Le Temps retrouvé

par

Le temps et la mémoire

La mémoire et la déformation de la réalité vue par le narrateur, en fonction de ses souvenirs et la transformation du monde par les outrages du temps entrainent une réflexion sur le temps justement : le temps est le thème principal de l'œuvre de Proust, notamment par le biais de la mémoire. On retrouve une sorte de parallèle entre « Du côté de chez Swann » dans lequel l'auteur avait dessiné sa célèbre image de la madeleine et du souvenir que cela faisait remonter, de l'odeur, la texture, la mémoire de l'enfance heureuse suite à une perception commune d'un élément, la madeleine et le thé à l'heure du goûter.

L'auteur y revient dans son dernier roman et tente une explication : la fusion psychologique entre ces deux moments, à deux instants forcément éloignés dans le temps et donc entre deux âges différents pour un personnage, permettrait à l'homme de s'affranchir de l'ordre du temps, se sortir de la temporalité. Cela fait qu'il échapperait à l'avenir, et même à la mort, ce qui a de quoi surprendre. Cela n'est que supposition ésotérique, mais Proust écrit ainsi que cette mémoire permet d'échapper au temps, à être soulagé de ce passage sur terre, d'avoir moins peur de la mort et de moins redouter la succession des âges.

Le narrateur aura de nombreuses réminiscences. Un morceau de musique, un pavé mal posé, inégal et qui bouge dans une Cour des Guernantes lui rappelle un voyage à Venise. Le bruit de la cuillère contre l'assiette dans l'hôtel de Guernantes lui fait penser à un bruit dans un train. La serviette un peu raide qu'il trouve pour s'éponger le visage lui en rappelle une autre, de Balbec. Cela mélange le passé et son présent et le narrateur est troublé par cette superposition : '' Or cette cause, je la devinais en comparant entre elles ces diverses impressions bienheureuses et qui avaient entre elles ceci de commun que j'éprouvais à la fois dans le moment actuel et dans un moment éloigné le bruit de la cuillère sur l'assiette, l'inégalité des dalles, le goût de la madeleine jusqu'à faire empiéter le passé sur le présent, à me faire hésiter à savoir dans lequel des deux je me trouvais ''. Tous ces souvenirs prouvent la puissance de la mémoire involontaire qui remonte sans que l'esprit du narrateur ne le recherche, sans que ce dernier n'en soit conscient. Et cela le rend très heureux, il est envahi de ce bonheur, de ces souvenirs. C'est ainsi cette mémoire inconsciente et involontaire qui permet au narrateur de retrouver le temps perdu.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Le temps et la mémoire >