C’estalors une crise identitaire et politique pour lui.

On ressent le regret dupoète dans « Je ne réécrirai pas ma vie », où il semble regretter sajeunesse, ses échecs, et prendre conscience qu’il aurait dû faire certaineschoses plus sérieuses et non se perdre dans les futilités de la fête, de ce quibrille : « Où donc se sont évanouis tous les gens de ma connaissance /La famille il n’y en a plus / C’est vrai j’en avais peu le sens / Et les amisn’en parlons pas / Ce sont chansons d’une saison / Pour nous séparer comme unfruit il ne manquait pas de raisons / Un amour d’un jour creuse pireabsence ».

Dans la dernièrepartie, on retrouve les thèmes du temps qui passe et de la vieillesse :« Comment courir avec ce cœur qui bat trop vite / Que s’est-il donc passé Lavie et je suis vieux » (« Le vieil homme »).

Lepoète se remet en question, dans « Jetraîne après moi trop d’échecs et de mécomptes », conscient qu’ildoit changer : « Cette cage des mots il faudra que j’en sorte, / Etj’ai le cœur en sang d’en chercher la sortie, / Ce monde blanc et noir où doncen est la porte ».

Ilévoque aussi la mort, comme s’il sentait qu’elle se rapprochait dans « Il n’aurait fallu » : « Iln’aurait fallu / Qu’un moment de plus / Pour que la mort vienne / Mais une mainnue / Alors est venue / Qui a pris la mienne ».

La guerreréapparaît sous d’autres formes, Aragon se lamente des guerres en Afrique et dela guerre civile espagnole dans les années 1930 dans la section « Lespages lacérées » : « Notre destin ressemble-t-il à la guerred’Éthiopie / On ne croit jamais dans l’abord que ce soit la peste qui gagne / Cependantrien ne se conquiert sans que se déchire une Espagne / Et l’on ne meurt quelentement des blessures de l’utopie ».

Dans le poème« Strophes pour se souvenir », il évoque aussi la guerre, exprimantla désolation et la tristesse, les souffrances des peuples face àl’ennemi : « Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps / Vingtet trois étrangers et nos frères pourtant / Vingt et trois amoureux de vivre àen mourir / Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant. »

Enfin,ce recueil mêlant l’expérience d’Aragon à l’hommage appuyé à la femme et àl’amour s’achève par « Prose dubonheur et d’Elsa », section où on retrouve tout l’amour qu’il apour Elsa, véritable muse mais aussi raison de vivre absolue, élément essentielà son bonheur et à sa vie : « L’amour que j’ai de toi garde son droitd’aînesse / Sur toute autre raison par quoi vivre est basé / C’est par toi que mesjours des ténèbres renaissent / C’est par toi que je vis Elsa de ma jeunesse / Ôsaisons de mon cœur ô lueurs épousées / Elsa ma soif et ma rosée ».

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