Les Amours jaunes

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Les Amours jaunes

Comme précisé plushaut, le recueil part de thématiques attendues pour aller vers l’inattendu.Dans cette catégorie, on est encore dans l’attendu, bien que Tristan Corbièredétourne comme il se doit, avec une ironie de tous les instants, chacun desstéréotypes qu’il réutilise. Le nom de la catégorie (et par extension durecueil) annonce toutes ses contradictions : le jaune est à la fois la couleurde l’or, du soleil, autrement dit la couleur de l’espoir, et la couleur qu’onassocie à toutes les formes de trahison, de sournoiserie, d’inconstance,d’instabilité (dans l’imagerie antisémite, par exemple, on représente toujoursle juif en jaune), autrement dit la couleur du désespoir.

            Le jaune, en ce qu’il incarne etreprésente le balancement du poète entre joie et tristesse, est présent partoutdans cette catégorie, et dans quelques-unes des suivantes. Dans le désordre, ona une série de poèmes sur la femme ambiguë, à la fois angélique et diabolique,maman et putain – « À l’éternelmadame », « Féminin singulier », « Steam-Boat »,« Pudentiane », « Après la pluie », « Fleur d’art »,« Femme » –, une autre sur la condition du poète, qui seplaint d’être maudit tout en aimant cette condition sans laquelle il serait unpeu moins poète – « Bohème dechic », « Pauvre garçon », « Déclin », « Bonsoir »,« Le Poète contumace » –, et une autre sur les joies et peinesdu sentiment amoureux – « GenteDame », « Bonne fortune et Fortune », « À une camarade »,« Duel aux camélias ».

Plus ponctuellement, Corbière s’interroge sur la dualité de la nature,comme dans « Printemps »où la saison, d’abord décrite avec délice, devient le début de la mort ethorrifie, et sur l’utilité du sommeil, avec « Insomnie » (insomnie en même temps salvatrice etassassine).

            À côté de tout cela, il y a tout unpan de la catégorie où les poèmes ne semblent être que le résultat des jeux dupoète. Dans « 1 sonnet »,Corbière compose un sonnet très technique, qui énonce ce qu’il fait quand il lefait, pour finir dans une abstraction mathématique et algébrique – une façon dedénoncer le caractère un peu stérile et trop formaté des formes classiques ?

Dans « Sonnet à Sir Bob », Corbière reproduit les élans de Catulle envers le moineau de Lesbie,sauf que lui s’adresse à un gros chien pacha. La situation devientnécessairement ridicule puisque le gros chien n’a rien de charmant en soi,au-delà de l’attrait que lui porte sa maîtresse.

Dans « À une rose »et « À la mémoire de Zulma »,Corbière joue sur les mots, rebondit sur des sonorités proches comme « vingtans » et « vingt francs ».

Dans « La Pipe au poète »et « Le Crapaud », ils’amuse à réécrire des poèmes des Fleurs du Mal. « La Pipe au poète » renvoie à« Je suis la pipe d’un auteur… » (Corbière annonce avec la faute delangue du titre qu’il va en faire une version plus pragmatique, pluspopulaire). « Le Crapaud »renvoie quant à lui à « L’Albatros »(Corbière dépeint les souffrances et laideurs de l’animal pour finalements’exclamer que c’est une métaphore du poète).

Parfois, le jeu sur les mots et l’intertextualité se confondent ; dans« Après la pluie »,le poète essaie en vain d’associer une passante à une figure littéraire etinvoque Héloïse, Juliette, Dona Sabine…

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