Le Terrier

par

La métaphore de l'homme et de la maladie de l'auteur

Le fait que cette nouvelle reste inachevée et présenteainsi une fin abrupte (la nouvelle se finit au milieu de la phrase suivante« mais rien n’avait changé ») souleva de nombreuses questions chezles observateurs : l’auteur avait-il la volonté de terminer cettenouvelle, ou cette fin ouverte symbolisait-elle l’infinie redondance de la viehumaine, comme la vie de son narrateur, ayant toujours les mêmes satisfactionset les mêmes peurs tout au long du récit ? En effet, l’animal devenant foudans son terrier pourrait refléter l’image de l’homme qui hésite, n’avance pas,et dont l’histoire se répète souvent, faute d’évoluer pour de bon. De même, lerécit « tourne en rond » à certains égards au fil des pages, commel’animal dans son terrier.

L’animal craint de sortir par la seule issue qu’ilconnaît dans son terrier et cherche désespérément un autre moyen de quitter sonunivers. En ce sens, on peut y trouver un parallèle, celui de l’homme dont laseule issue dans cet univers est la mort, une issue unique et inexorable qu’ilcherche à éviter à tout prix, idée renforcée par la fin subite de la nouvelle,au milieu d’une phrase. En ce sens, le narrateur, comme l’homme, suit unedestinée tragique à laquelle il cherche à échapper en vain.

Kafka, à travers cette nouvelle, a fait de laconstruction de ce monde souterrain une sorte de parabole de ce que l’êtrehumain substitue à la réalité, comme un moyen de se protéger de l’extérieur, del’autre. Cette protection est suivie d’un enfermement qui devient définitif etse retourne contre celui qui l’a choisi au début. Le personnage n’a plusconscience de son enfermement et cette conscience devient autonome de lasituation physique du narrateur. Kafka a pu vouloir montrer combien l’homme,par peur, par besoin de se sentir protégé et en sécurité, est capable des’enfermer, tant physiquement que mentalement, dans des schémas dont il ne peutplus se sortir par la suite.

Enfin, Le Terrier peutêtre interprété comme un récit à caractère autobiographique, écrit dans la douleur,peu de temps avant la mort de l’auteur. Kafka, qui fut reclus seul dans unpetit appartement les derniers jours de sa vie, se comparait à cette époque àun petit animal vivant dans un terrier, seul et désespéré. Sans compter queKafka était atteint de la tuberculose, dont il mourra, et que cette maladie,d’un point de vue respiratoire, peut être comparée à ce bruit, ce mal constantqui obsède le narrateur et l’empêche de vivre. L’auteur paraît-il nommaitlui-même sa maladie « l’ennemi ». On ignore si l’absence de fin estvolontaire ou si la difficulté venait de raconter la mort d’un personnage, à lapremière personne, mort qui était toute proche pour lui aussi. 

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