Le Terrier

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Le terrier : l'obsession de la sécurité et du bruit

Le narrateur semble très heureux de son terrier, mais cechez-soi comme il l’appelle est aussi le lieu de toutes ses craintes : onsent que l’état des choses est fragile, et que d’un moment à l’autre,l’inquiétude peut reprendre le dessus sur la paix : « je n’ai pas uneminute de réelle tranquillité : à l’endroit où se trouve cette moussesombre, je suis mortel et je vois souvent dans mes rêves un museau qui ne cessede renifler avidement alentour », ou encore : « Le plus beau,dans mon terrier, c’est son silence. Silence trompeur, cependant. Il peut sebriser d’un seul coup : alors tout sera terminé. Pour l’instant, il est encorelà. Je peux passer des heures à me faufiler dans mes galeries sans rienentendre d’autre que, parfois, le froufroutement d’un petit animal quelconqueque je ramène aussitôt au calme entre mes dents, ou le ruissellement de laterre qui m’annonce la nécessité d’une réparation ; pour le reste, le silencerègne. » Il aime le silence, symbole de la quiétude, de l’ordre, de lapérennité.

Le narrateur plaint tous les vagabonds qui n’ont « toutau mieux qu’un tas de feuilles », sans confort et sans aucune sécurité, etqui vivent dans les bois. La sécurité lui permet des moments de quiétude, maisses craintes finissent par prendre le dessus et son obsession croît.

Peu à peu, l’obsession du narrateur pour sa sécurité,craignant continuellement toute attaque, se fait plus envahissante, plus graveet difficile à supporter. Cela l’amène à tourner en rond dans son terrier, àtoujours réfléchir à ce qu’il peut modifier : il détruit, défait à unendroit, il construit et renforce d’autres éléments, améliore ce qu’il peut, etchange d’avis le lendemain, de sorte que rien ne semble vraiment changer, demême que la répartition de la nourriture dans ses galeries : « Il mesemble parfois – habituellement lors d’un réveil en sursaut – que larépartition actuelle est tout fait mauvaise, qu’elle peut être source de gravesdangers et doit être sur l’heure rectifiée au plus vite. »

Il est donc obsédé par sa sécurité et le terrier devientle lieu de toutes ses angoisses : au-delà des ennemis extérieurs dont ilcraint constamment qu’ils pourraient découvrir l’entrée du terrier, cachée sousla mousse, il craint aussi les ennemis de l’intérieur de la terre, qu’il n’ajamais vus car ils sont légendaires, mais dont il croit fermement en l’existence.

Le terrier devient le lieu de toutes ses craintes quandun jour le narrateur entend un bruit inhabituel, un « chuintement »dont il ignore la provenance : ce bruit est continu, c’est toujours lemême, il est vague mais constant. Il en cherche la source sans s’arrêter, etcroit à un ennemi, un animal qui le pourchasse, sans jamais être sûr de ce quimenace. Le terrier perd alors ses vertus protectrices, silencieuses et calmes,pour devenir l’objet des peurs du narrateur : « Et ainsi je peuxjouir pleinement et sans souci des moments que je passe ici, ou plutôt je le pourrais,mais c’est impossible » ; il ne peut plus jouir de son terrier àcause de ce simple bruit, qui prouve la fragilité de l’édifice, et donc de lapsychologie du narrateur.

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