Le zèbre

par

Une tragédie dissimulée derrière un roman d'amour humoristique

Derrière le comique des situations auxquelles setrouvent confrontés les personnages se dessine le canevas d’une véritabletragédie, articulée autour des principales thématiques classiques dugenre : l’amour impossible, la fuite, la mort. Avant qu’elles nedeviennent comiques, certaines répliques des personnages relèvent de vérités universelleset douloureuses : « – Gaspard, tu ne peux pas partir comme ça, finit-ellepar articuler. – Pourquoi ? – Que t’ai-je fait ? Tu m’as épousé,hélas. Le mariage d’amour est une foutaise ! »

Le registre dramatique est développéprogressivement au fil du roman, avec par exemple la montée en crescendodes épreuves auxquelles le Zèbre confronte sa femme. Leur intensité croissantelaisse le lecteur en suspens : Gaspard va-t-il réussir à faire fondre lecœur de Camille ou va-t-elle craquer avant qu’il n’y parvienne ? Certainsindices laissent craindre le pire, par exemple les références d’AlexandreJardin à Stendhal quand il compare Camille à Madame de Rênal (Le Rouge et leNoir), ou encore les clins-d’œilfaits au bovarysme à travers les pensées dévoilées de la femme languissante,hésitante entre un mariage refroidi et une relation amoureuse secrète etinterdite.

Le rythme de l’œuvre permet également de donnerune touche tragique à certains passages, comme le raccourcissement soudain desphrases ou l’utilisation de phrases non verbales : « L’habitudel’avait vaincu. […] Humiliation de la défaite. Désarroi de leur passion àjamais enfuie. Colère devant son impuissance. » Pour marquer la mort deGaspard Sauvage en tant que pivot du récit, l’auteur a recours à un registrequasi fantastique, toutefois agrémenté de mots du champ sémantique religieuxpour adoucir l’horreur de la situation : « Le cadavre fut long àroidir. […] Elle le couvrit de baisers, […] lutta fébrilement contre le froiddes ténèbres qui gagnait ses membres gourds. Des mots tendres s’échappaient deses lèvres, psaume d’amour murmuré, cantique passionné et improvisé. »

Mais pour mener à bien son œuvre, l’auteur nelaisse pas son lecteur s’attrister longtemps. Le rire est son outil principal ;et il a la vertu de susciter bien plus d’émotions chez le lecteur. Les emploisde l’humour sont multiples ; le comique de situation est doublé du comiquede langage : «  Tu lefais exprès ? […] Qu’est-ceque j’ai dit ? Tu asdit “notre salon” alors que ce n’était pas encore lenôtre ! » L’humour est tantôt cocasse comme la scène de la rencontrede Camille et de Gaspard, tantôt caricatural comme à l’occasion de lareprésentation de la vie de vieux couple que se fait le Zèbre, tantôt subtil etd’autant plus proche du lecteur.

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