Le voyage d'Anna Blume

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Résumé

Le Voyage d'Anna Blume est un roman de Paul Auster paru en 1989 sous le titre original In the Country of Last Things (Dans le pays des choses dernières). Paul Auster est un écrivain américain moderniste né en 1947 à Newark. Il est également l'auteur, entre autres, de la Trilogie New-Yorkaise, Leviathan, La Nuit de l'Oracle et Brooklyn Follies. Paul Auster a été traducteur et a aussi participé à la réalisation de films tirés de ses oeuvres. Son oeuvre a été reconnue en France avant de l'être aux Etats-Unis.

Le Voyage d'Anna Blume se présente sous la forme d'une lettre envoyée par Anna Blume à ce qui semble être un ami d'enfance. Anna est partie en bateau, agée de dix-neuf ans, à la recherche de son frère William, dans une ville dévastée où ce dernier était allé en tant que journaliste et dont il n'est en fait jamais revenu.

C'est autour de cette ville, de ce pays des choses dernières, que se construit d'abord le récit. La ville décrite rappelle les ghettos tristement nombreux durant la Seconde Guerre Mondiale. Il s'agit d'un endroit clos, pluvieux, pleins de gravats et de péages, où la nourriture est aussi rare que l'information, le logement incertain, et où la population s'est répartie en divers groupes : il y a les Coureurs, qui s'entraînent à courir jusqu'à en mourir, les Sauteurs, qui se suicident en sautant du haut des immeubles, des charognards qui dépouillent les nombreux cadavres abandonnés, les Fécaleux qui patrouillent, les Tout-sourires, les Rampants. Il y a des Clubs d'assassinat, une Maréchaussée centrale et des Cliniques d'euthanasie.

Auster n'explicite pas le système de fonctionnement fondamental de la ville, mais les similitudes sont nombreuses avec les régimes totalitaires, ou avec l'environnement décrit dans 1984 de George Orwell: c'est le même monde sans joie et sans issue qui est soumis au lecteur. "L'essentiel est de survivre", dit Anna.

À son arrivée dans la ville, après dix jours de traversée en mer, Anna cherche sa place dans l'organisation, et devient chasseuse d'objets. Cet emploi consiste à ramasser dans les rues des objets encore utilisables, habituellement revendus aux agents de Résurrection de la ville. Anna décrit les difficultés de ce travail de chiffonnier où la concurrence est rude et pour lequel un permis officiel ainsi qu'un chariot sont indispensables.

Un jour, alors qu’elle travaille, Anna voit une femme âgée chercheuse d'objets comme elle, sur le point de se faire violemment renverser par une horde de Coureurs. Elle sauve la vie de cette femme qui devient ensuite son amie. La femme en question s'appelle Isabelle et vit avec son mari Ferdinand dans un appartement où Anna s'installe avec eux. Ferdinand est un personnage assez détestable ; un alcoolique, dont le seul don, la seule richesse ou fantasisie, consiste à fabriquer des bateaux dans des bouteilles. C'est Isabelle qui se charge de la survie du ménage, et Anna et elle commencent dès lors à travailler en équipe.

Assez rapidement, Isabelle tombe malade d'une sorte de sclérose qui l'empêche de se mouvoir, et la responsabilité entière de la maisonnée retombe alors sur Anna. A ce moment du récit, elle explique comment sa vie, avant la ville, a toujours été très favorisée, et va même jusqu’à s'étonner d'avoir trouvé les ressources pratiques pour prendre soin de deux étrangers que sont Isabelle et son mari. "Le monde entier m'arrivait sur un plateau et je ne me posais pas la moindre question : leçons de piano, cours de peinture, étés à la campagne au bord du lac, voyages à l'étranger avec mes amis. Maintenant j'étais devenue une bête de somme, le seul soutien de deux personnes que, dans ma vie antérieure, je n'aurais même jamais rencontrées".

Les rapports se compliquent alors singulièrement entre Ferdinand et Anna, atteignant leur paroxysme lorsque celui-ci tente de la violer, et qu‘elle riposte en l'étranglant violemment. Le lendemain, les deux femmes découvrent le vieil homme mort dans son lit, et décident alors de jeter son corps du haut du toit du bâtiment afin de faire croire à un suicide de Sauteur.

Peu de temps après, Isabelle meurt à son tour. Anna, désormais seule, est jetée hors de l'appartement par une bande de pillards. "J'étais dans la ville depuis plus d'un an et rien ne s'était réalisé. Dans ma poche il y avait un peu d'argent, mais j'étais sans travail et sans domicile. Après tous ces hauts et ses bas, je me retrouvais exactement au point de départ".

Elle cherche alors à quitter la ville et s'aperçoit que c'est impossible. Suite à une émeute, elle rentre dans la Bibliothèque, où elle rencontre un rabbin à la tête d'une petite communauté juive auprès de laquelle elle enquête afin de savoir si quelqu’un a entendu parler de son frère. La réponse est négative, mais lorsqu'Anna montre la photographie d'un certain Samuel Farr, (photographie que l'éditeur de son frère, un dénommé Bogat, lui a mystérieusement donné avant qu'elle ne se lance dans sa quête), un des jeunes élèves du rabbin lui apprend que l'homme vit au sein même de la Bibliothèque.

Samuel vit dans une petite chambre où il travaille à un livre d'interviews-témoignages sur la situation dans la ville. Il explique à Anna qu'il a été envoyé ici par Bogat, lorsque celui-ci s'inquiètait de ne pas voir revenir le frère d'Anna de la même mission. Quand ils se rencontrent, il ne reste à Samuel que très peu d'argent – Anna, elle, a davantage de liquidités mais pas de toit : elle lui propose donc de partager l'argent et la chambre. Tous deux commencent donc à vivre ensemble, et débutent une histoire d'amour. Anna soutient Samuel dans son travail de recherche et d'écriture.

Finalement, Anna découvre qu'elle est enceinte, fait rare et miraculeux dans la ville. Mais à peu près au même moment, ses chaussures trouées et trop usées lui causent un rhume ; trouver de nouveaux souliers devient dès lors un problème majeur pour le couple. Anna pense pouvoir résoudre le souci grâce à Henri Dujardin, un ethnographe fraîchement installé dans la bibliothèque à même la salle qui était autrefois celle du rabbin. Dujardin propose à Anna de lui fournir une bonne paire de chaussures à un prix attractif par l'intermédiaire de son cousin. Anna accepte alors un rendez-vous avec lui, au cours duquel il ne lui montre qu‘un seul soulier impeccable. Pour obtenir le deuxième, lui dit-il, il faut rejoindre son cousin… Anna le suit donc, mais arrivée sur place elle découvre que les chaussures n'étaient qu'un appât et qu'elle se trouve en fait dans un abattoir humain. Paniquée, Anna se jette par la fenêtre.

Inexplicablement, elle survit à sa chute et est sauvée par un certain M. Frick et son petit-fils Willie, officiant pour la résidence Woburn (qui est un établissement médical de charité créé par le docteur Woburn, à présent décédé, mais toujours géré par sa fille Victoria).

Dans sa chute, Anna a perdu son bébé, et elle apprend également à son réveil que la Bibliothèque a brûlé et que Samuel est introuvable. Elle demeure alors en convalescence à la résidence, où les conditions de vie sont infiniment meilleures que dans le reste de la ville. Elle se lie avec Victoria et, une fois guérie, intègre l'équipe de la résidence. Parmi cette équipe, elle rencontre Boris Stepanovich, personnage haut en couleur qui tente de la prévenir de la précarité de la situation de la résidence. Anna s’éprend alors de Victoria, avec qui elle entame une relation amoureuse.

C'est alors que Samuel fait sa réapparition, dans un état de grande faiblesse. Il est soigné à la résidence et une fois guéri, son histoire d'amour avec Anna reprend, tandis qu‘il est embauché comme médecin factice par la clinique, poste pour lequel il se révèle parfait.

La situation financière de la résidence devient critique, et ses gestionnaires sont contraints de multiplier les sacrifices pour survivre. M. Frick meurt et ses compagnons risquent la mort pour l'enterrer, (car c’est un rite interdit dans la ville), où les corps sont habituellement confisqués pour servir de carburant. Frick sera finalement déterré par des policiers, que Boris soudoiera afin que tous ne finissent pas en prison. Willie sombre alors dans la folie au point que quelque temps plus tard, Samuel l'abat d'un coup de fusil en voulant protéger Victoria des menaces du jeune homme.

À la fin du livre, ils ne sont plus que quelques uns à survivre dans la résidence dont l‘activité s’est arrêtée. Il y a Boris, Victoria, Samuel et Anna elle-même, qui prévoient ensemble un grand départ et rèvent, selon l'idée de Boris, de devenir des saltinbanques ambulants. Anna conclue sa mystérieuse lettre par une phrase déchirante au vu du contexte : "La seule chose que je demande à présent, c'est la chance de vivre un jour de plus".

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