Le Terrier

par

Un narrateur mi-homme, mi-animal et obsédé

L’auteur, Franz Kafka, est coutumier du fait : commeLa Métamorphose, Les Recherches d’un chien et Joséphine lacantatrice ou le Peuple des souris,la nouvelle Le Terrier appartient au registre des récitsimpliquant des animaux comme personnages principaux.

Ici, il y a un seul et unique personnage remarquable,c’est le narrateur, c’est d’ailleurs lui qui raconte le récit, à la premièrepersonne. C’est un être paranoïaque, obsédé par la sécurité et leconfort : lorsqu’il creuse, lorsqu’il travaille avec acharnement à sonterrier, il craint que ce dernier ne soit la cible de toutes les attaques dupeuple que forment les autres animaux à l’extérieur. Tous ces autres personnagespotentiels ne sont pas présentés dans le récit, on ne peut qu’imaginer lesautres animaux ou créatures mi-hommes mi-animales qui entourent le terrier dunarrateur. Cette obsession et cette peur en font un personnage ridicule, sujetà l’humour, bien qu’il s’agisse d’humour noir.

Il a peur d’être attaqué et s’évertue à trouver lasécurité absolue : les autres incarnent ses ennemis et le danger : « jeme fais vieux, il y en a beaucoup qui sont plus forts que moi, et mes ennemissont innombrables, en voulant échapper à l’un, je pourrais tomber dans lesgriffes de l’autre ». La présence chez lui d’un étranger serait uneintrusion. Si d’aventure un intrus se présentait il serait prêt à « luisauter dessus, le mordre, le lacérer, le déchiqueter, boire tout son sang etflanquer aussitôt son cadavre parmi mon butin. » Pour lui, le seul rapportqu’il peut exister avec les autres, c’est un affrontement physique et la mortpour l’un des deux. Il croit que tous les animaux qui l’entourent veulent letuer.

Il est donc obsédé par son terrier et la tranquillité quidoit y régner : « Le terrier me préoccupe trop », ou encorelorsqu’il travaille jusqu’à en souffrir, mais il en semble satisfait :« j’étais heureux quand j’avais le front en sang ».

Néanmoins, il est encore plus obsédé par le mondeextérieur : si son but ultime est la sécurité et l’autarcie, cela nel’empêche nullement de toujours penser et imaginer le monde extérieur, de fairedes conjectures à son propos. L’indépendance qu’il prône tant n’est en réalité qu’uneabsence de liberté.

Ce qu’il aime le plus, ce qu’il répète le plus souventlorsqu’il décrit son château, c’est le silence et le vide, le fait qu’il y soitseul, sans danger : le narrateur voit donc cet univers qui est le siencomme inviolable, secret, et c’est en cela que ce terrier l’incarne presque. Ilaime tant la solitude qu’aucun autre personnage n’est cité dans cette nouvelle,les seules sorties du narrateur servant à aller chasser.

Cet amour du silence, qui lui permet de dormir, rêver etjouir de son espace intérieur est ainsi violenté par ce bruit constant quitrouble sa quiétude et qui le pousse à des recherches dans tous les sens,recherches désordonnées et frénétiques afin de trouver son origine et de lefaire cesser. C’est ce bruit qui réveille en lui la peur, et l’obsèdetotalement. Cela va tout modifier dans sa vie de personnage au départ rationnel,d’une certaine manière, faisant toujours des réserves de peur de manquer denourriture et les répartissant à chaque rond-point, selon qu’il soit une réserveprincipale ou annexe, etc. Le narrateur se lance alors dans des réorganisationsirréfléchies, mais vide aussi tout son garde-manger, se nourrissant de façoncompulsive.

Que ce bruit soit le même exactement dans tout sonterrier et que le narrateur remarque que « personne d’autre que moi nepourrait l’entendre » renforcent le caractère paranoïaque dupersonnage : le lecteur peut imaginer que ce bruit émane de son esprit. 

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