Les Bonnes

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Résumé

Les Bonnes de Jean Genet est une œuvre qui semble s’inspirer d’un fait divers des années 1940 (l’auteur le nia) : deux bonnes avaient assassiné leurs patronnes dans une maison parisienne. L’auteur, alors en prison, rédigea ce court texte où il peint sévèrement les conflits de classe, mais où il dépasse ce simple rapport social pour exécuter une cérémonie sacrificielle sur la scène d’un théâtre. Pour lui, toute œuvre théâtrale doit expier la noirceur humaine.

La pièce s’ouvre sur une scène de théâtre que jouent les deux bonnes, Solange et Claire. Claire est dans le rôle de la maîtresse, « Madame », et Solange dans celui de Claire. Claire-Madame commence à insulter sa bonne, et révèle l’histoire secrète de leur maîtresse qui aurait accusé à tort son mari. Puis c’est au tour de Solange – dans le rôle de Claire – de cracher sa haine au visage de sa (fausse) maîtresse, elle la menace de mort, elle est sur le point de l’étrangler. Toutes à leur jeu, les deux bonnes sont comme réveillées par la sonnerie du réveille-matin qui les prévient du retour de leur maîtresse, avant que le sacrifice n’ait pu avoir lieu.

Après cette « cérémonie », les deux acolytes rangent la chambre de Madame avant son retour. Elles se querellent à propos de quelques griefs personnels qui se sont glissés dans le jeu de rôle : une allusion perfide au laitier – l’amant de Solange – n’aurait pas eu lieu d’être selon Claire. Par ailleurs, cette dernière jubile de l’affliction de Madame devant l’arrestation de son mari, que Claire a dénoncé dans une lettre anonyme. Les deux bonnes se disputent alors : leurs esprits sont embrouillés de sentiments contradictoires vis-à-vis de leurs maîtres et de leur condition. Solange accuse Claire de jouer les bourgeoises la nuit, enveloppée des grands rideaux de l’appartement, et Claire accuse Solange d’avoir conservé la correspondance entre Monsieur et Madame, qu’elle avait feuilletée pour réunir des preuves et faire accuser son maître.

La relation à leur maîtresse est aussi ambiguë : elles la copient, l’admirent, mais en même temps lui vouent une haine immense en raison de sa condition sociale. Leurs corps de servantes sont sans cesse opposés à la sensualité idéale du corps de Madame. Les querelles s’enveniment, et Solange avoue alors son désir profond de tuer leur maîtresse, meurtre qui faisait partie de leur plan : Claire s’occupait de la lettre, et Solange éliminait la maîtresse quand le maître était en prison. De son côté, Claire a peur, pendant la cérémonie, que sa sœur aille jusqu’au bout, qu’elle l’étrangle réellement, prise par la folie du jeu et de l’identification. Les deux personnages sont sans cesse au bord de la démence, et la pièce construit ainsi une tension palpable sur la scène.

Une sonnerie de téléphone les interrompt, c’est Monsieur qui veut annoncer sa libération provisoire à sa femme. Le plan des deux bonnes semble échouer, et elles envisagent amèrement la pérennité de leur condition servile. Claire s’égare alors, et envisage le meurtre de Madame : il n’est pas trop tard. Solange tente de la calmer, de l’endormir, mais en entendant leur maîtresse rentrer, la fièvre les saisit, et Claire s’élance pour préparer la tisane funeste, remplie de gardénal. Madame rentre alors et s’amuse de toutes les fleurs qu’ont placées dans la maison les deux servantes, alors que Monsieur est en prison et qu’elle est mêlée à une histoire sordide. Elle devine, sans le savoir, la raison de tous ces bouquets : « Chaque fois que je rentrerai mon cœur battra avec une violence terrible et un beau jour je m’écroulerai, morte sous vos fleurs. Puisque c’est mon tombeau que vous préparez, puisque depuis quelques jours vous accumulez dans ma chambre des fleurs funèbres ! »

Cette femme est désespérée, et clame qu’elle suivra son mari où qu’il aille, persuadée de son innocence. Elle s’énerve contre la gentillesse de ses servantes, qu’elle sait affectées tant la distance qui les sépare est grande. Claire arrive avec la tisane prête. Madame néglige de la boire et, fiévreuse, leur donne sa robe rouge et d’autres effets, par gentillesse et reconnaissance. Tout d’un coup, elle voit le combiné du téléphone décroché et en demande la cause. Claire est alors obligée de lui annoncer la remise en liberté de Monsieur. Folle de joie, Madame veut s’élancer à sa rencontre et refuse de boire cette tasse de tilleul, froide, malgré les remarques pressantes de Claire.

Une fois Madame partie, les deux bonnes sont effondrées : leur stratagème va sûrement être découvert. Folles, elles cherchent comment s’évader, mais glissent à nouveau dans leurs rôles du début de la pièce : Claire redevient Madame, et Solange Claire. Elles précipitent les préparatifs – à savoir les insultes qui font monter en chacune d’elles sa haine envers l’autre – et courent vers le sacrifice qu’elles n’avaient pas eu le temps d’exécuter : « Claire : Je suis au bord, presse-toi, je t’en prie. Vous êtes… vous êtes… Mon Dieu, je suis vide, je ne trouve plus. Je suis à bout d’insultes. Claire, vous m’épuisez ! » Solange-Claire ouvre alors la fenêtre, pour que le monde soit témoin de la cérémonie, et invective, dans un souffle funèbre, Claire-Madame. Cette dernière, terrorisée, sent que sa sœur va trop loin, et sort de la comédie ; elle la supplie d’arrêter. Solange pousse alors sa sœur sur le côté de la scène, et déclame la suite de l’histoire. Elle se voit arrêtée par les policiers, condamnée à mort pour avoir étranglé sa sœur, conduite sur l’échafaud, et mise à mort. Pourtant, le geste ne suit pas les paroles, et elle retourne, épuisée, à sa condition de bonne. Sur ce, Claire reprend le flambeau et lui demande de lui verser le tilleul. Solange refuse, demande grâce, tente d’arrêter la machine infernale de la cérémonie. Mais sa sœur lui intime l’ordre de la faire aller se coucher, et de lui servir son tilleul, comme cela était prévu. Le rideau se ferme alors sur l’image de Claire, buvant le tilleul fatal, et Solange, immobile à côté, les mains jointes comme menottées.

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