Le Rouge et le Noir

par

L’adultère

La question de l’adultère est très présente dans le roman. Son adultèreavec Mme de Rênal prend une place considérable dans la vie de Julien. C’estcette liaison qui le pousse à quitter la demeure de M. de Rênal pour se rendreau séminaire et plus tard devenir secrétaire chez le marquis de La Mole.

Julien n’est pas un homme brillant auprès des femmes, ses tentatives pourséduire l’épouse de Rênal sont mal exécutées et souvent maladroites. Mais lagaucherie du jeune homme qui ne lui aurait pas été pardonnée par une autreprenait la forme d’une « candeur charmante » aux yeux de Mmede Rênal. C’est ce concours de circonstances qui donne naissance à la liaisonentre les deux personnages. Ils finissent par devenirs amants. La situationadultérine dans laquelle ils se trouvent a de nombreuses conséquences tant auplan matériel qu’au plan psychologique.

Ils construisent autour d’eux un lacis de secrets et de mensonges ;ils prennent des dispositions pour faciliter leurs rencontres et entrevoientles moyens de se prémunir contre la suspicion des autres domestiques.Lorsqu’ils ne sont pas libres de leurs mouvements, ils sont contraints deparler le « langage de la froideraison », mais quand ils se retrouvent seuls, ils laissent libre coursà leur passion. Une passion qui comble la femme mariée qui se croit incapabled’inspirer encore l’amour à un homme ; une passion qui donne à un jeunehomme la sûreté nécessaire pour mieux assurer un rôle de brillant gentilhommeauprès des femmes.

Malgré le bonheur que lui apporte le plaisir d’être aimée de Julien, Louisede Rênal ressent le poids psychologique de son acte sur sa conscience. Par sonadultère avec Julien, « Elle secroyait damnée sans rémission, et cherchait à se cacher la vue de l’enfer enaccablant Julien des plus vives caresses ». Quand son enfant tombe malade,c’est sa conscience tourmentée qui la pousse à rechercher dans le crime qu’ellecommet la raison du mal. Elle tente d’ailleurs de tout divulguer à son épouxdans l’espoir que la vie de sa progéniture sera épargnée par la justicedivine :

« C’est moi qui tue mon fils. Je luiai donné la vie, et je la lui reprends. Le ciel me punit, aux yeux de Dieu jesuis coupable de meurtre. Il faut que je me perde et m’humilie moi-même ;peut-être ce sacrifice apaisera le Seigneur. »

Julien quant à lui ne semble éprouver aucun remords à trahir la confiancede M. de Rênal. Il semble presque inconscient du danger dans ses démarches, etl’imprudence dont il fait preuve en se rendant dans la chambre de Louise n’ad’égal que son caractère calculateur. Toutefois, lorsqu’il est question de lafemme qu’il aime, il manifeste un sens du sacrifice rare chez un personnageaussi ambitieux. Seule la maladie de l’enfant de Mme de Rênal le pousse àconsidérer les conséquences de l’adultère et à craindre pour la femme qu’ilrisque de couvrir de honte :

« Que puis-je pour elle ? Il faut sedécider. Il ne s’agit plus de moi ici. Que m’importent les hommes et leursplates simagrées ? Que puis-je pour elle ?… la quitter ? Maisje la laisse seule en proie à la plus affreuse douleur. Cet automate de marilui nuit plus qu’il ne lui sert. Il lui dira quelque mot dur, à force d’êtregrossier ; elle peut devenir folle, se jeter par la fenêtre. »

L’adultère tel qu’il est mis en scène dans Le Rouge et le Noir n’est pas simplement un acte, mais une relationà part entière. Et même si l’auteur prend la peine de justifier dans unecertaine mesure l’amour illégitime qui rapproche la femme mariée du jeuneprécepteur, il revient au lecteur de garder à l’esprit que c’est cet adultèrequi entraîne, en fin de compte, la chute de Julien Sorel.

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